CDX
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
Confiance et eonsiutsiloD du Salnct b lu divloe Proiidoiiiv.
AnDCisy, le S tnay IdOG.
Je receus la sepmaine passée quatre lettres des vostres, l'une du jour de Pasques (1), et les autres trois du 27 avril ; or, plulost que de retarder davantage, je veux vous escrire tout à la haste.
Je voy ce que vous me dites de ces bonnes âmes, compaignes de vos désirs; de vos désirs, dy-je, qui se fortiGent et se rendent actifs dedans vostre cœur. Helas ! ma chère fille , ils vous resveillenl souvent l'esprit, à ce que je voy; mais croyez bien que celuy que j'ay de conduire le tout à clief (2) et à la gloire de
(1) Le 26 mars. — (î) A bout.
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Dieu m'excite aussi tres-souvent. Or sus, je veux dire ce mot de vanterie plus souvent que vous, que je croy; mais ne faut-il pas tout faire avec une diligence soigneuse, mais douce, mais tranquille, mais resignée? Hé bien! j'espère que Dieu sera nostre guide.
Et ne vous troublez point, ma fille, je vous prie, de ce que je vous escrivis l'autre jour touchant la proposition qui se fait de me tirer moy-mesme de ma terre et de mon parentage (1), car rien ne se fera que de par Dieu; et, de quelque costé que j'aille, sous sa conduitte tout ira fort bien et pour vous et pour moy. Non, croyez-le bien, ma chère fille; mais voyez-vous, n'en parlez à personne. Je vous dy tout; ce ne seroit pas sans respugnance s'il me falloit changer de logis , bien que je ne me sente nullement attaché qu'à quelques âmes , d'un lyen tout purement spirituel, Dieu mercy : mais Dieu tiendra tout de sa main; car, voyez- vous, ma chère fille, mon ame n'a point de rendez- vous qu'en ceste Providence de Dieu. Mon Dieu, vous me l'avez enseigné dés ma jeunesse et jusqu'à présent; j'annonceray vos merveilles (Ps. 70).
Adieu , ma chère fille ; tenez pour tout asseuré que je pense fort au soing de vostre ame, laquelle m'est chère, précieuse et aymable comme la mienne propre, et je ne la tiens que pour une mesme. Dieu nous ayme, ma chère fille : il sera tousjours avec nous, nostre unique amour et nostre confiance. 0 Dieu! que je désire de bien à vostre esprit, ma chère fille ! Nostre-Dame soit nostre Dame et Maistresse ! Je suis, etc.
CDXI.
Considérations sur le Sainct Sacrement.
!•• juin 1606.
Mon Dieu ! que mon cœur est plein de choses pour vous dire , ma fille : car c'est aujourd'huy le jour de la grande feste de l'Eglise , en laquelle portant le Sauveur à la procession , il m'a de sa grâce donné mille douces pensées, emmy (2) lesquelles j'ay eu peine de reprimer les larmes.
0 Dieu! je mettois en comparayson le grand prestre de l'ancienne loy avec moy, et considerois que ce grand prestre portoit
(1) On voulait l'attirer ea France. — (2) Parmi.
un riche pectoral sur la poictrine, orné de douze pierres précieuses, et en iceluy se voyoient les noms des douze tribus des enfans d'Israël : mais je Ireuvois mon pectoral bien plus riche, encore qu'il ne fust compose que d'une seule pierre , qui est la perle orientale que la mère forte conceut en ses chastes entrailles, de la benisle rosée du ciel; car, voyez-vous, je tenois ce divin Sacrement bien serré sur ma fftiictrine, et m'estoit advis que les noms des enfans d'Israël esloîent tous marquez en iceluy; ouy, les noms des filles spécialement, et le nom de l'une encore plus,
L'espepvier et le passereau de S. Joseph me revenoient en l'esprit, et me sembloit que j'estois chevalier de l'ordre de Dieu, portant sur ma poictrine le mcsme Fils qui vit éternellement en la sienne. Ah ! que j'eusse bien voulu que mon cœur se fust ouvert pour recevoir ce précieux Sauveur, comme fit celuy du gentilhomme duquel je vous fis le conte! Mais helas! je n'avois pas le Cousteau qu'il falloiL pour !e fendre, car il ne se fendit que par l'amour; si ay-je bien pourtant eu des grands désirs de cest amour, mais je dy pour nostre cœur indivisible. Voilà ce que je vous puis dire. Bonsoir, ma chère flile, vivez tout en Dieu et pour Dieu. Je suis en luy infiniment tout vostre.
j'oubliay hyer de vous reprendre de quoy vous ne receviez pas en simplicité la parolle de Dieu, ains aviez des adversions qui vous la rendoient moins souéfve des uns que des autres. Oh ! l'humilité et douceur de l'amour de i'Espoux fait demeurer les espouses humblement et doucement attentives à recevoir la saiucte parolle. Vive Jésus! ma tres-chere Mère, en tout ce que nous sommes, selon ruoité qu'il a faite de nous.
CDXII.
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
Ce sera donc pour ceste prochaine année , s'il plaist â Dieu , que nous nous reverrons, ma tres-chere fille; mais cela iofailbblement, et tousjours aux festes de la Pentecoste, ou à celles du Sainct-Sacrement, sans qu'fi soit besoin d'attendre aucune autre .assignation, affin qu'on s'y dispose de bonne heure. Et cependant qu'est-ce que nous ferons? Nous nous résignerons entièrement et sans reserve â la bonne volonté de Nostre Sei-
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gneur, et rerpettrons entre ses mains toutes nos consolations, tiint spirituelles qqe temporelles. Nous pejïuçttrons purement et simplement 4 sa providence la mort et h vie de tou§ les nostres, pour faire survivre les uns aux autre3, et à nous, seloq son bon playsir; asseurez (jue nous sommes que, pouryeu que sa spuveraine bonté soit avec nous, et en nous, et pour nous, il pous suffit tres-abondamment.
Que je demq,udasse de vou^ survivre? Oh! vrayement, que ce bou Dieu en f^sse comme il lui pli^yra, ou to^t ou tard : ce ne serçtpas cela que je vpudrois excepter en mes resignatipus , si j'ep faysois.
J^ais., ce dites-vous, yous n'estes pas encore destachée de ce çosté-lià. Seigneur Pieu! que dites-vous, ma tres-chere fille? Vous puis-je servir de lyen, moy qui n'ay point de plus grand de^ir sur vous que de vous voir en l'entière et parfaiçte liberté de cœur des enfans de Dieu! Mais je vous enteus bien, m£^ phere fijje ; vpus ne ypulez p^s dire cela; vous voulez dire que vous pensez que ma survivance soit à la gloire de Dieu , et pour cela vous vous y sentez affectionnée. C'est donc 4 la jgloire de Nostre Seigneur que yous estes attachée, non pas à ses créatures : je le sçay bien, et en lotie sa divine Majesté.
Mais sçavez-vous quelle parolle je vous donneray bien? c'est d'avoir plus de soiug de m4 santé doresnavant, quoyque j'en aye tousjoufs eu plus que je ne mérite; et, Dieu mercy, je Ja sens fort entière mainteng^nt, ayant gtbsolument retranché les veillées du soir, et les escritures que j'y soulois (1) faire, et mangeant plus ^ propos aussi. Mais croyez-moy, yostre désir a sa bonne part en ceste résolution; car j'affectionne en extrémité vostre contentement et consolation , mais *vec une certaine liberté et sincérité de cœur, telle que cesfe affection me semble une rosée, laquelle détrempe mon cceur^ans bruict et sans coup. Et, si vous voulez que je yous die tout, elle n'gigissoit pas si souëfvement au commencement que pieu me l'envoys^ (car c'est luy sans doubte) comuie elle fait maintenant qu'elle est infiniment forte, ei, ce me semble, tousjours plus forte, quoyque sans secousses ny impétuosité. C'est trop dit sur un subjet duquel je ne voudrois rien dire.
Or sus, je m'en vay vous nommer vos heures. Pour coucher, neuf, s'il se peut, ou dix, s'il ne se peut mieux; pour lever, cinq , car il vous faut bien le repos de sept à huict heures ;
(1) Souloir, avoir coutume.