‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 54 sur 185 · Fraiii'ois de Sales, à Madame de Chantai · texte numérisé non relu

Fraiii'ois de Sales, à Madame de Chantai

Ne ]iu ra.vwimer arec lea tenlaclooa , n; les appréhender, nj' meeniB ; roflechlr ; UJùur de Saiocl-Aogmliii, 30 loâl 1W3.

Vous aurez maintenant en main, je m'en asseure, ma fille, les trois lettres que je vous ay escrites, et que vous n'aviez pas encore receues quand vous m'escrivites le deuxiesme d'aoust. 11 me reste à vous respondre à celle de cesle dale-là, puisque par les précédentes j'ay respondu à toutes les autres.

\'os tentations de la foy sont revenues; et encore que vous ne leur respliquez pas un seul mot , elles vous pressent. Vous ne leur respliquez pas ; voilà bon, ma fille; mais vous y pensez trop, mais vous tes craignez trop , mais vous les appréhendez trop , eUes ne vous feroient nul mal sans cela. Vous estes trop sensible aux tentations. Vous aymez la foy, et ne voudriez pas qu'une seule pensée vous vinst au contraire; et tout aussitost qu'une seule vous touche, vous vous en attristez et troublez. Vous estes trop jalouse de cesle pureté de foy; il vous semble que tout la gaste. Non, non, ma fiile, laissez courir le vent, et ne pensez que le frifilts des feuilles soit le cliquetis des armes.

Dernièrement j'estois auprès des ruches des abeilles , et quelques-unes se mirent sur mon visage : je voulus y porter !a main, et les oster. Non, ce me dit un paysan, n'ayez point peur, et ne les touchez point ; elles ne vous picqueront nullement ; si vous les louchez, elles vous mordront. Je le crus; pas une ne me mor-

LE FONDATEUR d' ORDRE. 247

(lit. Croyez-moy, ne craignez point ces tentations, ne les touchez point, elles ne vous offenseront point; passez oultre, et ne vous y amusez point.

Je reviens du bout de mon diocèse qui est du costé des Suisses, où j'ay achevé Testablissement de trente-trois paroisses, ésquelles il y a onze ans qu'il n'y avoit que des ministres, et y fus en ce tems-là trois ans tout seul prescher la foy catholique : et Dieu m'a fait voir à ce voyage une consolation entière f car en lieu que je n'y trouvai que cent catholiques , je n'y ai pas maintenant laissé cent huguenots. J'ay bien eu de la peine à ce voyage, et un terrible embarrassement; et parce que c'estoit pour des choses temporelles et provisions des églises, j'y ay esté fort empesché; mais Dieu y a mis une très-bonne Qn par sa grâce , et encore s'y est-il fait quelque peu de fruict spirituel. Je dy cecy , parce que mon cœur ne sçauroit rien celer au vostre, et ne se tient point pour estre divers n'y autre, ains un seul avec le vostre.

C'est aujourd'huy S.Augustin; et vous pouvez pensersi j'ay prié pour vous le maistre , et le serviteur, et la mère du serviteur (1). Dieu soit nostre cœur, ma fîUe ; et je suis, en luy et par sa volonté, tout vostre. Vivez joyeuse, et soyez généreuse. Dieu, que nous aymons, et à qui nous sommes vouez, nous veut en ceste sortelà. C'est luy qui m'a donné à vous : il soit à jamais beny et loué!

P. S. Je fermois ceste lettre, ainsi mal faite ; et voicy qu'on m'en apporte deux autres, l'une du 16, l'autre du 20 aoust, fermées en un seul pacquet. Je n'y voy rien que ce que j'ay dit : vous appréhendez trop les tentations, il n'y a que ce mal. Soyez toute résolue que toutes les tentations d'enfer ne sçauroient souiller un esprit qui ne les ayme pas : laissez-les donc courir. L'apostre S. Paul en soufiTre de terribles, et Dieu ne les luy veut pas ester; et le tout par amour. Sus, sus, ma fille, courage : que ce cœur soit tousjours à son Jésus ; et laissez clabauder ce mastin à la porte tant qu'il voudra. Vivez, ma chère fille, avec le doux Jésus et vostre saincte abbesse, parmy les ténèbres, les doux, les espines, les lances, les derelictions, et avec vostre maistresse (2). Vivez longtems en larmes sans rien obtenir : enfin Dieu vous ressuscitera, et vous resjouyra, et vous fera voir le désir de vostre cœur (Ps. 20).

Je l'espère ainsi ; et, s'il ne le fait pas, encore ne laisseronsnous pas de le servir; il ne laissera pas pour cela d'estre nostre Dieu; car l'affection que nous luy devons est d'une nature immortelle et impérissable.

(l) Dieu, AugustiQ, et sainte Monique. — (2) Sainte Monique.

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