CCXXVIII
A S, A, Charles-Emmanuel P^ y duc de Savoy e.
Sainct François recommande à S. A. M. de Coursier, ecclésiastique qui a renoncé à Theresie.
Thonon, 14 septembre 1615.
Monseigneur, il y a six ou sept ans que je receus au giron de la saincte Eglise le sieur de Coursier, lequel depuis a tant rendu de tesmoignages de vraye pieté, que tous ceux parmy lesquels il a conversé en ont esté grandement édifiez. D'autant plus, qu'en gaignant l'honnorable tiltre d'enfant de l'Eglise, il a perdu tout le secours qu'il pouvoit prétendre en son pays, et estant demeuré entièrement pauvre, il a vescu riche de vertus. Or, Monseigneur, tous ses devanciers et confrères ayant tousjours esté tres-affectionnez à l'obeyssance de V. A., j'espère d'elle tout le soulagement qui luy est requis pour estre relevé non d'indigence, car ayant choisy la profession ecclésiastique, il ne prétend pas à cela, mais de la misère seulement. Et moy, Monseigneur, j'in-
tercede de tout mon cœur pour luy, marry de ne pouvoir rien pour le présent en sa faveur que cela. Je supplie doncque treshumblement V. A. de luy estre propice et de me conserver la grâce de sa bien-vueillance, comme à l'homme de monde qui avec plus defidellité et sincérité vivra tousjours, Monseigneur, son tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genev^e.
A S. A, Charles-Emmanuel J^^ , duc de Savoye.
Sainct François recommande à S. A. de favoriser l'introduction de l'art de faire de la soj'e,
dans le pa^'s du Chablais.
Annessy, 2 octobre 1615.
Monseigneur, il y a quelque tems qu'on a commencé d'introduire en ce pays de deçà l'art de la soye, et ne se peut dire combien le progrez seroit utile au service de Dieu pour retirer plusieurs âmes d'entre les hérétiques, pour affaibhr Genève, qui se soustient en bonne partie de ce traffique, et pour soulager les subjets de V. A. qui gaigneroient en ce commerce ce que nos ennemys gaignent.
Pour ces raysons. Monseigneur, je conjure et supplie treshumblement vostre bonté et pieté, de favoriser puissamment ceste bonne œuvre, si heureusement acheminée pour la gloire de ce Sauveur qui vous est si propice, et qui maintient en tant d'honneur vostre couronne, vous en préparant une éternelle en la vie future. Monseigneur, je suis, de V. A. S., tres-humble, tres-fidelle et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
A s. A, Charles-Emmanuel I^^ y duc de Savoy e,
Sainct François s'excuse auprès de Son Altesse de n'avoir pas pourveu M. de Chatelard du bénéfice que le prince desiroit qu'on luy conferast.
Anoessy, 4 novembre 1615.
Monseigneur, sur la recommandation qu il a pieu à V. A. de me faire en faveur du sieur de Chatelard, qui me tient heu de commandement, j'eusse grandement désiré de le pouvoir pourvoir du bénéfice qu'il pretendoit ; mais d'un costé il n'estoit pas
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en moy d'en disposer, puisque le Chapitre de mon église en avoit la nomination, et d'autre part, tant ledit Chapitre que moy, ne pouvons en quelque sorte nous despartir des ordonnances du Concile de Trente que nous avons juré d'observer, et elles ne nous permettent pas de distribuer les bénéfices cures que par le concours au plus capable, et faysantle contraire nous nous exposerions à la disgrâce de Nostre-Seigneur, et à la damnation. Ce bénéfice là, Monseigneur, ne peut rendre au curé que cinquante ducatons , et la charge des âmes y est fort grande pour la multitude du peuple qui en despend , lequel hante fort l'Allemaigne et a besoin d'un pasteur qui ayt grand seing de l'édifier et conserver en la foy. Certes, je souhaitte tout bonheur audit sieur de Chatelard, qui tait profession d'aymer le service de l'Eglise; mais pour des bénéfices, je luy en desirerois d'autre nature que de ceux qui portent charge d'ames, et ils ne luy manqueront pas, s'il plaist à V. A. le favoriser en occurrence. Cependant, supplyant à jamais Dieu qu'il bénisse de ses plus grandes bénédictions vostre personne et vostre couronne. Monseigneur, je suis de V. A. tres-humble et tres-fidelle serviteur et orateur. — François, evesque de Genève.
A un gentil'homme de la Cour du duc de Savoye.
Sainct François luy envoyé une lettre pour Son Altesse.
Annessy, 15 décembre 1615.
Monsieur, j'escris à S. A. la lettre cy-joincte, et pour luy donner une plus seure addresse, je vous supplie tres-humblement de la luy remettre; bien que je n'aye pas l'honneur d'estre cogneu de vous, à qui neantmoins je suis, de tout mon cœur, Monsieur, tres-humble, tres-affectionné serviteur. — François, evesque de Genève.
A s. A. Charles-Emmanuel I^^, duc de Savoy e.
Sur les entretiens que Salnct François a eus avec l'archevesquc de L3-on , arrivé h Annessy.
Annessy, 15 décembre 1615.
Monseigneur, il y a un mois que M. le marquis de Lans m'escrivit de la part de V. A. que je luy fisse sçavoir les subjets pour lesquels M. Tarchevesque de Lyon estoit venu en ceste ville, etlesparticularilez de ce que nous avons traitté ensemble. A quoy je respondis que le subjet de ceste venue n'estoit qu'une simple visite, laquelle ce prélat avoit projettée dés son advene- , ment en la charge qu'il tient, comme il m'escrivit dés lors, et que nous n'avions traitté de chose quelconque sinon de ce qui appartient à la dévotion et conduitte spirituelle des âmes; or, Monseigneur, c'est la pure et vraye vérité, ainsi j'en proteste devant Dieu et ses anges, et neantmoins, M. le marquis de Lans m'a escrit pour la seconde fois, quej'aye à luy descouvrir de quoy nous avons traitté, ce prélat et moy; et parce que c'est de la part de V. A. que cela m'est enjoinct, c'est à elle aussi à laquelle maintenant je m'addresse , conjurant en toute humilité sa douceur et bonté, de croire que j'ay respondu en ceste occasion avec toute franchise et simplicité, que si, ou ce seigneur, ou autre quelconque , m'eust parlé de choses qui eust tant soit peu regardé le service ou les affaires de V. A. ou mesme de chose d'estat, je n'eusse point attendu de semonce, pour la faire sçavoir, car de moy-mesme , par le mouvement de mon inviolable fidellité envers la couronne de V. A., de laquelle je suis subjet, j'eusse promptement rendu le devoir auquel la nature et le serment que j'ay preste m'obligent. Mais Monseigneur, Dieu m'a fait ceste grâce, que jamais personne ne m'a estimé homme d'aflTaires, ou du moins ne m'a accosté pour cela. Et ce bon arche vesque est tellement occupé en la pieté, que quiconque le cognoistra bien, jugera facilement que ses pensées ne sont nullement tournées du costé du monde.
Pleust à Dieu , Monseigneur, que l'Eglise eust plusieurs de tels pasteurs ! car le nom de Nostre-Seigneur en seroit bien mieux loué et sanctifié. J'ay si souvent expérimenté de la debonnaireté et équité de V. A., en toutes les occurrences esquelles la calomnie a osé entreprendre sur mon innocence et candeur, que je demeure fort paysible en celle-cy, puisque mesme le tems, ga-
rant et protecteur de la vérité, a desjà fait voir par longues années que je suis inviolable et immobile en la resolution que Dieu a establie en moy de ne vivre qu'à ma profession, et en icelle avoir tousjours le cœur dédié à Tobeyssance de V. A., à laquelle souhaittant sans fin mille et mille bénédictions, je demeure, Monseigneur, vostre tres-humble et tres-obeyssant serviteur et orateur.— François, evesque de Genève.