VII
I prie Nostre-Seigoeor qu*tl respaatle sur elle toute sorLe de saiocle ' prospérité, seloa la plenitade des désirs. Monseigneur Illnslnssime, de vostre tres-hambie, etc.
CCCLXf.
r lie Salf-x, au cardinal Scipioit B'rrgkese
La dispute sur l'antorité du Pape à l'égard des princes et des [ Conciles n'aura pour effet que de jeter dans les esprits ladé- 1 fiaace contre fe Saint-Siège : il faudrait sur ce point imposer silence aux deux partis , et en mènie temps insinuer doucement I les deux principes de l'anité de l'Eglise et de l'amour, de la dé- I Totion rnème à l'égard du Siège apost<^îque.
Parles avis particnliers reeu3 de Paris et de Dijon, et parles [ bnjchures imprimées en ces mêmes lieux, on voit clairement [ que la déplorable dispute touchant l'autorité de N. S. P. le Pape [ sur les rois se va développant sans cesse, comme aussi celle de I la comparaison des Conciles avec les Souverains Pontifes. 11 est I clair d'aotre pari, que le grand nombre des Parlements , que les 1 hommes d'Etat, que les catholiques mêmes (2) inclinent au parti I le moins favorable, disons mieux, le plus contraire à l'autorité du Pape, parce qu'ils le jugent plus favorable et plus utile à l'a ulori lé royale. Il est donc à craindre, si les discussions se poarsuivRnt, qu'il n'en résulte un notable dommage et une lamentable division dans le royaume, d'autant plus que. le Roi devant prendre sous trois ou quatre ans l'administration de son I Etat, ce sera chose facile, à la faction qui combat l'autorité du I Saiol-Siége, de le tourner du côté ou il verra quelque apparence I d'aggrandissement pour son pouvoir : tant les hommes ont de I penchant à nne supériorité indépendante, comme on le voit surtout en ces temps, et plus particulièrement encore dans l'âge fb* l'adolescence , si téméraire et si entreprenante de sa nature; quoiqu'il est à croire que les inclinations de ce priace sont trèshonnes et très-chrétiennes. Cette idée de secouer tout joug, qui e^t un mal tres-contagieux, passerait iuseasiblement de royaume 1 en royaume et d'une couronne à l'autre, comme nous avons vu
: I) Cetle Itjltre, par le sujet qu'elle traite, \ <X,{lt>ta'i VI, page» 5i4et 537); mais elle nou rDg à l'ubligeance d'une personne qnï 1' m. — (3) En France , cela s'entend.
3UI lellrei CXCIX et
x trop lard. — Nousla 10 Dr noQS sur le texte
LhVJiSQLE. 179
qu'il est arrivé pour d'autres maux semblables : il est donc indubitable que le danger est grand.
Je ne pense pas que ce soit y obvier que de vouloir faire discuter la question par d'habiles théologiens : plus la discussion s'animera, plus les esprits s'échaufferont, et la division ira croissant. Ajoutez que les raisons des adversaires sont agréables aux grands, non parce qu'elles sont bonnes, mais parce qu'elles favorisent leurs desseins ; et il ne manquera pas rie théologiens qui, pour des considérations diverses, embrasseront le parti de la division. Le remède le plus efQcace serait, maintenant que gouverne la Reine-mère et le Conseil, de traiter amiablement avec cette princesse de la part de S. S., en exprimant le regret de voir que, quand jamais aucun différend n'a existé entre Sa Béatitude et le Roi, et qu'au contraire, en toute occurrence, S. S. a montré, pour le bien et l'affermissement de la grandeur de cette couronne, les dispositions les plus paternelles et un zèle inspiré par la plus vive affection, des esprits pointilleux, inquiets et ennemis de la sainte union qui règne entre S. S et S. M. viennent imprudemment mettre en doute l'affection de S. S. pour cette couronne, en soulevant ces disputes inutiles et intempestives au milieu desquelles les esprits malades ou faibles conçoivent de malheureuses défiances touchant la sincère affection de Sa Béatitude pour le Roi et le royaume ; qu'en conséquence S. M. se borne à imposer silence à ces téméraires et séditieuses disputes, en même temps que, de son côté, S. S. fera taire, partout où besoin sera, de pareilles questions importunes et infructueuses, qui sont non-seulement inutiles parmi les catholiques, mais pernicieuses chez les hérétiques que ces divisions font triompher. En somme , il est urgent que ces disputes, de part et d'autre, soient comme noyées et étouffées dans le silence: et s'il est bon de louer le zèle des prédicateurs qui se sont opposés à l'insolence des adversaires, puisqu'il est néanmoins visible qu'en continuant à plaider, à batailler et à se disputer on allume le feu au heu de l'éteindre, il sera plus avantageux de se taire que de discuter, et au Heu d'en venir à V hypothèse, mieux vaudrait bien inculquer la thèse qui renferme impUcitement toutes les hypothèses : dans cette guerre, assurément, une pieuse adresse, la prudence, la douceur gagnent beaucoup plus qu'une science échauffée et l'exaltation de l'esprit : Ce que le mépris eût fait oublier, la colère le fait vivre ; et souventes fois , pourvu qu'on établisse bien la thèse, la meilleure réponse qui se puisse faire à l'importunité de ces esprits
feturhulents, c'esl de ne pas les juger dignes d'une réponse. C'esl Kpourquoi il Taudrait actuellement en France que tous les prédi-
■ cateurs, avec suavité et sans aucun emportement, inculquassent I l'aDité ecclésiastique et la dévotion des catholiques pour le sullprème Pasteur, évitant de rechercher en particulier quelle au- 1 torité il a sur les princes ; et à ceux qui parlent mal de l'Autorité P Pontificale, il n'est pas besoin de répondre directement, mats il 1- saffît qu'on se plaigne de ce qu'ils parlent sans nécessité et avec
■ la maligne intention de rendre odieuse la chaire apostolique, qui est la Mère toute très-douce et affectionnée du royaume, et au lieu de répoodreà leurs propositions, mieux vaudraits'en prendre à leurs intentions pour les faire abhorrer comme perturbateurs de la paix, insinuant doucement parmi de tels discours les deux chefs de l'unité ecclésiastique et chrétienne et de l'amour, de la
, dévotion envers le Saint-Siège, nœud de cette union ou commu- I nion ecclésiastique. Il serait bon aussi , par l'entremise de prélats i affectionnés et prudents, de ménager l'union et bonne intelli- I gence entre la Sorbonne et les Pères Jésuites, pour que ces deux I corps, attelés pour ainsi dire sous un même joug, travaillassent I dans le champ sacré avec plus d'efficacité. Ce serait aussi un L moyen pour amener cet accord , d'en traiter adroitement et dis- Icrètement avec la Reine-régente, lui montrant que par là l'hé- Irêsie perdrait beaucoup de sa force : ce qui est très-vrai; car si, "en France, les prélats, la Sorbonne et les religieux étaient bien unis , l'hérésie ne tiendrait pas dix ans. Or, on procurerait facilement cette union, si on en faisait bien comprendre â la Reine toute l'importance et qu'on eiit des hommes qui, se joignant [ adroitement à M*' le Nonce, l'aideraient à rapprocher tout le I monde. 11 serait en outre utile de reco mmander l'affaire aux pro- I vinciaux et aux généraux d'Ordre, d'envoyer des brefs flatteurs
■ à l'Université, particulièrement à la Sorbonne, et de même aux I prélats, et de montrer en tous la paternelle affection de N, S. P.
■ pour la conservation du royaume, et combien S. S. désire que lies peuples apprennent la vraie et sincère obéissance et soumis-
■ Bton des sujets à la couronne. Mais avant de s'engager dans cette ivoie, il faudrait en avoir traité avec la Reine-mère et son conseil, Rce à quoi servirait grandement que S. S. en entrettnt à Rome fcrambassadeur et les cardinaux français, montrant un grand
■ désir de voir mettre de côté toutes ces disputes scandaleuses ; U C'est trop lard préparer /e remède, lorsque la longueur du temps wa donné toute force au maU
l'evesque. 181
A Monsieur de Saunaz, prestre de V Oratoire de Lyon,
Sainct François luy annonce qu'il a retiré le brevet qui met la Congrégation de M. de Saunaz en possession de l'église de Rumilly, et qu'il appreuve son proJect de se rendre à Paris , puisque le R. P. le juge nécessaire.
Annessy, 16 septembre 1622.
Monsieur, j'ay retiré le brevet de nomination en faveur de vostre Congrégation pour reglise de Rumilly, des prieurez de Chindrieu, de Laumosne-de-Vaux et de Saincte-Agathe , qui est le prieuré de Rumilly, que S. A. a signé et fait expédier de trèsbon cœur. Il ne reste plus, sinon que le R. P. gênerai envoyé des Pères pour commencer le service, et dans peu de jours je recevray la lettre que S. A. luy fait à ces te intention. Cependant, puisque le R. P. gênerai désire que vous alliez avant toutes choses à Paris, je le trouve bon aussi, tandis que quelqu'un de vos Pères pourra venir pour ne point retarder l'efFect de Tesperance que nous avons de voir vostre Congrégation establie à Rumilly. Mais jem'addresserayauP. Tiersant; sans doubte que la lettre de S. A. au P. gênerai m'aura esté rendue, et, en attendant, je vous prie de luy donner ad vis , affîn que puissiez tout ainsi commencer à donner Tordre qu'il jugera convenable pour ceste affaire; et lorsque les Pères auront prins possession en vostre nom de l'office de l'église de Rumilly, il faudra moyenner à Rome Funyon des bénéfices desquels S. À. a nommé en faveur de vostre Congrégation. Je prie Dieu, mon R. P., qu'il vous fasse de plus en plus croistre en son sainct amour, qui suis , Vostre , etc.
P, S, Monsieur, on m'asseure que le R. P. gênerai a mis en lumière un livre excellent. S'il se trouve à Lyon, je voudrois bien, par vostre entremise, en pouvoir avoir une copie.
CCCLXIII.
A S, A. Charles-Emmanuel I^^ y duc de Savoye,
Sur les prébendes du prieuré de Contamine, qui dévoient rester vacantes et appliquées au collège des PP. Bamabites, et qui ont esté remplies par des Jeunes personnes.
Annessy, 2i septembre 1622.
Monseigneur, à mon arrivée en ce pays, j'ay trouvé les sieurs sous-prieur et sacristain de Contamine, prests à remplir les quatre prébendes que V. A. avoit ordonné devoir demeurer vacantes.
i82 LETTRES.
pour estre appliquées aux collèges des PP. Baraabites , et d'effect il les ont maintenant remplies de quatre jeunes parens , auxquels ils ont mis l'habit de leur religion , par Tauthorité de M. fabbé de Cluny qui en est le gênerai. V. A. avoit judicieusement estimé qu'il estoit expédient de transférer le revenu de ce moitastere-ià à l'entretenement des collèges et lecteurs Barnabites, attendu qu'il est un monastère tout à fait ruyné, et qui ne peut bonnement estre repsu^, et que la discipline monacale n'y est nullement observée, non plus qu'es autres lieux de cest ordre-là. Il reste que le juste dessein que V. A. en a si souvent fait soit exécuté, non-seulement empeschant que les prébendes soient remplies, mais impétrant de Sa Saincteté les provisions requises, pour la translation du revenu de l'Ordre de Cluny à celuy des PP. Barnabites , infiniment plus utile au service de Dieu et an bien public. V. A. demeura en ceste resolution quand je partis de Turin ; il ne reste donc plus sinon que la sollicitation s'en fasse, et c'est cela dont maintenant elle est tres-humblement supplyée. Je suis tousjours invariablement, Monseigneur, tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François , evesque de Geneve.
A 5- A. Charles-Emmanuel I^, duc de Savoy e.
Sainct François âapplie S. A. d'ordonner la sappreâBion du convent de CcHitamine, et d'escrtcv an prince Thomas de mettre orûre aox affaire:} de la saincte maison de Thonoo.
Annessy, 17 octobre 1692.
Monseigneur, tous les vieux religieux de Contamine taschent, par divers moyens, de continuer la possession de leur Ordre de Cluny es prébendes de ce monastère , quoyqu'ils sçachent bien que V. A. S. a résolu de les faire employer à l'entretenement des collèges et du noviciat qui sont establis en ce pays, pour les PP. Barnabites. Pour cela , Monseigneur, le P. Prevostdu collège de Thonon, qui y a le premier interest, recourt à V. A. afBn qu'elle donne ordre que son intention soit suivie en la suppression des moynes et prébendes de ce monastere-là. Et parce que V. A. m'a commandé que je l'advertisse des choses qui regardent l'advancement de la gloire de Dieu en ce diocèse, je joins cest advis à la supplication dudit Père Prévost des Barnabites. Et de plus, Monseigneur, je supplie tres-humblement V. A. d'escrire à.Monseigneur le Ser. Prince Thomas qu'il fasse convenir par de-
l'evesque. 183
vant luy tous les principaux conseillers de la saincte mayson de Thonon , affin que par son authorité il soit mis ordre aux affaires de ceste mayson-là, qui, sans cela, s'en vont tout à fait en ruyne, qui seroit un extrême dommaige , qu'une œuvre de si saincte et grande conséquence, fondée avec tant de pieté par S. A., perist faute de secours et d'ordre. Dieu par sa bonté conserve longuement V. A., Monseigneur, de laquelle je suis inviolablement tres-humble, tres-fîdelle et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
S. François de Sales, à M. Michel.
Instruction à M. Michel pour son voyage de Rome.
Monsieur Michel, mon cher amy, je vous prie de recommander mon ame à la miséricorde de N. S. en tous les saincts lieux que vous visiterez en ce voyage de Rome. Je prie le P. Monod, afRn qu'il vous fasse recommander au Père recteur et au Père pénitencier de Lorette et que vous puissiez retirer d'eux un certificat de vostre seing et diligence à rendre le vœu que vous allez faire à Rome. Vous parlerez avant toutes choses à M. Beybin et luy communiquerez tous vos mémoires, tant pour les Sœurs de la Visitation de Saincte-Marie , que pour la Visitation des sueils des Apostres et l'acceptation de l'alternative ; et suivrez en tout son conseil.
Vous ne laisserez pas pourtant de voir auplustostle P. Diegue et le P. D. Sens de Saincte-Catherine, jadis gênerai des Feuillans, auquel vous remettrez la lettre qui est pour Monseigneur le Cardinal de Saincte-Suzanne ; car je m'asseure que tant le dit P. D. Sens que le P. Diegue s'employèrent volontiers pour l'affaire des Sœurs de la Visitation, selon que je les en supplie, mais il ne faut pas les employer qu'avec discrétion et reserve , comme encore M. le chevalier de Lescheraine, qui, en cas de besoin, suppliera M*' le Prince-Cardinal de favoriser ceste affaire.
J'avois prié le P. Diegue de s'employer pour faire avoir permission à Madame de La Flechere d'entrer a la Visitation de ceste ville, à Madame de Grànieu en celle de Grenoble, à Mademoiselle de Villeneuve, Marie Lhuillier, sœur de Mademoiselle de Fronville, et à Mademoiselle de Montigny, Louise Pithon, en celle de Paris. Je le supplie de faire en cela ce qui se pourra bonnement faire, et vous aussi particulièrement allez en paix.
i84 LETTRES.
II faut prendre Testât de ce diocèse entre les mains du P. D. Juste et changer le mieux qu'il se pourra la date.
• S. François de Sales, à un Evesque,
n faut de la patience à celaj qm enseigne la doctrine (1)-
MoNSEiGNEUR, je me reiiny avec vostre peuple qui a le bien de recevoir de vostre bouche les eaux salutaires de TEvangile, et m'en resjouyrois bien davantage s'il les recevoit avec Taffection et recognoissance qui est deuë à la peine que vous prenez de les respandre si abondamment; mais, Monseigneur, il faut beaucoup soufTrirdes enfans tandis qu'ils sont en bas aage, et si bien que queiquesfois ils mordent le tettin qui les nourrit, il ne faut pas pourtant le leur oster. Les quatre mots du grand Apostre nous doivent servir d'epitheme : Opportune, importune, in omni patientia et doctrina : il met la patience la première, comme plus nécessaire, et sans laquelle la doctrine ne sert pas de rien. Il veut bien que nous souffrions qu'on nous treuve importuns, puisqu'il nous enseigne d'importuner par son importuné; continuons seulement à bien cultiver, car il n'est point de terre si ingrate que l'amour du laboureur ne féconde. J'attendray cependant les livres qu'il vous playt me promettre , qui tiendront en mon estude le rang convenable à l'estime que je fay de leur autheur, et à l'amour parfaict avec lequel je luy porte et porteray toute ma vie honneur, respect et révérence.
Je suis, Monseigneur, vostre tres-humble et tres-obeyssant serviteur.
Le bon Père Poissard est venu de par de là le diocèse, il aveu le Père Desgranges, à qui il a fait cognoistre le plan du pont de Secelles (2) que Monseigneur a le project de faire eslever en bas du couvent des Carmélites. Le pauvre peuple louera Dieu ; car le service luy sera très-utile. — François , evesque de Genève.
(1) A cause da sujet priacipal, nous rapprochons cette lettre des précédentes.
(2) Petit pont qui sépare la France de la Savoie.
l'kvesque. 185
CCCLXVIT.
S. François de Sales, à un Evesque.
Le Sainct , après avoir presché dans une ville episcopale, prend congé par ceste lettre
pour s'en retourner à son diocèse.
Monsieur, je vous demanday congé, pour venir faire l'office que je fay en ceste ville; je vous le demande niaintenant pour mon retour, duquel je vois bientost arriver la journée, avant laquelle je ne sçay si j'auray une si bonne commodité de vous bayserles mains, comme est celle que me donne le voyage de monsieur vostre officiai pour aller près de vous, qui m'a donné le subjet de vous supplyer dés maintenant d'avoir pour aggreable l'affection que j'ay eue au service de vostre peuple , et de croire que je suis. Monsieur, etc.
CCCLXVIII.
S. François de Sales , à un Evesque,
Le Sainct le remercie d'un présent qu'il luy avoit fait.
Monseigneur, je ne puis dignement vous remercier des beaux presens qu'il vous a pieu m'addresser, que j'ay receus avec une extrême joye, non certes pour leur valeur, qui est grande, mais parce que ce sont de grands tesmoignages du cœur que vous avez envers moy, m'estant envoyez avec bien du soing et incommodité; et pour en retirer plus de gloire, je n'aypas oublié d'en faire part à tous ceux de ceste ville que j'estime capables de peser le bon-heur que ce m'est d'estre aymé de vous, auquel ne pouvant donner avec contre-eschange , je fay pour le moins humble recognoissance que mon devoir surpasse mes forces , lesquelles neantmoins vous les dédie toutes à l'honneur de vostre service.
Mais quel contre-tems! si j'eusse esté si heureux d'aller à Paris ceste année, selon le désir de Monsieur nostre Grand, pour recueillir autour de vous et de luy les fruicts de la plus excellente consolation que je pouvois avoir! J'acquiesce neantmoins àTordonnance de la Providence céleste, laquelle, au moins , a permis que, pour mes péchez, ce playsir me soit interdit. J'espère que le voyage de Piedmont, dont j'ay dessein pour ce printems, impetrera de Nostre Altesse une si forte confiance en ma
1 sa LETTRES.
simplicité, que je pourray l'année suivante avoir ma juste liberté , Cependant allez, Monseigneur, dessus ce grand théâtre; et suivant Dieu, comme vous faites, espérez toutes sortes de bons effects, et vous employez pour lebîen de l'Eglise et de la providence pour laquelle vous vous acheminez ; mais disons doucement et toutesfois, si vous me croyez, un peu avidement, de la présence du grand amy, que j'estime si grand pour moy que je ne vois rien de si grand parmy toutes les grandeurs de Paris, qu'il ne semble petit en coraparayson do sa bien-vueillance. Que si quelquesfois , comme je n'en doubte pas, vous me favorisez de quelque mention de nous enserableraent, je vous conjure, Monseigneur, que ce soit comme de vostre tres-hiimble, etc.
CCCLXrX.
.'^. François deSalen, à un Evesque.
n liiy recnainianile ud âùmsndgue qui i]eslrolt SDtter ïu service . et en rend UD teanio[gnBH° àdrBDtB«eQx.
Monseigneur, cest honneste homme, parisien, a servi longuement, fldeilement et aggreablement M. le premier président de Savoye, et, pour quelque subjet hors de luy, il quitte maintenant ce service, et a désiré de moy ceste lettre pour faire lu révérence en vous la présentant, estimant que si d'adventure vous aviez besoin de quelque serviteur de sa sorte, par ceste occasion il pourroit entreraubiendel'estre. Or, Monseigneur, c'est ainsi sans artifice que je vous dy l'artiDce loiiabie de ce bon personnage, auquel je sçay bon gré de quoy par ce moyen je puis me ramentevoir en vostre saincte, sacrée et inviolable bienvueillance, à laquelle je me recommande Ires-humblement, luy dédiant mon obeyssance et service perpétuel. Dieu vous conserve et vous comble de ses grâces, Monseigneur; et je suis vostre, etc.
S. François de. Sales, à tm Ecclésiastique nommé à un evesché.
Monseigneur, je prens avidement ceste commodité de voua escrire, quoyqu' elle soit un peu pressante, pour respondre à
l'evesque. 187
vostre dernière lettre toute marquée de suavilé, du jour du grand père S. Joseph, grand amy du bien aymé, grand espoux de la bien-aymée du Père céleste , qui a voulu que son Fils celeste fust repeu entre les lys de ceste espouse et de cest espoux. Je ne treuve rien de plus doux à mon imagination que de voir ce céleste petit Jésus entre les bras de ce grand sainct, l'appelant mille et mille fois papa en son langage enfantin, et d'un cœur fîlialementtout amoureux.
Or sus, venez donc, mon très-cher frère , et que ce soit par mon ministère que vous soyez orné de ce grand caractère du sacerdoce evangelique, affîn qu'en certaine façon tres-veritable, mais que le sang et la chair n'entendent pas, nous contractions par ce moyen un partage spirituel , que la mort mesme ny les cendres de nos corps ne pourront deffaire, qui durera éternellement, et pour lequel mon esprit aura une réelle relation de paternité, filiation et fraternité avec le vostre. Dieu sçaytquej'irois au bout du monde pour vous mettre la mistre en teste , et serois jaloux si un autre me ravissoit cest honneur.
S, François de Sales, à M. Lauray (1), nommé à V Abbaye
d'Hœle.
Eslolgnement qu^un evesque doit avoir pour la Cour.
Enfin , Monsieur mon très-cher frère, voilà, comme je pense, l'espérance de nostre voyage, ou ptutost de nostre conversation au voyage, tout à fait dissipée : mais quel remède? Demeurez en paix^ Mon très-cher frère; et demeurons, malgré la distance des lieux, tousjours tres-unanimement serrez ensemble par ce lyen indissoluble de nostre saincte amitié, que Dieu a faite et rendue exempte de tout le déchet que la distance et absence a accoustumé de faire sur les amitiez humaines et transitoires : n'est-ce pas, Mon très-cher frère?
Mais me voicy encore en une autre peine; c'est que je ne sçay si Son Altesse ne voudra point que j'aille faire une résidence de quelques mois auprès de Madame, tandis que mon frère viendra aussi commencer la sienne.
En somme. Monsieur mon frère, si Dieu n'y met sa bonne main, voilà la moitié de ma liberté engagée dans cette Cour,
(1) Marc-Fraaçois Marlarmay de Lauray.
OÙ de ma vie je n'eus un seul brin de dessein de vivre, ny en aucune autre, mon ame estant tout à fait antipathique à ceste sorte de train.
J'espère pourtant que je pourray un jour en ceste vie mortelle chanter : Dirupisti vincula mea; tibi sacrificabo hostiam taudis (Ps. 115). Et si ce bien-là m'arrive. Mon très-cher frère, vous m'ayderez à la suitte de pouvoir adjouster plus hardyment qu'à ceste heure, et nomen Domini invocabo {Ibid.), Vivez tout à fait à jamais, comme vous faites, en cest amour céleste, Monsieur mon très-cher frère, et aymez celuy qui est de tout son cœur inviolablement vostre, etc.
CCCLXXII.
S. François de Sales , aux curez, vicaires et autres ecclésiastiques du diocèse de Genève.
Le Sainct ordonne la publication d'an Jubilé.
François de Sales, par la grâce de Dieu, evesque et prince de Genève, aux révérends curez, vicaires, et autres ecclésiastiques ayant charge des âmes en son diocèse : Ayant receu la bulle du Jubilé, de laquelle le présent sommaire est extrait, nous vous recommandons et ordonnons de le publier en toutes vos églises aux peuples qui vous sont commis, vous resjouyssant mesme, de nostre part, avec eux, de ceste grande commodité qu'ils auront de profitter spirituellement, recueillant avec dévotion et charité les grâces qui si libéralement leur sont départies en leur propre diocèse ; à quoy vous les convierez et exhorterez le plus qu'il vous sera possible, au nom de Nostre Seigneur, duquel je vous souhaitte la saincte bénédiction.
CCCLXXIII.
S, François de Sales, aux curez et confesseurs
du diocèse de Genève.
Voyez V Advertissement aux confesseurs, etc. (Tome VI, p. 162),
i/evesque. i89