François de Sales, à un Gentil-homme
On ne peut avoir la véritable intelligence de l'Escriture saincte hors de l'Eglise.
â juillet 1619.
Monsieur, il est fort vray que l'Escriture sacrée contient avec beaucoup de clarté la doctrine requise pour vostre salut, et no pensay jamais le contraire.
Il est encore vray que c'est une très-bonne méthode d'interprester l'Escriture sacrée, de conférer les passages d'icelle les uns avec les autres, et réduire le tout à l'analogie de la foy; el cela aussi Tay-je tousjours dit. Mais toutesfois je ne laisse pas de croire fort asseurement et de dire constamment que, nonobstant ceste admirable et aymable clarté de l'Escriture es choses nécessaires à salut, l'esprit humain ne trouve pas tousjours le vray sens d'icelle, ains peut errer, et d'effect erre très-souvent en l'intelligence des passages les plus clairs et les plus nécessaires à l'establissement de la foy.
Tesmoin les erreurs luthériennes, les livres calvinistes, qui. sous la conduitte des pères de la prétendue reformation, de-
meurent en une contention irréconciliable sur l'intelligence des parolles de l'institution de l'Eucharistie; et se vantant Tun et l'autre parti d'avoir soigneusement et fidellement examiné le sens de ces parolles par le rapport de la conférence des autres passages de l'Escriture, et tout adjusté à Tanalogie de la foy, demeurent neantmoins contraires en l'intelligence des parolles de si grande importance. L'Escriture est donc claire es parolles; mais l'esprit de l'homme est obscur, et, comme une chouette, ne peut voir ceste clarté.
La méthode susmentionnée est très-bonne, mais l'esprit humain n'en sçayt pas user. C'est l'Esprit de Dieu, Monsieur, qui nous a donné l'Escriture ; c'est le mesme Esprit qui nous en donne le vray sens, et ne le donne qu à son Eglise, colomne et appuy de vérité ; Eglise par le ministre de laquelle ce divin Esprit garde et maintient sa vérité , c'est-à-dire le vray sens de sa parolle ; et Eglise qui seule a l'infaillible assistance de l'Esprit de vérité, pour bien deuement et infailliblement treuver la vérité en la parolle de Dieu. Si que, qui cherche la vérité de ceste céleste parolle hors de TEglise qui en est l'a gardienne ^ ne la trouve jamais; et qui la veut sçavoir autrement que par son ministère, en lieu de la vérité, il n'espousera que la vanité; et en lieu de la certaine clarté de la parolle sacrée , il suyvra les illusions de ce faux ange qui se transfigure en ange de lumière.
Ainsi firent jadis tous les hérétiques, qui tous ont eu prétexte de mieux entendre l'Escriture et de vouloir reformer l'Eglise, cherchant en vain la vérité hors du sein de l'Espouse, à laquelle l'Espoux céleste Tavoit confiée comme aune fidelle dépositaire et gardienne, qui la distribueroit aux chers enfans du lict nuptial, qui est et sera à jamais sans macule.
C'est donc cela que je vous dis en substance. Monsieur, qui n'est ny de loing, ny de près contraire à la doctrine des Saincts Pères alléguez par Monsieur de Mornay (1), au livre qu'il vous pleut m'envoyer hier au soir, et que je vous renvoyé ce matin, avec remerciement et protestations que je desireray continuellement de pouvoir, par quelque heureuse occasion , tesmoigner. Monsieur, que je suis vostre tres-humble, etc.
(1) Philippe de Mornay, seigaeur de Plessis-Marly, embrassa la religion protestante à l'âge de neuf ou dix ans.
Le roi Henri IV, qui Tavait attiré à sa Cour, le fit gouverneur de Saumur et conseiller d'EItat; il en reçut aussi des services importants. Après la conversion du roi , le sieur de Mornay se retira peu à peu de la Cour. Alors il fit sur TEucharistie un grand ouvrage qui le rendit considérable parmi ceux de son parti , et qui fut le sujet de la conférence de Fontainebleau , Tan 1600, entre le
Certificat de vie et de mœurs, donné par le Saine t
à lin gentil-homme,
Paris, 11 septembre 1619.
Franciscus de Sales, Dei et Apostolicee Sedis gratià episcopusetprinceps Gebennensis : Notum facimus et testamur, dilecturn nobis in Christo, nobilem virum, D.
Guillelmum de Bernard toto biennio in civitale Annessiassenci, in quâ residentia ecclesiae nostrse est, vixisse, omniaque munera catholicse pietatis quàm accuratissimè obiisse , quemadmodùm par erat ab eo expectare , qui à parentibus (quos olim de facie et moribus cognpvimus) piissimis originem traxit, et ab incunabulis in domo catholicissimi principis ducis Namurcii educatus fuit, ut et nunc eidem à cubiculo inservit inter priraarios ejus domesticos. In quorum fî-
dem et signa vi mu s, et
sigillum nostrum imprimi mandavimus.
Nous, François de Sales, par la grâce de Dieu et du Sainct-Siege, Apostolique, evesque et prince de Genève, faysons sçavoir et certifions que nostre bien-aymé en Jesus-Christ, noble homme, le sieur Guillaume de Bernard , a demeuré pendant deux années entières dans la ville d'Annessy, lieu de nostre résidence et de celle de nostre Eglise; qu'il y a rempli exactement tous les devoirs de la pieté et de la religion catholique, comme il estoit juste de l'attendre d'un homme quia prins naissance de parens tres-pieux, cogneus de nous tres-particuliereraent, et qui a esté élevé dés le biBrceau dans la mayson de M. le duc de Nemours, prince trescatholique, dont il estaujourd'huy gentil-homme de la chambre. En foy de quoy, pour favoriser son désir, nous luy avons donné par escrit ce tesmoignaige signé de nostre main, auquel nous avons fait apposer le sceau de nos armes.
cardinal du PerroQ et le 'sieur du Plessis. Celui-ci mérita par là, et par les services qu'il rendit aux protestants, de porter parmi eux le titre de Pape des huguenots. Il composa aussi un Traité de la vérité de la religion chrétienne, un livre intitule : Le maître d'iniquité, et un autre qui a pour titre : De la mesure de la foi; un autre : Du Concile, et un autre : Des méditations , etc. Le Toi Louis XIII lui ôta le gouvernement de Saumur, et il se retira dans la baronnie de la Forêt, qui lui appartenait, où il mourut le il novembre 1623.
s. François de Sales, à Madame de Chantai,
alors à Paris.
Coura^ el nsigruiion île aoxtn Runct è la
30 Bomhrt IM».
Je vois ma tpes-chere Mère, par la dernière de vos lettres, du 12 du passé, que M. N. est tousjoups en peine, et que je suisexposé à divers jugemens pour son maryage. Pour lui. je n"ay rien à dire, sinon que bien-heureux sont ceux qui ont faxn\ et soif de justice ; car ils seront rassasiés (Matth. 5). Et bien que ce rassasiement s'entende pour le jour du jugement, auquel on fera justice à tous ceux à qui elle a manqué, el qui par conséquent ont eu faim et soif en ce nionde: si est-ce que j'espère que le Parlement enfin rassasiera ce personnage, après qu'il aura eu faim et soif de justice : et Dieu veuille pardonner à ceux qui le persécutent. Pour œoy, je dy qu'il faut que je pratlique l'enseignement de S. Paul : Ne vous de/fendez point, mes bienaymez; tiiais laissez le passage à la passion (Rom. 12).
Et neantmoins, puisque vous le trouvez à propos, j'escriray au premier jour fi M. Uergier, affin qu'il ayt de qaoy rejetter la calomnie, asseuré de sa parfaicte charité pour moy, qui l'estime et honnore plus qu'il ne se peut dire.
Demeurez en paix, ma tres-chere Mère, sur tout cela. La Providence suprême sçayt la mesure de la réputation qui m'est nécessaire pour bien faire le service auquel elle me veut employer, et je n'en veux n'y plus oy moins que ce qu'il luy playra que j'en aye. Or sus, c'est assez pour ce coup.
Madame S. A. et M. le Prince ont voulu que je fusse le grand aumosnier de maditte dame : ef vous me croirez, je pense, aysement, quand je vous diray que je n'ay directement ny indirectement ambitionné cesle charge : non, véritablement, ma tres-cliere Mère; car je ne sens nulle sorte d'ambition, que celle de pouvoir utilement employer le reste de mes jours au service de Nostre-Seigneur. Non, certes, la Cour m'est en souverain mespris, parce que ce sont les souveraines délices du monde. que j'ahhorre de plus en plus, et luy, et son esprit, et ses maximes, et toutes ses niayseries.
Soyez à jamais bénite, ma Ires-chere Mère, et que vostre cœur et le mien soient à jamais remplis du divin el Ires-pur
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amour, que la divine bonté vous a fait la grâce de vouloir parfaictement aymer.
S, François de Sales , à M. de Montelon.
Il se plaint des propos qu'il tenoit de luy au subjet d'un maryage et il se Justifie
sur ce dont il l'accusolt.
Avant le 13 décembre 1619.
Permettez-moy, je vous supplie, Monsieur, de souslager mon ame en me playgnant à vous-mesme de vos plaintes, lesquelles, à la vérité, m'affligent et m'estonnent, ne croyant pas d'en avoir donné aucune occasion, puisque, hors le tesmoignage que j'ay rendu une seule fois des mérites et bonnes qualitez du gentilhomme, et une autre fois de sa religion, je n'ay nullement coopéré à ceste alliance, que peut-estre par la recommandation que j'en ay faite à Dieu, si elle devoit estre à sa gloire; et tout ce qui se dit de plus, n'est qu'exagération.
Il est vray que, les parties s'estant lyées d'affection et de promesses pendant mon absence, je fus présent, soudain après mon retour, à la répétition des promesses qu'elles voulurent estre renouvellées devant moy ; mais d'une présence si simple, que je ne fis qu'escouteravec plusieurs autres, sans dire mot. Pouvoisje refuser de tels offices à de telles personnes, non plus que celuy que je fis envers vous. Monsieur, qui, ce me semble, ne me fistes pas sçavoir que vous eussiez une si puissante ad version pour ce maryage, que de là j'eusse peu inférer cet ardent mécontentement que vous avez, ce me dit-on.