François de Sales , à Madame de Chantai
Sainct François luy donne des conseils sur une affaire légale : advls sur les tentations;
moyen de les repousser et de nous en garantir.
21 novembre 1604.
Madame ma tres-cheré sœur, nostre glorieuse et tres-sainctè maistresse etreyne la Vierge Marie, de laquelle nous célébrons aujourd'huy la Présentation, vueille présenter nos cœurs à son Fils, et nous donner le sien. Vostre messager m'est arrivé au plus fort et malaysé endroictque je puisse presque rencontrer en la navigation que je fay sur la mer tempestueuse de ce diocèse, et n'est pas croyable combien vos lettres m'ont apporté de consolation. Je suis seulement en peine si je pourray tirer de la presse de mes affaires le loysir qu'il faut pour vous respondre si tost comme je désire et si bien comme vous attendez. Je diray ce que je pourray tumultuayrement, et s'il me reste quelque chose après cela, je vous l'escriray dans bien peu de tems par homme de cognoissance qui va à Dijon et revient.
Je vous remercie de la peine que yous avez prinse à me desduire rhistoire de vostre porte de Sainct-Claude et prie ce beny sainct, tesmoin de la sincérité et intégrité de cœur avec laquelle je vous chéris en Nostre Seigneur et commun mai stre, qu'il impetre de sa saincte bonté l'assistance du Sainct-Esprit qui nous est nécessaire pour bien entrer au repos du tabernacle de l'Eglise. C'est assez dit une fois pour toutes , ouy, Dieu m'a donné à vous, je dy uniquement, entièrement, irrévocablement.
Pour vostre procez, je vous diray, qu'en ayant conféré avec un des excellons hommes qui vivent, affin qu'il m'aydast à m'en bien esclaircir, j'ay rencontré ce me semble le nœud de l'affaire, pour vous bien et solidement conseiller pour nostre ame, qui est à Dieu et de laquelle pour l'amour d'iceluy il nous faut estre fort jaloux* C'est que j'ay veu que le contract des moulins et la transaction de la succession ont esté faits à mesme jour, mesme heure, en la mesme mayson, parle mesme notaire, devant les mesmes tesmoins. Cela les rend correspectifs Tun à l'autre. Et de là s'ensuit que voulant faire casser et rompre celuy des moulins à cause de l'énorme lésion , il faut aussi rompre et casser celuy de la transaction qui luy est correspectif, et laisser les affaires au mesme estât auquel elles estoient avant la tr.ansaclion et l'achapt des moulins. Car, puisque vous voulez oster les
quatorze mille francs à celuy à qui ils avoient esté doDoez pour le faire transiger, il est bien raysonnable que la transaction qu'il a faite pour les avoir soit aussi gastêe. Vous voulez reprendre ce que vous luy avez donné, qui est la somme de quatorze raille francs, rendez-luy aussi ce que vous avez de luy à ceste considération, qui est la cession de cesle succession ; que si il n'y avoit nul droict en ce tems-là, il n'en aura non plus maintenant. Et en ceste façon je ne vois pas qu'il y ayt rien à craindre pour noslre chère ame; car vous ne luy faites nul tort de reprendre ce que vous luy avez donné, luy rendant ce qn'il vous a iJonné.
Je ne suis pas bien asseuré si je dy bien en cecy, parce qu'à l'adventiire n'ay-je pas bien conceu le fait avec toutes ses circonstances, car je suis extrêmement dur à l'intelligence de ces choses-là. C'est pourquoy, en ayant conféré avec des personnes entendantes au mestier et consciencieuses, desquelles vous ne manquez pas à Dijon, si mon opinion n'est pas jugée bonne, ne la suivez pas, mais la leur : car je le désire ainsi, bien que j'espère que j'auray bien deviné selon la proposition que vous m'en avez faite.
E'rcnez garde, en la poursuitte du procez, de ne point relascher de la pure et entière chanté du prochain, et faites les sollicitations religieusement; et moyennant cela, ne vous laissez nullement inquietter d'aucun scrupule, car il n'y a nul danger.
Je ne vous iliray plus rien du double que vous aviez si Dieu vouloit ou ne vouloit pas ce qui se passa à Sainct-Claiide, car, puisque sa bonté s'est inclinée jusqu'aux aureilles de vostre cceur pour s'en desclarer à vous , il n'est plus question que vous en doubtiez. Pour moy, il ne me seroit pas possible , quand je le voudrois, d'en entrer en aucune difficulté.
je viens à vostre croix, et ne sçay si Dieu m'aura bien ouvert les yeux pour la voir en ses quatre bouts ; je le souhaitte inflniment et l'en supplie, afGn que je vous puisse dire quelque chose bien à propos. C'est une certaine impuissance, ce me dites-vous, des facullez ou parties de vostre entendement, qui l'empesche de prendre le contentement de la considération du bien ; et ce qui vous fasche le plus, c'est que voulant l'hors prendre resolution, vous ne sentez point la solidité accoustumée , ains vous rencontrez une certaine barrière qui vous arrcste tout court, et de là vient le tourment des tentations de la foy. C'est bien dit , ma chère fille, vous vous exprimez bien, je ne sçay si je vous entons bien. Vous adjouslez que neanlmoins la volonté, par la
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grâce de Dieu, ne veut que la simplicilé et fermeté en l'Eglise, et que vous mourriez volontiers pour la foy d'icelle. 0! Dieu soit béni ! ma chère fille.
VinfirmiU n'est pas à la mort, mais affin que Dieu soit glorifié en icelle. Vous avez deux peuples au ventre de vostre esprit, comme il fut dit à Rebecca : Tun combat contre Tautre, mais enfin le plus jeune surmontera Taisné. L*amour-propre ne meurt jamais que quand nous mourons : il y a mille moyens de se retrancher dans nostre ame, on ne l'en sçauroit desloger ; c'est Taisné de nostre ame, car il est naturel ou au moins connaturel. Il a une légion de carabins avec luy, de mouvemens, d'actions , de passions, il est adroict et sçayt mille tours de souplesse. De l'autre costé, vous avez Tamour de Dieu qui est conceu après, et est puisné ; il a aussi ses mouvemens, inclinations, passions, actions. Ces deux enfans en un mesme ventre s'entrebattent comme Esaû et Jacob. C'est pourquoy Rebecca s'escrie : M'estoit-ilpas mieux de mourir que de concevoir avec tant de douleurs? De ces convulsions s'ensuit un certain degoustement qui fait que vous ne savourez pas les meilleures viandes. Mais que vous importe-t-il de savourer ou ne savourer pas, puisque vous ne laissez pas de bien manger. S'il me falloit perdre l'un des sentimens, je choysiroisque ce fust le goust, comme moins nécessaire, voire mesme que l'odorat, ce me semble. Croyez-moy, ce n'est que le goust qui vous manque ; ce n'est point la veuë : vous voyez, mais sans contentement; vous maschez le pain comme si c'estoient des estouppes, sans goust ny saveur, il vous semble que vos resolutions sont sans force, parce qu'elles ne sont pas gayes ny joyeuses; mais vous vous trompez, car l'apostre S. Paul bien souvent n'en avoit que de ceste sorte-là.
La pauvre Lia est une petite chassieuse et layde, mais il faut que vostre esprit couche avec elle, avant que d'avoir la belle Rachel. Et courage, car elle ne laissera pas de faire de beaux enfans et des œuvres aggreables à Dieu. Mais je m'arreslô trop. Vous ne vous sentez pas ferme, constante, ny bien résolue; il y a quelque chose en moy, ce dites-vous, qui n'a jamais esté satisfaict, mais je ne sçaurois dire que c'est. Je le voudrois bien sçavoir, ma chère fîUe, pour vous le dire, mais j'espère qu'un jour vous ayant à loysir je l'apprendray ; cependant, seroit-ce point peut-estre une multitude de désirs qui fait des obstructions en vostre esprit. J'ay esté malade de ceste maladie. L'oyseau attaché sur la perche se cognoist attaché et sent les secousses de sa détention et de son engagement, seulement quand il veut voler;
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et laot de nesme avaDt qu'il art s«s aisles, il se m^must soa îiDpBigaaoce qa^i par l'essay da vol.
Poar QD remède lioacqaes, ma chère fille , poisquc Toas n'avez ps3 encore vos aisîes pour voler, et que vostre propre impuis^nce met uoe barrière k vos efforts . De vous débattes poiot. ne vous empressez poial pour voler; ayez patienee que Vfjui ayez des ai^^ pour voler comrae les cotombes : je crains infiniment que vous n'ayez un petit trop d'ardeurâ la proye;que TOUS ne TOQâ empressiez, et mulUptiiez les désir» an petit trop dro. Vous voyez la beauté desclartez, la douceur des résolutions; il voua semble que presque voua les teoez. et le voysînage du bien vous en suscite un appétit de mesme. etcest appétit vous empresse et vous fait eslaucer. mais pour le néant; carie maistre vons lient attachée sur la perche, ou bien vous n'avez pas encore vos aisies, et cependant vons amaigrissez par ce continuel mouvement du cœur, et alanguissez continuellement vos Forces. Il faut faire des essays mais modérez, mais sans se débattre, mais suns s'eschauffer. Examinez bien vostre procedeure en cest endroici ; peut-eslre verrez-vous que vous bandez trop vostre esprit au désir de ce sonverain goust qu'apporte à l'ame le ressentiment de la fermeté, constance et résolution. Vons avez la Termeté; car qu'est-ce autre chose, fermeté, que vouloir pintost mourir qn'ofTenser ou quitter ia foy? Mais vous n'en avez pas le flenliment; car si vous laviez vous auriez mille joyes. Or sus. arreatez vous , ne vous empressez point. Vous verrez que vous vous en treuverez mieux, et vos aisies s'en fortilîeront plus aysement. Cest empressement doncques est un deffaut en vous, et c'est ce je ne sçay quoy qui n'est pas satisfatct. car c'est un deffaut de résignation; vous vous resignez bien, maïs c'est avec nn mais, car vous voudriez bien avoir cecyet cela, et vous débattez pour l'avoir.
L'o simple deair n'est pas contraire à la résignation ; mais on ponLelemeol de cœur, uo debaltement d'aisles, une agitation de volonté et multiplication des lancemens; cela, indubitablement, est fuule de résignation. Courage, ma chère sœur ; puisque nostre volonté est à Dieu , sans double nous sommes à luy. Vous avez lout ce qu'il Faut, mais vous n'en avez nul sentiment ; ii n'y a pas grande perle en cela, Sçavea-vous ce qu'il faut faire? il faut prendre en gré de ne point voler, puisque nous n'avons pas encore nos aisies. Vous me faites ressouvenir de Moyse : le sainct homme arrive sur le mont de Phasga, il vil toute la terre de promission devant ses yeua, terre à laquelle il avoiL aspiré et
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espéré quarante ans continuels parmy les murmurations et séditions de son armée et parmy les rigueurs des déserts. Il la vid et n'y entra point, mais il mourut en la voyant. Il avoit vostre verre d'eau aux lèvres et ne pouvoit boire. 0 Dieu! quels soupirs devoit jetter ceste ame! 11 mourut là plus heureux que plusieurs qui moururent en la terre de promission , puisque Dieu luy fit rhonneur de Tensepulturer luy-mesme.
Or sus, s'il vous faJloit mourir sans boire de l'eau de la Samaritaine, qu'en seroit-ce pour cela , pourveu que nostre ame fust receue à boire éternellement en la source et fontaine de vie? Ne vous empressez point à des vains désirs, et de mesme ne vous empressez pas à ne vous empresser point. Allez doucement vostre chemin, car il est bon.
Sçachez , ma tres-chere Sœur, queje vous escris ces choses avec beaucoup de distractions, et que, si vous les treuvez embrouillées, ce ne sera pas merveille : car je le suis moy-mesme; mais, Dieu mercy, sans inquiettude. Voulez-vous cognoistre si je dy vray , que le deffaut qui est en vous , c'est de ceste entière résignation? Vous voulez bien avoir une croix, mais vous voulez avoir le choix; vous la voudriez commune, corporelle et de telle ou telle sorte. Et qu'est cela, ma fille tres-aymée? Ah ! non, je désire que vostre croix etla mienne soient entiereçient croix de Jesus-Chrisl, et quant à l'imposition d'icelle et quant au choix : le bon Dieu sçayt bien ce qu'il fait et pourquoy ; c'est pour nostre bien , sans doobte. Nostre-Seigneur donna le choix à David de la verge de laquelle il seroit affligé, et Dieu soit beny, mais il me semble que je n'eusse pas choysî : j'eusse laissé faire tout à sa divine Majesté. Plus une croix est de Dieu, plus nous la devons aymer. Or sus, ma sœur, ma fille, mon ame, et cecy n'est pas trop, vous le sçavez bien; dites-moy. Dieu n'esl-il pas meilleur que l'homme, mais l'homme n'est-il pas un vray néant en comparayson de Dieu? Et neantmoins, voyez un homme, ou plutost le plus vray néant de tous les neans, la fleur de toute la misère , qui n'ayme rien moins la confiance que vous avez en luy, encore que vous en ayez perdu le goust et le sentiment , que si vous en aviez tous les sentimens du monde; et Dieu n'aura-t-il pas aggreable vostre volonté bonne, encore qu'elle soit sans nul sentiment? Je suis, disôit David,, comme une vessie sechée à la fumée du feu, qu'on ne sçauroit dire à quoy elle peut servir. Tant de seicheresses qu'on voudra, tant de steriHtez, pourveu que nous aymions Dieu.
Mais avec tout cela , vous n'estes pas encore au pays où il n'y a point de jour, car vous aurez le jour parfois et Dieu vous visite.
â.12 LEÏTBES.
E»Hl pas bon , à »<îslreadvi3?ll me semble que ceste vidsâitiKle vooa le retid bîert savoureux.
J'appreuve (teantmoiDs que vous remontrier à Dostre doux Sauveur, mais amoureuse ment et sans empressement, rostre aïnictioD; et, comme vouâ dites, qu'au moins il se laisse treover â Toalre esprit : car il se plaist que nous luy racontions le mal qu'il DDUS fait, et que nous nous piaygnioo:^ de luy. pourreD que ce soit amouretisemecit et humblement, et à lujr-mesme. comme font les petits enfans quand leur chère mère les a Fouettes. Cependant il faut encore un petit souffrir, et doucemeoL Je ne pense pas qu'il y ayl aucun mal de dire à .Nostre Seigneur : Venez dans nos amef. Ce Seigneur sçayt si j'ay jamais coinmunié sans vous dés mon despart de vostre vtlle.
iXon, cela n'a nulle apparence de ma!; Dieu veut que je le serve en souffrant les sterilitez, les angoisses, les tealalions, comme Job, comme S. Paul, et non pas en preschant.
Servez Dieu comme il veut , vous verrez qu'un jour il fera tout ce que vous voudrez, et plus que vous ne sçauriez vouloir.
Les livres que vous lisezdemy-heuresontGrenade,Gerson,la Vie de Jesus-Christ mise en françois du latin de Ludolphe, chartreux; la Mère Thérèse; le rrai'ïe de i'a//Iiction(i}, que je vous ay marqué dans une précédente lettre.
Eh! serons-nous pas un jour ensemble au ciel à bénir Dieu éternellement? Je l'espère et m'en resjouy.
La promesse que vous flstes à Nostre-Seigneur de ne jamais rien refuser de ce qui seroit demandé en son nom, ne vous Sfjauroit obliger, sinon à le bien aymer; c'est-à-dire, que vous pourriez l'entendre en telle façon que la prattique en seroit vicieuse, comme si vous donniez plus qu'il ne faut, et indiscretteraent. Cela donc s'entend, en observant la vraye discrétion; et, en ce cas-là, ce n'est non plus que de dire que vous aymerez bien Dieu, et vous accommoderez à vivre, dire, faire, et donner selon son gré.
Je garde les livres des Psalmes, et vous remercie de la musique, en laquelle je n'entens rien du tout, bien que je l'ayme extrêmement quand elle est appliquée à la loiiange de Nostre- Seigneur,
Vrayemenl, quand vous voudrez que je depesche, et que je treuvedu loysir sans loysir pour vous escrîre, envoyez-moy ce
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bonhomme N. ; car, sans mentir, il m'a pressé si extrêmement que rien plus, et ne m'a point voulu donner de relasche, pas seulement d'un jour; et vous dy bien que je ne voudrois pas estre juge en un procez duquel il fust solliciteur.
Je puis laisser le mot de Madame; car je ne veux pas me croire plus affectionné que S. Jean TEvangeliste , qui neantmoins, en Tepistre sacrée qu'il escrit à la saincte dame Electa, l'appelle Madame; ny estre plus sage que S. Hierosme, qui appelle sa dévote Eustochium, Madame. Je veux bien neantmoins vous deffendre de m'appeler Monseigneur; car, encore que c'est la coustume de deçà d'appeler ainsi les evesques; ce n'est pas la coustume de delà, et j'ayme la simplicité.
La messe de Noslre-Dame, que vous voulez voiler pour toutes les sepmaines, le pourra bien estre : mais je désire que ce ne soit que pour une année, au bout de laquelle vous revouerez, s'il escheoit; et commencez le jour de la Conception de Nostre- Dame, jour de mon sacre, et auquel je fis le grand et espouvantable vœu de la charge des âmes, et mourir pour elles s'il estoit expédient. Je devrois trembler en me ressouvenant. J'en dy de mesme du Chapelet et de l'Ave maris Stella,
Je n'ay observé ny ordre ny mesure à vous respondre; mais ce porteur m'en a levé le moyen.
J'attens le pied coy (1 ) une grande tempeste, comme je vous ay escrit au commencement, et pour mon particulier, mais joyeusement; et, regardant en la providence de Dieu, j'espère que ce sera pour sa plus grande gloire et mon repos, et beaucoup d'autres choses. Je ne suis pas asseuré qu'elle arrive, je n'en suis que menacé. Mais pourquoy vous dy-je cecy? Eh! pour ce que je ne m'en sçaurois empescher : il faut que mon cœur se dilate avec le vostre comme cela; et puisqu'en ceste attente j'ay de la consolation et de l'espérance de bonheur, pourquoy ne vous le dirois-je pas? Mais à vous seule , je vous prie.
Je prie soigneusement pour nostre Celse-Benigne , et pour toute la petite trouppe des filles. Je me recommande aussi à leurs prières. Ressouvenez-vous de prier pour ma Genève, affin que Dieu la convertisse.
Item, ressouvenez-vous de vous comporter avec un grand respect et honneur en tout ce qui regardera le bon Père spirituel que vous sçavez ; et mesme, traittant avec ses disciples et enfans spirituels, qu'ils ne recognoissent que la vraye douceur et humi-
(1) Calme.
23 i LETTRES.
lité en vous. Si vous receviez quelques reproches, tenez-vous douce, humble, patiente, et sans autre mot que de vraye humilité; car il le faut: Dieu soit à jamais vostre cœur, vostre esprit, vostre repos; et je suis, Madame, vostre tres-dedié servileur en Nostre Seigneur, etc.
A Dieu soit honneur et gloire!
ioar de la Preseotation de No^tre-rtame , 31 novembre 1604.
J'adjouste ce matin, jour de S** Cécile, que le proverbe tiré de nostre S. Bernard, X enfer est plein de bonnes volontez ou désirs, ne vous doit nullement troubler. 11 y a deux sortes de bonnes volontez. L'une dit : Je voudrois bien faire, mais il me fasche, et ne le feray pas. L'autre dit : Je veux bien faire, mais je n'ay pas tant de pouvoir que de vouloir; c'est cela qui m'arresle. La première remplit Fenfer, la seconde le paradis. La première volonté ne fait que commencer à vouloir et désirer ; mais elle n'achevé pas de vouloir ; ses désirs n'ont pas assez de courage, ce ne sont que des avortons de volonté : c'est pourquoy elle remplit Tenfer. Mais la seconde produictdes désirs entiers et bien formez, et c'est pour cela que Daniel fut appelle homme de désirs. Nostre Seigneur nous vueille donner la perpétuelle assislance de son Sai net-Esprit, ma fille et sœur tres-aymée!
S, François de Sales, à Madame de Chantai.
Exhortation h la patience dans ses peines interieoreB ; et en destotirner sa veaS pnar ne regar* der que Dieu. Ce qu'il faut faire quand on a oublié quelque péché dans une oNifèflaîoo générale ; ne faut rien précipiter dans le choix • d'un estât de Tie , mais se biea consalter avec Dieu par reotremlse de son directeur.
Le 18 febfrler 1605.
Je loiie Dieu de la constance avec laquelle vous supportez vos tribulations. J'y vois neantmoins encore quelque peu d'inquiettude et d'empressement qui empesche le dernier effecl de vostre patience. En vostre patience , dit le Fils de Dieu, vous posséderez vos âmes {Luc. 21). C'est donc l'effect delà patience, de bien posséder son ame; et à mesure que la patience est parfaicte, la possession de l'ame se rend plus entière et excellente. Or la patience est d'autant plus parfaicte, qu'elle est moins meslée d'inquiettude et d'empressement. Dieu donc vous vueille deslivrer de ces deux dernières incommoditez, et tost après vous serez deslivrée de Tautre mal.
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Bon courage, je vous supplie, ma chere Sœur : vous n'avez sonffert rincoramodité du chemin que trois ans , et vous voulez le repos; mais ressouvenez-vous de deux choses : Tune, que les enfans d'Israël furent quarante ans parmy les déserts, avant que d'arriver dans la terre du séjour qui leur estoit promis ; et neantmoins six sepmaines pou voient suffire pour tout ce voyage, et à Tayse; et il ne fut pas loysible de s'enquérir pourquoy Dieu leur faysoit prendre tant de destours , et les conduisoit par des chemins si aspres, et tous ceux qui en murmurèrent moururent avant l'arrivée : l'autre, que Moïse, le plus grand amy de Dieu de toute la trouppe, mourut sur les frontières de la terre de repos , la voyant de ses yeux , et ne pouvant en avoir la jouyssance.
Plust à Dieu que nous regardassions peu à la conduitte du chemin que nous frayons, et que nous eussions les yeux fichez sur celuy qui nous conduict, et sur le bien-heureux pays auquel il nous mené! Que nous doit-il chaloir (i) si c'est par les déserts ou par les champs que nous allons, pourveu que Dieu soit avec nous, et que nous allions en paradis? Croyez-moy, je vous prie, trompez le plus que vous pourrez vostre mal; et, si vous le sentez, au moins ne le regardez pas, car la veuë vous en donnera plus d'appréhension que le sentiment ne vous en donnera de douleur. Aussi bande-t-on les yeux à ceux sur lesquels on veut faire quelque grand coup par le fer. 11 me semble que vous vous arrestez un petit trop à la considération de vostre mal.
Et quant à ce que vous me dites, que c'est un grand travail de vouloir et ne pouvoir , je ne veux pas vous dire qu'il faut vouloir ce que l'on peut, mais je vous dy bien que c'est un grand pouvcrir devant Dieu que de pouvoir vouloir. Passez oultre, je vous snpplie, et pensez à ceste grande dereliction que souffrit nostre Maistre au jardin des Olives ; et voyez que ce cher Fils ayant demandé consolation à son bon Père , et cognoissant qu'il ne vouloit pas la luy donner, il n'y pense plus, il ne s'empresse plus, il ne la cherche plus; mais, comme s'il ne l'eust jamais pretendeuë, il exécute vaillamment et courageusement l'œuvre de nostre rédemption.
Apres que vous aurez prié le Père qu'il vous console , s'il ne luy plaist pas de le faire , n'y pensez plus , et roidissez vostre courage à faire l'œuvre de vostre salut sur la croix, comme si jamais vous n'en deviez descendre, et qu'oncques (2) plus vous ne deussiez voir l'air de vostre vie clairet serein. Que voulez -vous?
(1) Importer. — (2) Jamais.
23e LETTHes.
il Taut voir el parler à Dieu parmy les tonnerres et lourbiltoos du vent; il le Taut voir dans le buisson et panny lefeuet lesesinn^; et pour ce faire, la vérité est qu'il est uecessairede se deschausser, et faire une grande abDe|,'atioQ deDos^olontezetafTectiops. Mais la divine bonté ne vous a pas appetlée au train auquel vous estes, qu'il ne vous fortifie pour tout cecy. C'est à iuy de parfaire sa besongne. Il est vray qu'il est un petit long, parce que la matière le requiert; mais patience.
Bref, pour l'boDueur de Dieu, acquiescez entièrement à sa volonté , et ne croyez nullement que vous le servissiez mieux autrement; car on ne le sert jamais bien, sinon quand on le sert comme il veut.
Or, il veut que vous le serviez sans goust, sans sentiment, avec des respugnances et convulsions d'esprit. Ce service ne vous donne pas satisfaction, mais il le conleote; il n'est pas à vostre gré, mais il est au sien.
Imaginez-vous que vous ne deussiez jamais estre deslivrée de vos angoisses; qu'est-cî que vous feriez? Vous diriez à Dieu ; Je suis vostre; si mes misères vous sont aggreables, accroîssez-en le nombre et la durée, J'ay conBance en Noslre Seigneur que vous diriez cela et n'y penseriez plus; au moins, vous ne vous empresseriez plus. Failes-en de mesme maintenant, et apprivoisez-vous avec vostre travail, comme si vous deviez tousjours vivre ensemble : vous verrez que, quand vous ne penserez plus à voslre deslivrance. Dieu y pensera; et quand vous ne vous empresserez plus, Dieu accourra.
C'est assez pour ce poinct. Jusqu'à ce que Dieu me donne la commodité de vous le desclarer à souhaict, lorsque sur iceluy nousealablirons l'aaseurance de nostrejoye; ce sera quand Dieu nous fera revoir en présence.
Ceste bonne ame (1), que vous et moy chérissons tant, me fait demander si elle pourra attendre la présence de son père spirituel pour s'accuser de quelque poinct duquel elle n'eut point souvenance en sa confession générale; et, à ce que je vois, elle le desireroit fort. Mais dites-luy, je vous supplie, que cela ne se peut en aucune façon : je trahirois son ame si je Iuy permetlois cesl abus. Il faut qu'à la fine première confession qu'elle fera, tout au commencement , elle s'accuse de ce péché oublié (j'en dy de mesme s'il y eu a plusieurs) purement et simplement, sans repeter en aucune autre chose de sa confession générale , laquelle
(1) Madame la présidente Brulai't.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 237
fut fort bonne ; et partant, nonobstant les choses oubliées, ceste ame ne se doit nullement troubler.
Et ostez-luy la mauvaise upprehension qui la peut mettre en peine pour ce regard ; car la vérité est que le premier et principal poinct de la simplicité chrestienne gist en ceste franchise d'accuser ses péchez, quand il est besoin, purement et nuement, sans apprehenderraureille du confesseur, laquelle n'est apprestée que pour oûyr des péchez, et non des vertus, et des péchez de toutes sortes. Que donc hardyment et courageusement elle se descharge pour ce regard , avec une grande humilité et mespris de soy-mesme, sans avoir crainte de faire voir sa misère à celuy par Tentremise duquel Dieu la veut guérir.
Mais si son confesseur ordinaire luy donne trop de honte ou d'appréhension, elle pourra bien aller ailleurs; mais je voudrois en cela toute simplicité, et je croy que tout ce qu'elle a à dire est fort peu de choses en effect, et l'appréhension le fait paroistre estrange.
Mais dites-luy tout cecy avec une grande charité, et Tasseurez que si en cest endroict je pou vois condescendre à son inclination, jeleferois tres-volontiers , selon le service que j'en ay voué à la tres-saincte liberté chrestienne.
Que si, après cela, à la première rencontre qu'elle fera de son pare spirituel, elle pense quelque consolation et profict de luy manifester la mesme faute, elle le pourra faire, bien qu'il ne sera pas nécessaire; et, à ce que j'ay apprins de sa dernière lettre elle le désire; et j'espère mesme qu'il luy sera utile de faire une confession générale de nouveau avec une grande préparation, laquelle neantmoins elle ne doit commencer qu'un peu avant son despart, de peur de s'embarrasser.
Dites-luy encore, je vous supplie, que j'ay veu le désir qu'elle commence de prendre de se voir un jour en lieu où elle puisse servir Dieu de corps et de voix. Arrestez-la à ce commencement; faites-luy sçavoir que ce désir est de si grande conséquence, qu'elle ne doit ny le repeter, ny permettre qu'il croisse, qu'après qu'elle en aura pleinement communiqué avec son père spirituel, et qu'ensemble ils en auront oûy ce que Dieu en dira. Je crains qu'elle ne s'engage plus advant, et que par après il ne soit malaysé de la réduire à Tindifference avec laquelle il faut ouyr les conseils de Dieu. Je veux bien qu elle le nourrisse, mais non pas qu'il croisse : car croyez-moy, il sera tousjours meilleur d'oiiyr Nostre Seigneur avec indifférence et en esprit de liberté, ce qui ne se pourra faire si ce désir grossit; car il assubjettira
t 238 LETTHES. I
touleâ les facilitez ioterieures. et tyrannisera la rayson sur la 1 choix.
Je voua donne bien de la peine, vous rendant messagère de ces responses; mais, puisque vou5 avez bien prins te seing de me proposer les demandes de sa part, vosire charité le prendra bien encore pour luy faire eutendre mou opinion.
Ferme, je vous supplie; que rien ne vous esbranle. Il est encore nuiet, mais le jour s'approche; non, il ne tardera pas. Mais cependant prattiquons le dire de David : Es/evez-vos mains du eosté du iifiu sainci penidant la nuict , et bénissez le Seigneur {Ps. 133). Benissons-le de tout nostre cœur, et le prions qu'il soit nostre guide, nostre barque et noslre port.
Je ne veux pas respondre à vostre dernière lettre par le menu, sinon en certains poincts qui me semblent plus pressans.
Vous ne pouvez croire, ma tres-chere fille, que les tentations contre la foy et l'Eglise viennent de Dieu; mais qui vous a jamais ensiiigné que Dieu en fiist autheur? Bien des ténèbres, bien des impuissances, bien du lyement à la perche ()), bien de la dereliction et destitution de vigueur, bien du devoyement de l'eslomach spirituel , bien de l'amertume de la bouche intérieure, laquelle rend amer le plus doux vin du monde; mais de suggestions de btasphesme, d'infidellité, de mescreance , ah ! non. elles ne peuvent sortir de nostre bon Dieu : son sein est trop pur pour concevoir tels objects.
Sçavez-vous comment Dieu fait en cela? II permet que le malin forgeron de semblables besonfçnes nous les vienne présenter à * vendre, affin que, par le mespris que nous en ferons, nous puissions tesmoigner nostre affection aux choses divines. Et pour cela, ma chère sœur, ma tres-chere fille, fant-il s'inquietter, fautil changer de posture? 0 Dieu! nenny. C'est le diable qui va partout autour de nostre esprit, l'urettant et broiiillant, pour voir s'ilpourroit treuver quelque porte ouverte. I! faysoil comme cela avec Job, avec S. Anthoine, avec S'" Catherine de Sienne, et avec une infinité de bonnes âmes que je cognois, et avec la mienne, qui ne vaut rien et que je ne cognois pas. Et quoy ! ponr tout cela, ma bonne fille, f'uut-il se fascher? Laissez-le se morfondre, et tenez toutes les avenues bien fermées : il se lassera enfin ,■ ou , s'il ne se lasse , Dieu luy fera lever !e siège.
Souvenez-vous de ce que je pense vous avoir dit une autre
(1} Le saiut rappelle sa comparaison de Yime à l'oiseuu attaché pai' sua multre : il manque ti son nuûtce en SBSBjaat de vnler.
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fois. C'est bon signe qu'il fasse tant de bruict et de tempestes au* tour de la volonté ; c'est signe qu'il n'est pas dedans. Et courage, ma chere ame; je dy ce mot avec grand sentiment et en Jesus- Christ : ma chere ame, courage, dy-je. Pendant que nous pouvons dire avec resolution, quoyque sans sentiment, Vive Jésus, il ne faut point craindre.
Et ne me dites pas qu'il vous semble que vous le dites avec lascheté , sans force ny courage, mais comme par une violence que vous vous faites. 0 Dieu ! mais donc la voilà, la saincte violence qui ravit les cieux. Voyez- vous, ma fille , c'est signe que tout est prins, que Tennemy a tout gaigné en nostre forteresse, hormis le donjon impénétrable, indomptable, et qui ne peut se perdre que par soy-mesme. C'est enGn ceste volonté libre, laquelle, toute nue devant Dieu, réside en la suprême et plus spirituelle partie de l'ame, ne despend d'autre que de son Dieu et de soy-mesme; et quand toutes les autres facultez de l'ame sont perdues et assubjetties à Tennemy, elle seule demeure maistresse de soy-mesme pour ne consentir point.
Or, voyez-vous les âmes affligées parce que l'ennemy, occupant toutes les autres facultez, fait là-dedans son tintamarre et fracas extrême? A peine peut- on oûyr ce qui se dit et fait en ceste volonté supérieure , laquelle a bien la voix plus nette et plus vive que la volonté inférieure; mais celle-cy Ta si aspre et si grosse qu'elle estouffe la clarté de l'autre.
Enfin notez cecy : pendant que la tentation vous desplayra , il n'y a rien à craindre ; car pourquoy vous desplaist-elle, sinon parce que vous ne la voulez pas? Au demeurant, ces tentations si importunes viennent de la malice du diable ; mais la peine et souffrance que nous en ressentons viennent de la miséricorde de Dieu, qui, contre la volonté de son ennemy, tire de la malice d'iceluy la saincte tribulation, par laquelle il afQne l'or qu'il veut mettre dans ses thresors. Je dy donc ainsi : Vos tentations sont du diable et de l'enfer, mais vos peines et afflictions sont de Dieu et du paradis ; les mères sont de Babylone , mais les filles sont de Hierusalem. Mesprisez les tentations, embrassez les tribulations.
Je vous diray un jour, quand j'auray bien du loysir, quel mal causent ces obstructions de l'esprit : cela ne se peut escrire en peu de paroUes.
Ne craignez nullement, je vous supplie , de me donner aucune peine; car je proteste que c'est une extrême consolation d'estre pressé de vous rendre quelque service. Escrivez-moy donc, et
souvent, et sans ordre, et le plus naTrvemeDl que vous pourrez :
j'enauray tousjours un exlremc contentement.
Je m'en vay dans une heure en la petite bourgade où je dois prescher. Dieu a'estant voulu servir de moy : et en souffrant, et en preschant, il soit à jamais beny!
Il ne m'est rien encore arrivé de la tempeate que je vous dis ; mais les nuées sont encore pleines, obscures et chargées dessus ma teste.
Vous ne sçauriez trop avoir de confiance en moy, qui suis papfaictement et irrévocablement voslre en Jésus-Christ, duquel mille et mille fois le jour je vous souhaitte les plus chères grâces et bénédictions. Vivons et mourons en luy et pour luy. Amen. Vostre, tres-asseuré et tres-dedié serviteur en N. S. — François, Ev. de Genève.
CCCXCIII.
Lu grandefl croix HODt pliu méritoires , et demAndent pliu de force.
A laRudie.leiaklnnerieaS.
Madame, j'ay tant de suavité au désir que j'ay de vostre bien spirituel , que tout ce que je fay sous ce mouvement ne me sauroit nuyre.
Vous me dites que vous portez tousjours vostre grande croix, mais qu'elle vous pesé moins parce que vous avez plus de force. 0 Sauveur du monde! que voilà qui va bien ! Il faut porter sa croix : quiconque la portera plus grande se treuvera mieux. Dieu donc nous en vueille donner de plus grandes, mais qu'il luy playse nous donner de grandes forces pour les porter! Or sus donc, courage : Si vous avez confiance, vous verrez la gloire de Dieu (Joan. H).
Je ne vousrespons pas maintenant, car je ne sçaurois; je ne fay que passer légèrement sur vos lettres. Je ne vous enverray rien à présent pour la réception du Tres-Sainct-Sacrement; si je puis, ce sera à la première commodité.
Je vis un jour une imaige dévote : c'estoit un cœur sur lequel le petit Jésus estoit assis. 0 Dieu, dis-je, ainsi puiesiez-vous vous asseoir sur le cœur de ceste fille que vous m'avez donnée, et à laquelle vous m'avez donné ! H me playsoit en ceste imaige que Jésus estoit assis et se reposoit, car cela me represenloit une stabilité ; et me playsoit qu'il y estoit enfant , car c'est l'aage de
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parfaicte simplicité et douceur : et communiant au jour auquel je sçavois que vous en faysiez de mesme , jelogeois par ce désir ce bénin hoste, en ceste place, et chez vous et chez moy. Dieu soit en tout et partout beny, et vueille se saysir de nos cœurs es siècles des siècles! Amen, Vostre serviteur, tres-dedié es entrailles de N. S. — François, Ev. de Genève.
n lay assigne un jour pour le venir treuver chez madame sa mcre, et luy faire la reveue de sa conscience. — Il luy descouvre aussi le dessein qu'a madame sa mère de mettre sa jeune sœur en pension an monastère du Pults-d'Orbe , la priant de faire secrettement des informations pour cela.
May 1605.
Madame ma Ires-chere sœur, voicy une courte response à vos dernières lettres. Puisque vous estes résolue de me revoir entre cy et Pentecoste, et que vous en espérez tant de fruict, venez, au nom de Dieu, et pour une bonne fois. Le lieu que je vous marqueray, c'est chez ma mère, à Thorens, parce qu'en ceste ville je ne sçaurois promettre un seul moment de mon tems. Le jour sera le samedy suivant l'Ascension, affin que je vous puisse donner les quatre ou cinq jours suivans francs et libres, avant que la feste de la Pentecoste arrive ; en laquelle il faut nécessairement que je vienne icy à Annessy pour faire l'ofQce et mon devoir. Je ne puis dire si nous aurons besoin de beaucoup de jours pour la reveue de tout vostre estât intérieur : peu plus, peu moins en fera la rayson.
S'il vous arrivoit quelque incommodité pour laquelle il fallust différer vostre venue, vous n'aurez pas pour cela besoin de m'advertir par homme exprès , mais seulement par la première commodité , puisque passé ce tems-là je seray à la visite, et ne m'arresteray nulle part jusqu'à Nostre-Dame de septembre, que je seray icy quinze jours seulement; si (1) que entre cela vous auriez assez de loysir de m'advertir. Je dy cela en cas que le subjet mesme de la retardation de vostre voyage ne meritast pas de soy-mesme de m'en advertir ; mais pour cela faites comme vous jugerez, pour m'advertir ou pour ne point m'advertir.
Préparez bien tout ce qui sera requis pour rendre ce voyage fructueux , et tel que ceste entreveue puisse suffire pour plusieurs
(1) Tellement.