‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 55 sur 185 · François de Sales, à Madame de Chantai · texte numérisé non relu

François de Sales, à Madame de Chantai

n Texhorte à préparer son cœur, affln que la Saincte Yia*g8 y nayase, et à s'anir fortement à Jesiu. — II luy recommande la simplicité et la doacenr.

Le 13 septembre 1605.

Mon Dieu ! ma chère fille , quand sera-ce que Nostre-Dame naystra dans nostre cœur? Pour moy, je voy bien que je n'en suis nullement digne; vous en penserez tout autant de vous. Mais son Fils nacquit bien dans Testabie ; et courage donc , faysons faire place à cette saincte pouponne : elle n'ayme que les lieux approfondis par humilité, avilis par simplicité, et eslargis par charité ; elle se treuve volontiers auprès de la cresche et au pied de la croix; elle ne se soucie point si elle va en Egypte, hors de toute récréation , pourveu qu'elle ayt son cher enfant avec elle.

Non , que Nostre Seigneur nous tourne et vire à gauche ou à droicte, que, comme avec des autres Jacobs, il nous serre, il nous donne cent entorses ; qu'il nous presse tantost d'un costé tantost de l'autre , bref, qu'il nous fasse mille maux, nous ne le quitterons point pourtant qu'il ne nous ayt donné son étemelle bénédiction. Aussi, ma fille, jamais nostre bon Dieu ne nous abandonne que pour nous mieux retenir; jamais il ne nous laisse que pour nous mieux garder; jamais il ne lutte avec nous que pour se rendre à nous et nous bénir.

Allons cependant, allons, ma chère fille, cheminons par ces basses vallées des humbles et petites vertus ; nous y verrons des roses entre les espines, la charité qui esclate parmy les afi'ections intérieures et extérieures; les lys de pureté, les violettes de mortification : que sçay-je, moy? Surtout j'ayme ces trois petites vertus : la douceur de cœur, la pauvreté d'esprit, et la simplicité de vie ; et ces exercices grossiers : visiter les malades , servir aux pauvres, consoler les affligez, et semblables; mais le tout sans empressement, avec une vraye liberté. Non, nous n'avons pas encore les bras assez larges pour atteindre aux cèdres du Liban; contentons-nous de Thyssope des vallons.

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