‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 29 sur 185 · François de Sales, à un amy · texte numérisé non relu

François de Sales, à un amy

Le Sainct se sousmet avec résignation.

Avant le 13 décembre 1619.

Monsieur, je me suis un peu dilaté avec vous pour me soulager : non que je sois grandement touché ny des censeures ny des blasmes qu'on jette contre moy pour ce subjet, car je sçay que devant Dieu je suis sans coulpe; mais je suis pourtant marry du souslevement de tant de passions autour d'une affaire où j'en ay "si peu. Ceux qui me cognoissent sçavent bien que je ne veux rien, ou presque rien avec passion et violence; et quand je fais

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des fautes, c'est par ignorance. Je voudrois bien pourtant regagner la bonne grâce de ces Messieurs, en faveur de mon ministère. Si je ne puis, je ne laisseray pas de marcher en iceluypar F infamie et bonne réputation, comme séducteur et véritable (i. Cor. 6j. Je ne veux ny dévie ny de réputation, qu'autant que Dieu voudra que j'en ay ; et je n'en auray jamais que trop selon ce que je mérite.

S. François de Sales, à M. fEvesque de Belley,

Ije Sainct console son amy smr la mort de son père, et se Justifie de la ceoseore qn'on aroit faite de sa condoitte an sobjet d'un maryage.

Atant le 13 decenbre 1619.

Monseigneur, j'ay sçeu depuis peu de jours, que la divine Providence a enfin retiré du monde M. vostre père; soudain je suis allé à l'autel offrir le Fils éternel à son Père pour l'ame de ce deffunct, et recommander la vostre et celle de Madame vostre mère, et celles de toute la trouppe des frères et sœurs, au Sainct- Esprit, douce source de toute véritable consolation; car que peut-on faire de meilleur en telles occurrences?

Certes, j'ay participé à vostre desplaysir; mais la part que j'en ay prinse n'aura en rien diminué de la totalité du vostre. 0! si les afflictions devenoient moindres à mesure qu'elles sont respandues dans le cœur de plusieurs, que vous en auriez bon marché, ayant tant de personnes, et autour de vous, et bien loin de vous, qui vous honnorent et ayment sincèrement, se communiquant les uns aux autres vos sentimens pour les ressentir avec vous !

Je n'ay rien à vous dire de plus sur ce subjet, sinon que toute ma vie j'honnoreray la riche mémoire de ce bon seigneur trespassé; et seray invariablement tres-humble serviteur de sa tant honnorable postérité, et de madame sa veuve, qui a si heureusement coopéré au bon-heur de sa vie, et à le faire vivre encore après sa mort en la personne de si dignes enfans.

Car au reste, de vous vouloir dire des parolles de consolation, je suis trop loing, et ne puis estre ouy qu'après d'autres, si que ce seroit une impertinence excessive. Et de plus, quand j'eusse esté auprès de vous, que vous eussé-je peu dire sinon : Bibe aquam de cistemâ luâ (1).

{\) Biivoz IVnu *lo votro citemn (f'rov. 5).

l'evesque. 127

Quels parfums peut-on donner aux habitans de TArabie Heureuse ! On ne peut porter de suavité qui soit comparable à celle de leur pays; et ne peut-on leur dire autre chose sinon : Sentez, odorez, recevez les exhalaisons de vos cinnamomes, de vos bausmes, de vos myrtes. Ainsi vous eussé-je dit, et à vous, et à madame vostre mère, à messieurs et mesdemoiselles vos frères et sœurs, vous envoyant tous à vous-mesmes pour vous consoler.

Mais moy, c'est la vérité que j'ay encore une douleur sur le subjet de ce trespas qui me fasche tousjours quand j'y suis attentif : c'est qu'après une forte resolution d'aller prendre congé de ce bon père à mon despart de Paris , Tayant réservé pour le dernier, comme celuy à qui je dois beaucoup d'honneur, et qui estoit le plus près; ravi et emporté des visites qui me furent faites ce jour-là, je fus tellement suffoqué d'esprit que je ne pensay point à ceste obligation sur Toccasion; et estant en chemin je m'en apperçeus, comme seulement pour en estremarry. Et quant à vous, Monseigneur, ce ne fut nullement faute d'attention, mais par la fausse asseurance que mon hoste de Chartres me donna que vous estiez à Estampes, où après je me recogneus trompé, mais trop tard.

Or, j'espère que ce bon seigneur m'a aysement pardonné, s'il faut ainsi dire, puisque voyant celuy qui voit tout, il voit bien que ceste mienne faute n'est point procédé de manquement d'honneur, de respect et d'affection. Et vous me pardonnerez aysement celle-cy par vostre douceur et bonté envers moy. Dieu m'a donné vostre bien-vueillance , Dieu me la conservera ,. s'il luy plaist; car de moy-mesme je n'ay sceu la mériter, ny la conservation d'icelle.

Mais, à propos de conserver les bien-vueillances, on m'escrit que je suis presque privé de celle de M. de Montelon pour le subjet du maryagede M. de N. Et encore faut-il que je vous rende compte de cecy, puisque vous estes celuy qui me l'aviez procurée; et en un mot je puis dire avec vérité que, hors les véritables tesmoignages que j'ay rendus une seule fois à madame de N., de la vertu et bonnes qualités de son mary, je n'ay rien coopéré à ce maryage, sinon qu'après avoir veu et sceu les fortes véhémentes liaysons d'affections, avec des grandes promesses réciproques d'un futur maryage entre les deux parties, faites pendant que j'estois à Maubuisson, et de plus la demoiselle se promettre tres-asseurement que mademoiselle de N. appreuveroit tout; je dis alors, qu'encore que je ne doutasse point de leur discrétion à la suitte de leurs affections, neantmoins je leur con-

seillois de oe pas beaucoup tarder leur maryage; conseil conforme aux décrets de l'Eglise, et que je doiinay ne regardant qu'au plus grand bien et à la plus grande asseurance de ces urnes, et l'observance des commaodemens de Dieu.

Il y a encore cecy de considérable, que M. de Monlelon, lors- (]u'il me parla de ce subjet, ne me tesmoigna point d'avoir une >i grande adversioii, ny un si grand interesl dans ceste affaire, i^ue pour cela j'eusse peu croire qu'il en prendroit tant d'ardeur de mescontentement; de sorte que je ne puis encore sousmettre mon jugement pour me tenir coupable en cest endroict, quoyque grandement marry de voir tant de passions esmues à ceste occasion, pour l'accoysement desquelles je n'ay autre chose à dire, sinon, Redime me à calumniis hominum (l), à celuy devant lequel je suis sans fln, Monseigneur, vostre. etc.

cccxni.

.S. François de Sales, à Madame de Chantai, à Paris.

Ii'on ae doit pis su conduire aelon <er reRle:! Uo la prudence bumalnD, mais pur les mulmes de.rEvsrglIe.

Annessy, 13 ttttembn 1619.

VivEJesus, auquel, et pour lequel, et par lequel je suis parfaictement vostre, ma tres-chere Mère. Je viens d'escrire trois grandes lettres, que je vous envoie ouvertes, affin que vous les voyiez, et en icelles plusieurs choses qu'il faudroit que je vous escrivisse, et je n'en ay pas le loysir, estant bien tard.

Enfin donc j'escris à M, de Montelon; mais avant que de luy envoyer ma lettre, faites-la voir, s'il vous plaist, à M. des Hayea, et considérez s'il sera à propos qu'elle luy soit rendue ; car quant à moy, ma tres-chere Mère, j'ay remis tous ces mauvais vens à la providence de Dieu : qu'ils soufflent ou qu'ils s'accoysent, selon qu'il luy playra; la tempeste et la bonace me sont indifférentes. Bienheureux soyez-nous, guand les hommes diront tout mal contre vous pour l'amour de moy, en mentant (Matth. 5). Si le monde ne trouvoit à redire sur nous, nous ne serions pas bonnement serviteurs de Dieu.

L'autre jour, nommant S. Joseph à la messe, je me ressouvins de ceste souveraine modération dont il usa, voyant son incomparable espouse toute enceinte, laquelle il avoit creu estre toute

(11 Dplitrez-moi des calomnies des bommes (Ps. 118).

vierge. Et je luy recommanday l'esprit et la langue de ces bons messieurs, affin qu'il leur impetrast un peu de ceste douceur et debonnaireté : et tost après il me vint en Tesprit que Nostre- Dame en ceste perplexité ne dit mot, ne s'excusa point, ne se troubla point, et la providence de Dieu la deslivra; et je luy recommanday ceste affaire, et me résolus de luy en laisser le seing, et de me tenir coi : aussi bien que gaigne-t-on de s'exposer aux vens et aux vagues, sinon de Tescume?

0 ma chère Mère! il ne faut pas estre si tendre sur moy. Il faut bien vouloir qu'on me censeure : si je ne le mérite pas d'une façon, je le mérite de l'autre. La mère de celuy qui meritoit une éternelle adoration ne dit jamais un seul mot quand on le couvroit d'opprobres et d'ignominies. Aux patiens et débonnaires demeurent la terre et le ciel. Ma Mère, vous estes trop sensible pour ce qui me regarde. Et donc, faut-il que moy seul au monde je sois exempt d'opprobres? Je vous asseure que rien ne m'a tant touché en ceste occasion que de vous voir touchée. Demeurez en paix, et le Dieu de paix sera avec vous, et il foulera les aspics et les basilics; et rien ne troublera nostre paix, si nous sommes ses serviteurs. Ma chère Mère, il y a bien de Tamourpropre à vouloir que tout le monde nous ayme , que tout nous soit à gloire.

Je presche icy les Advents, les Commandemens de Dieu, qu'ils ont désiré ouïr de moy ; et je suis merveilleusement escouté : mais aussi je presche de tout mon cœur, duquel cœur je vous diray, ma tres-chere Mère, que Dieu par sa bonté infinie le favorise fort, luy donnant beaucoup d'amour des maximes du Christianisme, et cela ensuitte des clartez qu'il me donne de leur beauté, et de l'amour que tous les saincts leur portent au ciel, m'estant advis que là-haut on chante avec une joye incomparable : Bienheureux les pauvres d esprit^ car à eux appartient le royaume des cieux (Matth. 5).

Sur le commencement de la sepmaine qui vient, je feray ma reveue pour un renouvellement extraordinaire que Nostre-Seigneur m'invite de faire, affin qu'à mesure que ces années périssables passeront , je me prépare aux éternelles.

Nos sœurs d'icy feront fort bien ; il n'y a rien à redire , sinon qu'elles veulent trop bien faire , affin que nostre Mère revenant, treuve que tout va bien : cela les presse un peu. Hier, nous fismes un entretien où je m'essayay de les mettre un peu au large.

Je salue nos tres-cheres sœurs Anne-Catherine et Jeanne-

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