‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 30 sur 185 · VII · texte numérisé non relu

VII

i30 LETTRES.

Marie. Je leur escriray aussi trois mots au premier jour, s'il plaist à Dieu; et à nostre sœur Marie- Anastase mille salutations. CTest une petite jacobite ; car Nostre-Seigneur Ta touchée à la cuisse : et elle ira mieux boiteuse au chemin de la perfection qu'elle n'eust fait autrement, comme j^espere. Je salue nostre très-grande novice, et toutes tant qu'elles sont mes tres-cheres sœurs et filles en Nostre-Seigneur. Je n'escriray point pour ce coup à ces dames, que j'honnore tant, et que Dieu veut que j'honnore de plus en plus : saluez-les toutes chèrement es occurrences. Dieu les veuille combler de ses grâces.

S. François de Sales, à M. de Boissy, son frère.. Chanoine de t église cathédrale de S. Pierre de Genève ,

vicaire gênerai du diocèse.

Geste lettre traitte d'uD grand nombre d'affaires domestiques et autres.

16 décembre 1619.

Mon tres-cher frère , le bon poissonnier qui m'a apporté vos lettres de Ri vole nous asseura de venir dans la huictaine prendre les nostres et vos habits ; mais la quinzaine passe , et il ne vient point : c'est pourquoy je vous envoie tout à coup mes vieilles lettres, et ceile-cy par laquelle je responds à celles que j'ay receues depuis par le sieur Trulard, et par autre voye.

M. le doyen ne veut point aller à la Cour, sa dévotion le tirant ailleurs, où il prétend se rendre dans six sepmaines ou deux mois; mais il désire qu'on ne le sçache pas, ne s'en estant decouvert qu'à moy et au supérieur claustral du lieu où il aspire, sur le rivage de ce lac.

Je verray à Lesorches M. l'abbé de Seyserieux, et sçauray en quelle disposition il se treuve : et quant à M. Duchatelard, il me dit l'autre jour qu'en l'advertissant un mois auparavant, il se tiendra prest.

Reste M. Favre, qui désire d'attendre M. de Chamessay. Si quelqu'un de vostre cognoissance vouloit entrer au premier quartier, en m'advertissant dans quinze ou dix-huict jours, affin que je n'en fisse pas tenir prest l'un des susnommez, cela seroit bon, comme je pense. Je pense aussi que la division de l'aumosne sera à propos, ainsi que vous l'avez projette.

M. de Drum aura response par les cy-joinctes, que M. de La

l'evesque. 131

Salle aura cent mille francs de son père, et trente mille de sa mère, ainsi que M. de Medio m'asseure

M. Favre m'escrit que M. de Forax n'est pas encore hors de prison, par Topiniastreté de ses parens qui' font le pis qu'ils peuvent. J'escris à M. de Montelon, pour voir si on le pourra destourner de la fausse créance qu'il a de mon procédé, dont je ne me repens point, ny n'ay subjet aussi de me repentir.

Je ne sçavois pas aussi que les livres de visites fussent à Paris, car on me l'a celé : mais il a apparence que Monsieur le Président en aura soing. Je les luy demanday l'autre jour, et il m'escrivit qu'il en avoit un peu affaire pour encore, et qu'il me les enverroit par après.

Je vous envoie le project que Monseigneur le Prince me commande de faire pour la reformation des monastères de deçà, m'ayant semblé à propos qu'il luy fust remis parmy les festes, en tems auquel telles pensées sont de sayson. Vous luy pourrez dire que j'ay esté après avoir conféré avec M. de Montoux et M. l'abbé d'Abondance, et qu'il sera expédient que les mémoires soient dressez en italien ou en latin, mais plustost en italien de quelque bonne main.

Vous verrez que nous n'avons pas oublié nostre Eglise, pour laquelle il se présente encore une occasion, dont le Chapitre m'a prié de vous donner advis, affin que dextrement vous sçachiez si on en pourroit réussir. C'est que Monsieur le Reverendissime du Mont-Detifs a, ce dit-on, un prieuré près de Piolée, qui s'appelle Consier, duquel s'il vouloit se deffaire en faveur de nostre Eglise, on luy asseureroit une bonne pension, pourveu qu'elle n'excedast pas tous les fruicts ; et après on pourroit traitter avec le Chapitre de Belley, du doyenné de Seyserieux. Or, je vois en cela une extrême difficulté, à cause du placet du Roy, qui trèsmal volontiers ordonnera pour unir à un corps qui est hors du royaume. Neantmoins, parce que le Chapitre a cela en désir, vous pourrez avec dextérité sçavoir ce qui se pourra faire par delà avec Monseigneur du Mont-Denis.

M. le Prévost gousta merveilleusement la bonne pensée que vous avez faite, de voir si on pourroit loger mon nepveu de la Fouge chez Monseigneur le Prince-Cardinal; et s'il se peut, ce sera une très-grande charité. .

Mon frère ledit sieur vous escrit de la lettre que les gens de bien font voir par-cy par-là à la desrobée. Il y a apparence qu'ils feront ce qu'ils pourront pour ravaler le peu de faveur qu'ils voient naistre pour nous; mais il ne faut pas que vous vous en

remuiez, ains que vous respondiez seulemeal par bienfaicts a leur mesdire : c'est le vray moyen de les fascher et combattre, inesprïsaat leurs efforts par Vasseurance que nous teàmoîgaerons d'avoir dans nostre innocence et inviolable alTeclion aux services de nos princes.

M. le marquis de Sainl-Damian s'en rêva, qui m'est venu voir avec beaucoup de démonstration de nous aymer; il faut donc correspondre, affin que de toutes parts nous fassions paroîstre que nous sommes nous-mesmes.

M. de Cormans a ryancé la bonne mademoiselle de la Croix, et croy que l'on est après de poursuivre la dispense, M. de Lfiaval s'estoit chargé de retirer la depesche du sieur Menyer. S'il ne va pas bientust en Piedmont, Madame de Charmoisy vous prie de procurer qu'on le fasse, et de donner advis de l'argent qu'il faut pour la retirer, aFQn qu'on l'envoie soudain. Je croy bien que pour celuy de naturalité de M. de Benmeres, il faudroit donner quelque chose en chancellerie; mais il n'y a remède : si c'est peu de fait, il faudra avancer.

Les sœurs de Sainte-Claire de Demun me conjurent fort de vous recommander leur afTaire, en laquelle M. le marquis de Salins les aydera fort : ce porteur est l'un de leurs religieux.

Je suis grandement ayse de sçavoir que Madame de Saint- George demeurera, sçachant combien elle a de pouvoir et de vouloir pour le bien de l'esprit de noslre maistresse, et par conséquent pour le contentement plus désirable de S. A. et de Monseigneur nostre prince, et le bonheur de cest Estât. La cognoissance que j'ay des qualitez de ceste dame, m'a tousjours fait souhaitter qu'elle demeurast, et loîie Dieu de tout mon cœur que cela soit. Saluez-la chèrement de ma part, et l'asseurez de mon service tres-humble, et de mesme toutes les dames qui me font l'honneur de m'aymer ; mais, comme vous sçaurez bien faire, mettez à part la signora dona Genovefa ma tres-chere flUe; je ne sçaurois luy escrire, ny quasi plus à personne ; ce sera au premier jour, et à nostre très-cher frère le Père Dom Juste, duquel j'ay receu la boitte et la lettre du Père Justin.

Les deux dames qui vous ont escrit de France, sont Mesdemoiselles de Crevant, qui s'appelle Anne de Bragelonne , et de Verson, qui s'appelle Marie de Bragelonne.

Nous avons achevé l'annuel de M. de Charmoisy ce matin; et la bonne Madame de Charmoisy se sent grandement obligée à vostre amilié, et pour le soing que vous avez de son Henri.

l'eyesque. 133

Monseigneur de Turin me recommande le Père Sommier pour la prébende de Tabbaye d'Aulps; mais c'est là, et non icy où il faut faire Toffice : vous le ferez, s'il vous plaist, envers Monseigneur le Prince-Cardinal, et puis en rendrez compte à Monseigneur l'archevesque.

Las et recru de tant escrire, je prie Dieu qu'il vous comble de contentement, et suis votre, etc.

A S, A, Charles-Emmanuel P^, duc de Savoy e,

s. François supplie S.A. d'accorder aux Sœurs de Saincte-CIaire d'Evian la place et les masures du chasteau d'Evian, pour y bastlr leur couvent, et il luy envoyé le project pour la reformation des monastères.

Annessy, 17 décembre 1619.

Monseigneur, les Sœurs de Saincte-CIaire d'Evian font supplication à V. A. pour avoir la place et les masures du chasteau de ce lieu, affin d'y bastir leur couvent, puisque M. le marquis de LuUin tesmoignera que cela ne peut en rien nuyre à la conservation de la ville; et puisqu'elles ont encore désiré mon intercession auprès de V. A. , je la fay tres-humblement, adjoustant qu'il n'y a, comme je pense, aucun monastère de cest ordre-là qui fleurisse plus en véritable dévotion que celuy-cy.

J'envoye aussi à V. A. le project dressé par son commandement pour la reformation des monastères de deçà les monts; duquel la lecture ne sera point hors de sayson parmy ces festes , puisque tout le dessein regarde la plus grande gloire du divin Enfant; la naissance duquel on célèbre, et que je ne cesseray jamais de supplyer qu'il fasse de plus en plus prospérer V. A., Monseigneur, de laquelle je suis, tres-humble, tres-obeyssant et tresfidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S. A, Victor- Amedée y Prince du Piedmont,

s. François rappelle à S. A. l'ordre donné que les prébendes vacantes de Contamine fussent réservées pour la reformation des monastères, et luy parle d'un religieux de Contamine qui désire faire donner place et prébende à un nepveu.

Annessy, 19 décembre 1619.

Monseigneur, dés que V. A. eut l'heureuse pensée de contribuer son soing et son authorité à la reformation des monastères de deçà, elle donna ordre que les prébendes vacantes de

13 i LETTRES.

celiiy de Contamine fussent réservées pour estre par après appliquées selOQ ce dessein; or maintenant, un feligieux ancien duitit Contamine ayant un deslr extrême de faire avoir place et prébende à un sien nepveu,jeune et ignorant, aolitenu des lettres de S. A. par lesquelles elle commande que l'on luy donne ceste prébende; mais oq ne peut croire que ces lettres soient selon l'intention de Sadilte Altesse, puisque elles sont contraires à la résolution prinse avec tant de considération, de laquelle il se peut faire que la souvenance ne soit pas lousjours présente à S. A.; puisque mesme, en attendant qu'on obtienne de Rome le pouvoir d'appliquer plus fructueusement ces prébendes, on les employé à reparer les domiciles nécessaires et entretenir la sacristie de laditte église. V. A. donc est supplyée tres-humblement de faire desclarer la volonté de S. A. sur ceste occasion, afTin que l'on puisse asseuremcnt ou accorder, ou, ce qui est pius désirable, refuser laditte prébende. Et tandis, je prie Dieu qu'il fasse de plus en plus abonder V, A. en ses bénédictions, et suis. Mouseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant et Ires-fldelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

s. François de Sales, à M. le baron de la Tournelle,

Conseiller d' Estai de S- A. le Duc de Savoy e et son ambassadeur

en Suisse.

La SoiDcii liEy tc4iai>isaD la rogroL de n'uvolr pea faire avoir udo chupalls h aoti tîia . et Luy ea dlC les raf Mans , eln.

Ainefiy, 3 tebvriei 1S30.

Monsieur, je loue Dieu et vous remercie humblement de la part et douceur que vous avez donnéeàvostre curé, qui je m'asseure, Temployera à rendre meilleur service à l'Eglise, et ne puis que recevoir à beaucoup de faveur la mémoire qu'il vous plaist d'avoir de la ferme et réciproque amitié de nos pères, laquelle de ma part je cultiveray fort affectionnement en toutes les occasions esquelles mon pouvoir s'estendra de vous rendre service.

Que si la cbapelie dont vous m'escrivez estoit en ma main, très- volontiers je la contribuerois à vostre contentement pour la retraitlede monsieur vostre fils, religieux en Suisse; mais monsieur le doyen la possédera encore toute l'année de son noviciat, après laqueOe il en veut disposer en faveur d'uu parent qui luy est si proche, et à vous, Monsieur, que quand il me l'a eu nommé et dit ses raysons, il m'a osté tout à fait le courage d'in-

terceder pour tout autre; et mesme que M. de Monthon , de la nomination duquel est laditte chapelle , préférera aussi celuy-là à quiconque pourroit venir, puisqu'il luy est aussi proche qu'à vous, Monsieur, qui, sous la faveur de S. A., ne tarderez pas, comme je Tespere beaucoup, sans avoir des aussi bonnes commoditez pour monsieur vostre Gis ; et moy je desireray tousjours le moyen de m'y pouvoir employer.

Cependant, Monsieur, ceste mesme amitié ancienne qu'il vous a pieu de me marquer, m'oblige à vous communiquer l'honneur que S. A. a fait ces jours passez à mon frère, qui est auprès de Madame , l'ayant nommé mon coadjuteur et successeur en cest evesché, avec une gratification d'autant plus honnorable, que c'a esté sans que je l'aye jamais ny demandé, ny fait demander : de sorte, Monsieur, qu'à mon manquement vous aurez un autre evesque, qui, estant mon frère, sera ensuitte, comme moy, vostre tres-humble , etc.

CCCXVIU.

S. François de Sales ^ à S. A. le Duc de Savoye,

Le Sainct le remercie d'avoir nommé son frère , Jean-François de Sales , pour son coadjuteur et successeur dans revesché.

6 mars 1620.

Monseigneur, les faveurs les moins méritées sont à la vérité les moins honnorables, mais elles sont aussi les plus obligeantes; et quand elles viennent d'un haut lieu et d'une mayson souveraine , elles sont estimées parfaictes, et estent à ceux qui les reçoivent le pouvoir d'en faire de dignes actions de grâces.

Pour cela, Monseigneur, je ne destine pas ces lignes au treshumble remerciement que je devrois faire à Vostre Altesse pour la grâce qu'il luy a pieu d'exercer envers mon frère et moy, le nommant à ma succession en cest evesché; mais je luy en fay seulement tres-humblement la révérence, pour tesmoignage qu'en ceste nouvelle obligation je renouvelle et confirme l'hommage et la fidelle obeyssance que je doy à la bonté de Vostre Altesse, la supplyant en toute humilité de continuer, comme elle a commencé, de me protéger tousjours avec mes frères, sous la douceur de sa debonnaireté, puisque nous ne respirons jamais si chèrement et cordialement autre chose quelconque de ce monde, que l'immuable devoir par lequel nous sommes si heureux que d'estre et vivre en la subj^ction de Vostre Altesse, à

laquelle souhaittant incessamment le comble de toute sainçte prospérité, je suis, Monseigneur, tres-humble, tres-fldelle , etc.

A Son Altesse Victor-Amedée , prince du Piedmont.

Sur la nominAtion de son frère , Jean-François , à la coadjutorerle.

Annessy, 6 mars 1620.

Monseigneur, je ne puis me taire sur la nomination de mon frère à une coadjutorerie , car les grands coups de la faveur, comme ceux de la douleur, excitent, qui que ce soit, à parler, et si (1) je ne puis rien dire à V. A. sur ce subjet, qui ne soit grandement au-dessous de mon sentiment. Et pour cela, je me contenteray de luy en faire tres-humblement la révérence , et Fasseurer, que comme elle pouvoit gratifier grande multitude de gens de plus de mérite, aussi n'eut-elle peu en regarder de plus de fldellité et d'obeyssance que mon dit frère et moy, qui ne cesserons jamais de louer Dieu de quoy il m'a rendu par tant de devoirs, Monseigneur, tres-humble, tres-obeyssant et Ires-fîdelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

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