CCCXXXII
S, François de Sales, à son frère , Fevesque de Chalcedoine.
Le Salnct lay tesmoigne la peine qa'il a de ne pouToir le posséder à cause des mauvais tems. Il le prie de s'employer auprès de Son Altesse de Savoye pour un de leurs amys oommuns. Il luy raconte différentes nouvelles.
8 décembre 1620.
L'aspreté du tems et la grandeur des neiges ont retenu comme par vive force le bon M. l'abbé Nesques; à présent, mon très-cher frère, et ce qui me desplaist en cecy, c'est qu'il n'arrivera pas assez tost pour vous donner la commodité de nous faire jouyr de vostre tres-chere présence pour ces premières festes. Mais il n'y a remède, il faut croire que, Nostre Seigneur le voulant ainsi, ce sera le mieux.
Monsieur de La Pierre n'a sceu comprendre que Son Altesse eust quelque desgoust de luy; il dit qu'il sçayt bien qu'elle l'ayme, et sçaura bon gré à qui luy présentera sa lettre , qu'il vous prie de luy faire tenir seurement, et se promet que , si vous en parlez à M. le Grand, il se chargera volontiers de le faire, et qu'en
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cela il n'y a point de hasard. Que si cela se peut faire bonnement, ce me seroit un grand playsir de le contenter. 11* en escrit à M. le collatéral (1) , affîn qu'il en confère avec vous.
J'escris à M. le comte de Montmayeux, pour le remercier du soing qu'il eut de me faire tenir une de vos lettres, tandis que j'estois en Fossigny.
J'escris à M. Vibo, me resjouyssant de le voir au service de Madame , nostre maistresse. Je vous pourrois dire un monde de nouvelles. Tenez aujourd'huy, jour de la feste de ceste ville, pour toutes asseurances de la triomphante sortie de M. BonQls, qui esta mesme tems establi gênerai des finances, avec un si extrême crédit, que nul ne pourra plus vivre que par sa bonne grâce. Toutesfois, plusieurs ne veulent croire ceste si soudaine métamorphose; et, quant à moy, je ne disois sinon peut-estre qu'il estvray, et peut-estre que non.
C'est une merveille qu'en ce pays on ne sçayt encore point la déplorable adventure de M. de Greanger; car, quant à moy, je la celé le plus que je puis, affîn de n'infecter point l'air d'une si puante nouvelle. Quelle grâce Dieu luy a faite de l'avoir seduict par sa Providence dans la prison !
Mes frères sont tousjours après à faire decombrer la mine de laquelle plusieurs ont une grande opinion : mais Dupra n'en peut rire, craignant qu'une si bonne mine ne soit pas accompagnée de bon jeu.
Monsieur le Prévost eut un rude accident de fiebvre avanthier; mais ce n'a esté qu'une fiebvre ephemeride. Dieu mercy.
Monsieur Perret est grandement malade ; et s'il mouroit, il y auroit danger qu'on impetrast sa place à Rome, comme il l'impetra luy-mesme.
Ceux de Rumilly et le curé ont receu leurs lettres avec toute obeyssance religieuse, que bientost on leur fasse le bien pour lequel on retarde.
La sœur Marie- se porte très-bien, avec grand playsir d'avoir l'habit.
Le bon M. l'Abbé nous oblige grandement à l'aymer, à l'estimer, à le servir, pour l'extrême affection qu'il nous tesmoigne avec toute sorte de confiance. C'est pourquoy je vous le recommande de tout cœur, et je vous prie de me tenir en la bonne grâce de Madame de Sarsenas , qu'on m'a dit estre grosse, dont je me resjouy grandement.
(1) CouseilW ou adjoint.
i 32 LETTRES.
Ce que M. de Vallon voua a escrit touchant le maryage de M. de Charmois avec la fille de M, de Montmayeux , m'empeschem de vous en faire un plus long récit.
Monsieur l'abbé de Six est enfin trespassé, et on m'a dit que M. Lesleu ne demeure pas sans aCFaires avec les religieux qui ne le veulent pas recognoistre, parce qu'ils croient qu'il n'a pas ses permissions de Rome.
Je ne vous enlreliendray pas davantage, ains, me rapportant à la suffisance de M. le porteur, je tous Scduë Ires-humblement, et , si vous estes consacré , je vous bayse les mains et la cime de vostre teste parfumée de l'onction sacrée, que je supplie Nostre- Seigneur de faire saincteraent descouler jusqu'à la robbe de ceste Eglise, et que la rosée de vostre Hermon soit heureusement transportée jusqu'en nostre sein.
C'est aujourd'huy te jour anniversaire de mon sacre, par lequel je commence la dix-neuviesme année. Je suis sans fin , etc.
A nostre M. le collatéral, que luy diray-je? il sçaura que je suis parfaictement sien.
A S. A. Chartes-Emmanuel I"', duc de Savoy e.
Sur Tcstreme miaere de la Hilacte mïyeoa da NosCre-Ilame de Tliotion. el. sur loa oinyenB d'y porter remède.
Il àeCBoUne 1U20.
MoNSEiGNEDR, l'extrême désolation qui est en la saincte mayson de Nostre-Dame de Thonon no peut recevoir remède que de Vostre Serenissime providence : la pauvreté y est démesurée, et les enfans du séminaire tout fin nuds, deschaux et transis de misère; le prestre de la mayaon, et les Pères BarnabiLes n'ont justement que pour manger et habiter, et non pour se vestir; et le reste va tres-mai en poinct; mais ce qui est le pis, c'est que ceste calamité y fait naistre une lamentable desunyon, tandis que chacun s'essaye de tirer à soy le peu de moyens et d'argent qu'on y porte.
Le remède, Monseigneur, à ce mal qui, à la vérité, est de plus grande conséquence qu'il ne semble, consiste en ces poincls.
Le projeet de ceste mayson a esté fait fort grand et ample et falloit quatre raille escus pour le soustenir annuellement. Depuis on a beaucoup amoindry les moyens qui y dévoient estre employez, et pour un seul coup on a osté le prieuré de Nantua, qui
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sont mille escus de revenus; et environ deux mille ducatons, que S. A. par sa libéralité y a destinez, ne sont pas touchez à commodité ; il est vray encore , avec tout cela , Monseigneur, que la mauvaise intelligence des membres de ceste mayson, et la mauvaise conduitte de ses affaires l'appauvrit de plus en plus.
Monseigneur, si V. A. fait réussir le project d'establir là des vrays prestres de l'Oratoire, en lieu de ceux qui y sont, on sauvera de ce costé là 300 ducatons; car faysant une vie tout à fait commune, il ne faudra aucun gage, comme il en faut aux autres, laissant à part le lustre et le profict spirituel qu'ils apporteront; si V. A. fait réussir le dessein d'appliquer toutes les prébendes de Contamine aux PP. Barnabites, hormis cinq ou six ou mesme sept pour y faire faire le service paroissial et célébrer les messes de fondation , on sauvera cinq cens escus de revenu; et les finances de S. A. deschargées d'autant. Et puis, Monseigneur, si le project de la reformation des monastères et du clergé réussit, on treuvera bien encore des bons et gracieux moyens d'accommoder pour le reste. Mais tandis que tous ces biens s'acheininent sous les auspices et par les seings de V. A. S., je croy qu'il sera requis que pour le présent elle-fasse recevoir l'argent des assignations à ce porteur, le sieur Gilette, affin qu'il en secoure les nécessitez pressantes de laditte saincte mayson , et je me promets de vostre bonté, Monseigneur, que V. A. me pardonnera aysement l'importunité de ceste lettre, escritte de la main et du cœur, Monseigneur, de vostre tres-humble, tresobeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.