CCCXXVIII
A Madame la Comtesse de Tomon.
8ainct François lay parle de M. Nicolas Nacot, qui ne vent pas se soosmettre à son aathorité
et Iny parle de son amitié pour le comte de Tomon.
Amiessy. 9 septembre 16S0.
Madame, Dieu sçayt que le désir duquel je suis pressé, de faire chastier M" Nicolas Nacot, n'a point d'autre origine qu'en mon devoir qui m'oblige de réduire à l'obeyssance ceux qui la doivent, et la refusent à l'authorité que je tiens. Que si ledit Nacot eust comparu, estant appelle, il y a long-tems que son innocence, s'il en a, auroit esté honnorablement approuvée ; mais de ne vouloir pas seulement comparoistre, et me vouloir dire ses raysons teste à teste , sans autre recognoissance de son devoir qu'en parolies, c'est chose que je ne puis estimer raysonnable. Au demeurant, Madame, je ne puis non plus penser pourquoy vous tenez pour rigoureuse la poursuitte faite contre cest homme-là.
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puisqu'il y a plusieurs mois qu'il va mesprisant toutes citations impunément.
Et encore suis-je plus estonné de quoy vous me tenez pour ombragé contre Monsieur vostre mary, et me dites que beaucoup d'indices ne luy en ont donné que trop de cognoissance ; car, en vraye vérité, je me suis tousjours tenu pour fort honnoré de la bien-vueillance que de sa grâce il m'a portée; et si mon impuissance et insuffisance ne m'a pas permis de la cultiver pai: mes services , ma cognoissance pourtant ne m'a jamais permis de demeurer sans une tres-forte affection de correspondre à ceste faveur, par tous les tesmoignages qu'il me seroit possible. Aussi, Madame, vous ne me marquez que ceste languissante, mais que neantmoins il vous plaist d'appeller rigoureuse procédure; et moy, pourveu que vous me permettiez de me deffendre un peu librement contre vous , diray que si le nœud du devoir que j'ay à Monsieur vostre mary et à vous se pouvoit deffaire, vous m'auriez tous deux grandement desobligé en deux occasions, Tune est quand seremment (1) vous fistes prendre la licence de faire le maryage de Monsieur et Madame de Monthouy (2), vos enfans, laquelle pour un si grand empeschement, nous ne pouvions donner qu'abusivement; mais comme pouvoiton ne faire pas ce qui estoit désiré d'un si bon lieu ? Or, Madame, je serois extrêmement desplaysant si , sur la bien-vueillance de laquelle vous me gratifiez, j'avois pensé seulement à tirer de vous chose qui vous deust donner le moindre repentir du monde, et jugerois de vous avoir grandement offensée, si je Tavois fait esciemment. L'autre fois, Madame, ça esté quand vous avez entreprins de soustenir la desobeyssance de cest homme d'église pour lequel vous m'escrivez : car de maintenir sa cause au fond de l'affaire, vostre charité seule, sans autre considération, vous en pouvoit donner une juste volonté; mais ne vouloir seulement pas qu'il responde et se représente, quand il est appelle, et vouloir encore que je sois condamné de rigueur et d'infidellité, si je ne treuve bon cela, il me semble que c'est la rigueur mesme, et que tacitement on préfère son injuste repos à Tauthorité en laquelle je suis ; et que , sans violer mon devoir , je puis vouloir enfin le ramener à la bergerie, et sous la houlette. Cependant, Madame, je veux bien attendre encore quelque tems avant que de faire aucunes poursuittes, pour apprendre de vous-mesme, puisque vous me faites espérer le bien de vous voir sitost, les
(1) Secrètement ou Récemment (?). — (2) De Monthoux (?).