Français de Sales, à Madame de ChantaL
La trop grande eraxate dea tgntactning est prejndlciahlg ; le pina aear est de les
16 flnrs 1606.
Ma tres-chere fille , contre tous ces nouveaux assauts et tentations d'infidellité ou doubte de lafoy, tenez- vous close et couverte dans les instructions que vous avez eues jusqu'à présent; vous n'aurez rien à craindre. Prenez garde à ne point disputer, ny marchander; item, à ne point vous attrister et inquietter, et vous en serez deslivrée.
Pour moy, je voy ceste grande horreur et hayne que vous avez pour ces suggestions , et ne doubte nullement que cela ne vous nuyse, et ne donne de Tadvantage à Ténnemy qui se contente de vous ennuyer et inquietter, puisqu'il ne peut faire autre chose, comme il ne fera jamais, Dieu aydant. Mais courage, ma chère fille, ne vous amusez point à la considération de tout cela; car il vous doit suffire que Dieu n'est point offensé en ces attaques que vous recevez. Usez le plus que vous pourrez de mespris de ces brouilleries-là ; car le mespris est le remède le plus utile.
Non , je ne suis nullement en crainte pour les colomnes de nostre tabernacle; car Dieu en est le protecteur. J'ay neantmoins bien esté en considération , pour penser ce que c'est qui pouvoit permettre au monde l'audace et Timpudence de penser à les esbranler : car il me semble que nous luy faysons assez mauvais visage pour luy oster le courage de nous vouloir chatouiller. Or bien, tout cela n'est rien. Je ne peux ny veux jamais cesser de vous souhaitter l'abondance des grâces de Nostre Seigneur et de sa tres-saincte Mère, en l'amour duquel je suis et seray inviolablement et uniquement tout vostre.
LE FONDATEUR d' ORDRE. 269
CDIX.
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
Il la console sur les tentations contre la foy, et luy montre l'usage de l'imagination dans l'orayson.
En avril 1606.
Je suis consolé que M. Galemand soit de mesme advis avec moy pour le remède de ces importunitez que vous recevez touchant la foy : il dit vray, il ne faut pas disputer, mais s'humilier, ny spéculer avec l'entendement, mais roydir la volonté.
Le livre de la Méthode de servir Dieu est bon, mais embarrassé et difficile plus qu'il ne vous est requis : celuy du Combat spirituel contient tout ce qu'il dit, et plus clairement et plus méthodiquement.
Il n'est pas possible de ne se servir en l'orayson ny de l'imagination ny de l'entendement; mais de ne s'en servir point que pour esmouvoir la volonté, et, la volonté estant esmue , l'employer plus que l'imagination et l'entendement, cela se doit faire indubitablement. Il n'est pas besoin, dit ceste bonne Mère (1), de l'imagination pour se représenter l'humilité sacrée du Sauveur. Non pas peut-estre à ceux qui sont desjà fort advancez en la montaigne de perfection; mais pour nous autres, qui sommes encore es vallées, quoyque désireux de monter, je pense qu'il est expédient de se servir de toutes nos pièces, et de l'imagination encore.
Je vous ay neantmoins marqué en quelque papier que ceste imagination doit estre fort simple, et comme servant d'esguille pour enfiler dans vostre esprit les affections et révélations. C'est le grand chemin, ma chère fille, duquel il ne vous faut pas encore despartir, jusqu'à ce que le jour soit un petit plus grand, et que nous puissions discerner les sentiers. Il est bien vray que ces imaginations ne doivent point estre entortillées de beaucoup de particularitez , mais simples.
Demeurons, ma chère fille, encore un peu de tems icy en ces basses vallées; baysons encore un peu les pieds du Sauveur : il nous appellera quand il luy playra à sa saincte bouche. Ne vous despartez point encore de ceste méthode, jusqu'à ce que nous nous revoyions.
Mais quand sera-ce, me direz-vous? Si vous pensez, ma chère
(1) n y a grande apparence que c'est une Prieure des Carmélites , parce qu'il en est parlé dans d'autres lettres dans les mêmes termes.
fille, que vous puissiez tirer de ma présence tant d'ayde et de
bon fruicl, et des provisions spirituelles, comme vous m'escrivez, et que vous en ayez beaucoup de désir, je ne seray pas si dur que de vous remettre à l'année prochaine: mais je vous remettray volontiers au premier dessein, lequel ne me donne nulle peyne que celle que vous aurez au voyage : car, au demeurant, il m'est plein de suavité et de conténlement. Ladifïiculté est que je n"ay à, mon commandement que les octaves de Pentecoste et celle du Sainct-Sacrement. Auxquelles des deux que vous vouliez venir, vous me treuverez icy plein de coeur, et Bieu aydant, de joye à vous servir.
Et voyez-vous , ma chère fille , en ces choses non nécessaires, ou au moins desquelles on ne peut pas bien discerner la nécessité, De prenez pas mes paroUes ric-à-ric; car je ne veux pas qu'elles vous serrent, mais que vous ayez la liberté de faire ce que vous croirez meilleur. Si donc vous croyez que vostre voyage vous soit fort utile, je m'accorde qu'il se fasse, mais cela avec ayse et toute volonté. Seulement, il faudra m'advertir duquel des deux leras vous voudriez faire choix; car je veux faire venir ma mère icy en ce tems-là ; el croyez qu'elle et moy en serons bien consolez, aux despens de vostre travail.
Dieu soit à jamais avec nous , et veuille vivre en nos cœurs éternellement!
Adieu , ma tres-chere fille ; je suis celuy qu'il a rendu si uniquement vostre,