‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 35 sur 185 · VII. iO · texte numérisé non relu

VII. iO

4i6 LETTRES.

raysoQs de ce vénérable persoaaage : «^ue si elles sont teQes qne je rae doive humilier, je le feray de biDn cœor: mais si aossi U se Ireuve rayscanable qu'il s'humilie sous la justice que je fay exercer, je vous suppUeray de ne point employer l'authorité de vostre bien-vueillaace pour l'en exempter, contre la nécessité de ma charge.

Je me resjouy que 5a Saincteté ayt octroyé le remède requis au mal de l'action que fit messire Nacot, et seray encore plus ayse quand je sçauray qu'il aura esté légitimement appliqué: car hoDDorant tres-cherement M. vostre marv, et vous. Madame, comme je fay et feray toute ma vie. je désire que tout ce qui vous est précieux vive entre les bénédictions célestes, et que rien ne demeure jamais en vostre mayson qui '^vous?.i en puisse divertir.

Madame, j'ay de l'affection et de l'honneur pour vostre mary, pour vous et pour les vostres , autant que vous s^auriez souhaitter d'homme qui vive; mais le plus grand désir que je fasse, c'est que jamais Dieu ne s^^it abandonné, non pas mesme pour un moment. Je le supplie donc qu'il vous conserve tous , qu'il vous prospère et bénisse de ses plus grandes faveurs- Et vous, je vous conjure. Madame, fermement, failes-moy le bien de me croyre vostre plus humble serviteur et parent. — François , evesque de Genève.

.4 5. /I. Charles-Emmanuel I^ , duc de Savoy e.

Sur l'unyon da priearé de Chindrien à la cure de Ramilly pour y estabtir les Pères de rOntoire.

Annessy. 7 octobie itiSO.

Monseigneur, en attendant que V. A. fasse réussir le project du restablissement de la vraye pieté en tous les monastères et es autres églises de cest Estât de deçà les monts , voicy une digne occasion qui se présente pour Rumilly : le sieur de Saunaz, prieur de Chindrieu en Chautaigne, désire sans fin de consacrer sa personne et son prieuré au service de Dieu et des âmes, sous l'institut des PP. de l'Oratoire; et parce que son prieuré, est proche de Rumilly, il a jette ses yeux sur ce lieu-îà , duquel la cure estant assez bonne, icelle joincte au prieuré, avec quelques autres petits bénéfices , pourroit suffire à l'entretenement de dix ou douze bons ecclésiastiques dudit Oratoire, qui auroient un grand employ en ceste ville-là et en tout le voysinage. Mais pour avoir l'événement propice, il seroit requis, Monseigneur, que V. A. nous tesmoignast son consentement et contentement.

et que par après elle favorisast les poursuittes qu'il sera requis de faire à Rome : et de tout cela je Yen supplie tres-humblement, comme aussi de commander que les pauvres cures d'Armoy et de Draillens soyent attestées de l'argent que tant de fois V. A. leur a ordonné, n'estant pas en nostre pouvoir ny par prières, ny par sousmissions, ny par importunité, d'en rien avoir, des cinq ou six ansençà, sinon 50 escus, sans plus. V. A. sçayt combien ceste supplication est juste; qu'il soit donc son bon playsir de la faire réussir. Tandis, nous prions Nostre-Seigneur qu'il la conserve et fasse de plus en plus prospérer. Je suis, Monseigneur, tres-humble, tres-obeyssant et tres-fîdelle orateur et serviteur de V. A. Ser™®. — François, evesque de Genève.

s, François de Sales, à son frère , evesque de Chalcedoine ,

coadjuteur de Vevesché de Genève,

Le Sainct ayant ouvert et leu , sans y prendre garde , une lettre escrite à son frère , par un de leurs amys communs , qui s'estoit fait calviniste et estoit passé en Angleterre , luy renvoyé ceste lettre, et desplore le mal-heur de cest homme.

Annessy, 21 novembre 1620.

Voila une lettre que j'ay ouverte sans m'appercevoir qu'elle n'estoit pas pour moy. 0 Dieu! mon très-cher frère, que de douleur à mon ame quand je l'ay leue! Certes, il est fort véritable que de ma vie je n'ay eu si fascheux estonnement. Est-il possible que cest esprit se soit ainsi perdu? Il me disoit tant que jamais il ne seroit autre chose qu'enfant de l'Eglise romaine, quoy qu'il creust que le Pape excedast les bornes de la justice, pour estendre celle de son authorité ; et cependant , après avoir tant crié qu'il ne falloit pas que le suprême pasteur, officier de l'Eglise, entreprinst de deslivrer les subjets de l'obeyssance du suprême prince de la respublique, pour aucun mal qu'il fîst, luymesme, pour ces abus prétendus, se va rendre rebelle à ce suprême pasteur, ou, pour parler selon son langage, à tous les pasteurs de l'Eglise en laquelle il a esté baptisé et nourry.

Luy qui ne treuvoit pas assez de clarté, disoit-il, es passages de l'Escriture pour l' authorité de S. Pierre sur le reste des chrestiens, comme s'est-il allé ranger sous l'authorité ecclésiastique d'un roy (1), duquel l'Escriture n'a jamais authorisé la puissance que pour les choses civiles?

(1) Le roi d'Angleterre, Jacques I*'.

S'il îpeaT'Ctît que le Pape exoedoît les bornes de sod poaToir, ealnepr^nant quelque chose sur le temporel des princes . comme a? lr«aTera-t-i! f^s qiie > rc-y soos lequel D est allé vivre exceJe les lîmîles de sos autiiorite. entnefffcnant sur le spiriîuel?

Esl-il p«ï>55ifrEe que ce qui rameDa et i^taiotiiLt S. Augustin en TEkiise t'ayt peu releair cesl esprit? Est-il pc^ssibteque la revereace de rastîqnitê. et rabjectkxi de la nouveauté, n'avent point eu ie piiHivoîr de rarrester?

Est-il |A)6^>!e qu'il ayt créa que tj ute TE^tîse ayt tant erré* et que les huguenots et les Arigiois ciivkcistes ayent si Eieoreusedent reocoatré partout la vente, et qu'ils n^ayea: point erré en rintetîsgence de fEscritore? D'où peut estre vécue ceste si universelte c>JeTi*>tssan•^^e da secs de rEscrîtore darrs ces testes-là. es matiefes de cios o?ctr«>Terses. que pirtottt tis ayect raysoo , et nous tort partout, en sorte qu'il aoos faille quitter pour adhérer à eux?

Heias! mon cher frère, vous v-xis appercevrez bîeatost du troobfe que j'ay ea moa esprit, qiiaad vous verrez que je vous *iy tout cecy. La modestie avec laquelle if traitte en vous escrivant. famitié quH vous demande avec tant d'affection, et mesme ave? soosaûssîoa . m*a fait une graade playe de condoleaoceea mon ame. qoi ae peut s'acco3rser devoir périr celle de •:est arav.

J'estots a la vetUe de luy feire &îre place îcy. et Moo^ear N. ^vo£u charge de traitter avec luy poor cel;i: et maintenaiLt le voîlâ séparé da reste des moades par La mer. et «ie l'Eglise par le S4?hisme et l'erreur! E^ea aeaQtm»:^iiis drera sa idoire de ce pecfai^-

J'ay one îacIinatioQ particulière à oeste grande isie et à son roy. et ea retTommaade iacessammeat la conversioQ à la divine Majesté: mais avec coafiaace que je setay exaucé avec tant •i'ames qai souspireat pour oest effect : et désormais eacore prieray-je plus aniemment. «>e me semble, pour la coo^deration de ceste ame-Ia.

0 moQ tres-cfaer frère, biea-heureux soat les vravs enfons de la saÎDcte Eglise . eu laquelle sont trespassez tous les euEuis de Dieu? Je vous asseure que moa cœur a aae coatLauelIe palpitatiûa extraordinaire pour ceste cheute. et un nouveau courage de servir mieux l'Eglise du Dieu vivant . et le Dieu vivant de TE- ,^5se.

U faut cependant *tenir secrette ceste aùserable nouvelle « qui

l'evesque. 4 i9

ne peut estre que trop tost respandue pour tant de parens et amys de celuy qui vous la donne. Que si vous luy escrivez, selon qu'il semble vous inviter, par la voye de M. Gabaleon, asseurezle que toutes les eaux d'Angleterre n'esteindront jamais les flammes de ma dilection, tandis qu'il me pourra rester quelque espérance de son retour à l'Eglise , et à la voye de soq salut éternel.

Mon frère, quand vous serez consacré, faites-le-moy sçavoir, et me recommandez à la miséricorde de Nostre-Seigneur, qui soit à jamais l'unique espérance et amour de nos âmes.

A Monsieur le Président Fabre,

s. François s'entretient avec luy de plusieurs affaires de son diocèse , et des différentes

personnes de leur cognoissance mutuelle.

Le SI novembre 16â0.

J'ay receu tout à coup cinq de vos lettres ou billets, mon très-cher frère, à mon retour dans ceste ville du voyage que j'ay fait à Six, à Vin, à Melan, pour diverses affaires. Toutes les nouvelles que vous me donnez sont bonnes. Dieu nous fasse jouyr des effects entiers de tant de bonne volonté qu'il inspire à nostre bon prince. 0 que l'establissement des PP. de l'Oratoire reijssira heureusement à Thonon et à Rumillv, et comme Dieu le favorisera! car voilà Monsieur le Prieur dudit lieu qui, ce soir, m'est venu dire qu'en la recompensation il donnera son prieuré pour les intentions de S. A., et il ne sera nullement malayséde le recompenser surChindrieu, affin que d'abord les PP. de l'Oratoire soient logez et dans l'egHse et dans le prieuré à Rumilly. Or il ne sçayt pas pourtant le project, si non par conjecture , qu'il tire de l'entrée que Bt il y a deux jours M. de Saunaz en TOratoire de Lyon , dont il m'a escrit avec beaucoup de tesmoignage de consolation. Pour Ripaille, je ne pense pas que S. A. y puisse loger plus à propos aucuns religieux que les Chartreux , en se reservant ce qu*il luy playra pour y bastir son palais. Au reste, enfin M. de Chatelard est doyen avec mille contcadictions, et avec autant de promesses d'y faire des merveilles, et à moy de faire tout ce que je luy conseilleray. Le bon M. Buccio m'a prié de le vous recommander en son affaire, que son frère vous dira; ce qu'est, cerne semble, grandement favorable. Madame de la Flechere de Fossigny m'a aussi prié de vous recom-

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mander soa fils, à qui elle dit que vous avez desjà fait bien des faveurs. Certes, tandis que sa prétention durera et qu'il y aura apparence qu'elle doive réussir, non-seulement je ne voudrois luy nuyre, mais je le voudrois servir de mon sang propre : car, comme sa mère est ma tres-chere fille, je le chéris aussi comme mon fils.

Voilà la response de Monsieur TAbbé qui a maintenant dit sa messe avec beaucoup de dévotion. Mon frère et ma sœur de Cornillon vous saluent chèrement et vous prient de les excuser s'ils ne vous escrivent si souvent. Nostre sœur Marie est toute guérie et reprend grandement son bon visage. Je ne sçay plus que vous dire, mon très-cher frère, pour ceste fois, ayant le cœur si oppressé de la douleur de la perte de ce misérable qui vous escrit, que je confesse de n'avoir jamais eu tant de sensible desplaysir que j'en ay eu : mais parce que je sens encore un peu d'espérance en Dieu pour son retour, je vous escris la lettre cyjoincte, afDn que vous la luy envoyiez. Qui sçayt, si conservant un peu de crédit sur son esprit par ceste voye, Dieu s'en servira pour le retirer. Mais je ne sçay pourtant que vous dire là-dessus, sinon que bien-heureux sont les humbles, car à eux appartient le royaume des deux. Ce misérable ne fut jamais que vanité. Or sus. Dieu soit à jamais vostre tout, mon trèscher frère.

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