VU. V
années. Recommandez-le à Xostre Seigneur; fouillez toos les replis et voyez tous les ressorts de vostre ame , et considérez tout ce qui aura besoin d'estre ou rhabillé ou remis. De mon costé je presenteray à Dieu plusieurs sacrifices, pour obtenir de sa bonté la lumière et la grâce nécessaires pour vous servir en ces te occasion- Je disois bien que vous préparassiez une grande , mais je dy très-grande et absolue confiance en la miséricorde de Dieu premièrement, puis en mon affection; mais je sçay que de ce costé-là la provision en est toute faite. S'il vous semble qu'à mesure que vostre souvenance et considération vous suggéreront quelque chose , il vous fust utile de le marquer avec la plume, je l'approuverois fort. Le plus que vous pourrez apporter d'abnégation ou d'indifférence de vostre propre volonté , c'est-àdire , de désirs et resolutions de bien obeyr aux inspirations et instructions que Dieu vous donnera, quelles qu'elles soient, ce sera le mieux; car Nostre Seigneur agit es âmes qui sont purement siennes , et non préoccupées d'affections et de propres volontez. Mais surtout gardez-vous de vous inquietter en ceste préparation ; faites-la doucement et en liberté d'esprit. En ce qui regarde les ennuys des tentations de la foy, ne vous y amusez pas; mais attendez que vous soyez icy, car ce sera assez tost. Ne partez point sans le congé de vostre confesseur; je veux croire que vousluy en avez communiqué vos délibérations avant que d'en résoudre.
Au demeurant , il faut que je vous supplie de me faire un bien. Ma mère désire infiniment d'envoyer ma jeune sœur au Puitsd'Orbe, affin de la dépayser, et de luy faire prendre le goust de la dévotion ; mais elle ne voudroit nullement que madame l'abbesse, ny sa mayson , en receust aucune incommodité que celle dn soing de ses mœurs. C'est pourquoy je désire qu'il vous playse de m 'apporter asseurance de tout ce qui sera requis de faire à ceste intention, sans que madame l'abbesse le sçache, affin que tout aille comme il faut, et que ma sœur ayt ce bien
de (1)
Voilà de la peine que je vous donne, mais c'est encore pour un
office de charité. Il me reste seulement à prier Nostre Seigneur
qu'il soit vostre guide et conducteur en ce voyage et en tout le
reste de vos actions :je l'en supplie de tout mon cœur, et vous,
ma chère sœur, de venir joyeuse en luy, qui est vostre joye et
consolation. Si vous sçaviez comme je vous escris, vous excuse-
(1) U y a ici ane ligne et demie effacée.
LE FONDATEUR d' ORDRE. 243
riez bien l'indigestion de mes parolles et de mon style ; mais c'est tout un. Je vous escris sans entendement, mais je ne vous escris pas sans un cœur plein d'extraordinaire désir de vostre bien : et prenez courage, ma sœur; Dieu vous sera bon et propice. Je suis vostre serviteur tres-dedié en son nom. Amen.
•De Sainct-Claude, vostre chemin s'addresse droit àGex, où je vous feray treuver un homme qui vous accompaignera jusque chez ma mère. Vous viendrez de Gex à Genève, où, si vous ne voulez pas, vous n'arresterez point; et, si vous voulez, vous pourrez arrester, car il n'y a pas de danger; et de là vous viendrez à Thorens. De Sainct-Claude à Gex il n'y a que six lieues, et de Gex à Thorens sept. L'homme qui vous ira au rencontre vous conduira. Je vous attendray plutost la veille de l'Ascension que le samedy suivant.
Je vous invitois à la veille de l'Ascension ; mais, comme je fermois la lettre , des Pères Chartreux me sont venus conjurer d'aller en un monastère voysin consacrer des fllles : si que le jour auquel je vous attendray sera le samedy suivant. Dieu vous ayde! — C'est le 21 de may (1).