CCXXXIII
S. François de Sales à M. Sigismond d'Est, marquis de Lans,
gouverneur de Savoye.
Le Salnct luy rend compte de tout ce qui s'estoit passé entre M. l'archevesque de Lyon et luy, et de ce qui avoit esté l'occasion du voyage que ce prélat avolt fait à Annecy pour y voir nostre Sainct.
45 noyembre i615.
Monsieur, je respons à la lettre qu'il vous pleut de m'escrire hyer, quatorziesme de ce mois , que je reçois tout présentement, et supplie Vostre Excellence de croire qu'en ceste occurrence je regarde Dieu et ses anges pour ne rien dire qu'avec l'honneur que je dois à la vérité.
Dés Tadvenement de Monseigneur l'archevesque de Lyon en sa charge, il m'escrivit une lettre de faveur, par laquelle il me conjuroit d'entrer en une saincte amitié avec luy, à la façon des anciens evesques de l'Eglise, qui n'avoient qu'un cœur et qu'une ame, et qui, par la réciproque communication des inspirations qu'ils rece voient du ciel, s'entr'aydoient à supporter leurs charges, mais principalement quand ils estoient voysins les uns des autres. Et parce que je suis plus ancien en ordre que luy, il m'escrivit dés-lors qu'il me viendroit voir pour se prévaloir de ce que l'expérience m'auroit peu acquérir en nostre profession, avec plusieurs telles parolles excessives en humilité et modestie.
Depuis, il a tousjours continué à vouloir me faire cest honneur auquel n'estimant pas que je me deusse laisser prévenir, puisqu'il est le premier des evesques de France, et moy le dernier de Savoye, je l'allay voir à Lyon, comme Vostre Excellence sçayt; et luy, par sa courtoisie, a voulu contre-eschanger ma visite , sur l'occasion de celle qu'il faysoit de son diocèse à Langnieu, Sainct- André, Grolée, et autres lieux qui en despendent ésquels il avoit desjà gaigné une journée des trois qu'il y a d'icy à Lyon.
Et je ne sçeus nullement d'asseiirance sa venue que le soir avant qu'il arrîvast; car, eti:;oreque six jours auparavant le sieur de Medio, originaire de ce pays, mais chanoine de l'église de Sainct-Nizier de Lyon, m'eust escrit qu'il avoit quelque opinion que Monseigneur l'archevesque estendroit sa visite jusqu'icy, si est-ce que, n'y faysant pas fondement, j'envoyay un laquais pour le sçavoir, qui ne revint que le jeudy au soir avant le vendredy auque! Monseigneur l'archevesque arriva.
Or, il ne vint point à cachetle, comme ont coitstume de faire ceux qui traittent des affaires odieuses, mais au veu et au sçeu de tout le monde, et amena avec soy huict hommes à cheval, entre lesquels il n'y en avoit point de marque, sinon !e sieur Deville, docteur en théologie et grand prédicateur, originaire de Roasillon , près de Sainct-Rambert , et son aumosnier, nommé M. Remond.
Estant icy, je vous asseure que nous n'avons ny fait ny dit, non pas mesme pensé, aucun traitté, ny pour les choses du monde, qui (si je ne me trompe) nous sont à tout deux fort à deagoust, ny pour les choses ecclésiastiques, n'ayant rien euny à demesler ny à mesler; mais seulement purement et simplement nous avons parlé des devoirs que nous avons au service de nos charges, de la façon des offices ecclésiastiques, et do telles choses entièrement spirituelles.
Il Gt deux excellentes prédications, l'une en l'église cathédrale, l'autre au collège le jour de S, Charles, pleine de pieté et de zèle, 11 célébra tous les jours la messe en divers lieux ; et ne fut jamais parlé de chose quelconque, sinon conformément à nos vocations. Vostre Excellence ne m'obligera pas peu, si elle en asseure Son Altesse; etje luy engage pour cela mon honneur et maresputation, et à Dieu,quile3çayt, ma conscience et mon salut.
Que si Vostre Excellence me le permet, je luy diray, avec esprit de liberté, que je suis nay, nourri et inslruict, et tantost envieilli en une solide fidellité envers nostre prince souverain, à laquelle ma profession, oui tre cela, et toutes les considérations humaines qui se peuvent faire, me tiennent estroittement lyé. Je sui.'î essentiellement Savoysien, et moy et tous les miens; et je ne sçaurois jamais estre autre chose. Je ne sçay pas donc comme je puis jamais donner' aucun ombrage, principalement ayant vescu comme j'ay fait.
Je me promets de la faveur de Vostre Excellence que Son Altesse demeurera parfaictement satisfaicto, et que rien ne se
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sçaura de cest ombrage, qui affligeroit le bon Monseigneur de Lyon beaucoup plus qu'il ne m'afflige pas moy, qui par la suitte dutems, des evenemens, seray tousjours recogneu tres-asseuré et tres-Bdelle serviteur de Son Altesse, à laquelle je souhaitte toute saincte prospérité.
A S, A. Charles-Emmanuel I^^, duc de Savoy e.
Sur le frulct spirituel qne les Pères Barnabites ont recueilli à Annessy, et sur l'unyon à leur couvent des prienrez de Silingre et de Sainct-Clair.
ADne8sy, 29 febvrier 1616.
Monseigneur, il y a deux ans que, par commandement de V. A., les Pères Barnabites ont esté receus en ceste ville pour la direction du collège, et ne se peut dire combien de fruict spirituel ils y ont fait, et en toute ceste province, qui a donné un grand subjet à tous les gens de bien de souhaitter plus ardemment toute sorte de prospérité à V. A., de laquelle Tauthorité nous a prouvons de ce bonheur : mais, Monseigneur, puisque la providence de V. A. a planté ce bon arbre fruictier en ceste province, c'est à elle-mesme de Tarrouser, affin que, par la grâce de Dieu, il puisse croistre. Le collège est extrêmement pauvre, pour la grandeur des charges qui y sont, et si on ne le secourt par addition de quelques revenus, ces bons Pères y vivront avec tant d'incommoditez, que non-seulement ils n'y pourront pas faire le progrez que leur pieté et les nécessitez de ce pays requièrent... Or les moyens de leur accommodement seront fort aysez, pour peu qu'il playse à V. A. d'affectionner ceste saincte œuvre : car nous avons icy deux prieurez ruraux, dont le plus grand n'excède pas la valeur de cent ducats annuels, par l'unyon desquels ce collège seroit fort soulagé , et ce qui est plus considérable, comme ces prieurez seroient utiles à Tentretenement de ces Pères, ces Pères seroient réciproquement extrêmement utiles à l'entretenement des prieurez, qui, comme la plupart des bénéfices réguliers de ce pays, s'en vont en ruyne. quant aux choses temporelles devant les hommes , et quant aux services spirituels devant Dieu, qui sans doubte en est grandement offensé. Etuon est qui recogite t corde. L'un de ces prieurez s'appelle Silingre, et l'autre Sainct-Ciair, tous deux à une
lieue d'icy, fort propres à l'intention que je représente à V. A., laquelle je supplie tres-humblement et, sous l'adveu de sa bonté, je la conjure par l'amour qu'elle porte au service de Dieu et de l'Eglise, et par la paternelle affection qu'elle a envers ce pays, de vouloir estroictement erabrasser et presser le bien de ce pauvre collège, qui est au cœur de la Savoy e et vis-à-vis comme antagoniste de celuy de Genève, et qui est la première retraitte que ceste vénérable congrégation des Pères Barnabites a en deçà les monts sous les favorables auspices de V. A., laquelle en aura beaucoup de gloire en ce monde, entre les serviteurs de Dieu-, et en l'autre encore davantage, entre les anges et les saincts de paradis. Cependant, sur cest heureux présage, je fay tres-humblement la révérence à V. A. comme estant. Monseigneur, son tres-humble et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
s. François de Sales, à un Evesque.
Le Sainct luy apprend qu'il s'est employé à la reconciliation de deux personnes auxquelles ce prélat s'interessoit ; il attribue le succez au respect qu'elles avoient pour ce mesme prélat.
Anoessy, !•' febvrier 1616.
Monseigneur, je ne puis m'empescher de vous resaluer tousjours quand les com méditez s'en présentent, désireux de vivre continuellement en vos souvenirs et en la sainctebien-vueillance dont vous m'honnorez : c'est le seul subjet de ces quatre hgnes; car, quant au reste, ce porteur fîdelle vous dira toutes nos nouvelles, qui sont petites, comme en tems de paix.
J'ay bien voulu essayer d'accommoder sa volonté avec celle du sieur de Barraux; mais ils ont réciproquement refusé les ordonnances du médecin , disant qu'ils n'estoient pas malades : c'est-à-dire , ils ont bien advoué qu'ils avoient subjet de s'en vouloir l'un Tautre, mais qu'ils n'avoient nulle intention de se rechercher pour en tirer satisfaction, pour le respect qu'ils dévoient à la vostre, laquelle je les exhorteray tousjours de révérer comme le sanctuaire de leur bonheur; et moy je le feray à jamais de tout mon cœur, comme estant sans fin, Monseigneur, vostre, etc.
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