VII. V
Je vous prie de bénir Dieu avec moy des efiects du voyage de Saiact-Claude : je ne vous les puis dire, mais ils sont grands; et à vostre premier loysir escrivez-moy Thistoire (1 ) de vostre porte de Sainct-Claude, et croyez que ce n'est point par curiosité que je voiis la demande.
Ma mère vous est tellement acquise, que rien plus. J'ay esté consolé de voir que vous appeliez de si bon cœur madame du f^uysdorbe sœur : c est une grande amye, si elle est bien assistée, et Dieu se servira d'elle à la gloire de son nom. Aydez-la et la visitez par lettres ; Dieu vous en sçaura gré.
Si je me veux croire, je ne fioiray point ceste lettre, escrite sans autre soing que de vous respondre. Je la veux pourtant finir, vous demandant une grande assistance de vos prières; et que j'en suis nécessiteux! Je ne prie jamais sans vous avoir pour une partie du subjet de mes supplications; je ne salue jamais les anges que je ne salue le vostre : rendez-moy la pareille, et Celse-Benigne aussi, pour lequel je prie tousjours, et pour toute vostre compaignie. Croyez bien que je ne les oublie point, ny feu M. leur père vostre mary, en la saincte Messe. Keu soit en vostre cœur, vostre esprit et vostre ame, ma tres-chere sœur; et je suis en ses entrailles vostre serviteur tres-dedié, avec liberté parce que c'est par homnle.
Priez quelques fois pour la réduction de ma misérable Genève. — François, evesque de Genève.
(1) Cette histoire est aiasi rapportée dans la Vie de Madame de Chantai, par M. Maupas du Tour, I»® part., chap. X, page 35 :
« Le matin, notre pieuse veuve étant au lit un peu assoupie, elle se vit dans m un chariot avec une troupe de gens qui allaient en voyage; et lui semblait » que le chariot passait devant une église, où elle voyait quantité de personnes » qui louaient Dieu avec joie et grande modestie. Je voulus , dit-elle , m'élancer » pour m'aller joindre à cette bénite troupe, et entrer par la grande porte de *ïégVise; mais je fus repoussée, et entendis distinctement une voix qui me ** dit : « Il faut passer outre et aller plus loin ; tu n'entreras jamais an sacré » repos des enfants de Dieu que par la porte de Saint-Claude. »