‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 67 sur 185 · CDXXXV · texte numérisé non relu

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S. François de Sales, à Madame de Chantai,

Cause de la faim spirituelle de la communion ; effect et avantage de ceste nourriture céleste ; dii^>08ition requise pour s'en approcher. — Utilité du livre du Combat spirituel, — Advi» touchant l'aumosne et la volonté de Dieu exercée dans l'orayson.

24 janvier 1608.

Ma fille, je prens la plume pour vous escrire le plus que je pourray, et avec désir de vous escrire beaucoup, en contreeschange du long tems qu'il y a, ce me semble, que je ne vous ay point escrit qu'en courant. J'ay vos lettres du 18, 19 et 25 novembre, et du 5, 14 et 22 décembre, de Tannée passée, auxquelles je n'ay pas entièrement respondu ; au moins je m'en doubte.

En la première, vous me dites que vous vous sentez affamée ^ plus que d'ordinaire, de la tres-saincte communion. Il y a deux sortes de faim : l'une qui est causée de la bonne digestion : l'autre, du desreglement delà force attirante de l'estomach.

Humiliez-vous fort, ma fille, et eschauffez fort vostre estomach du sainct amour de Jesus-Christ crucifié, affîn que vous puissiez bien digérer spirituellement ceste céleste viande (1); et puisqu'assez demande du pain celuy qui se plaint de la faim , je vous dy, ma fille, ouy, communiez ce Caresme, les mercredys et vendredys, et le jour de Nostre-Dame, oultre les dimanches.

• (1) Viande, tout ce qui nourrit.

Mais qu*enleadez-vou3 que l'on face «li^sUoD spirituelle de Jesus-Christ? Crux qui font boooe digestion corporelle ressentent un renforcemeut par tout leur corps , par la distributioa générale qui se fait de la viande en toutes leurs parties. Aiosy, ma Qlle , ceux qui font bonne digestion spirituelle ressentent que Jeauâ-Christ, qui est leur viande, s'espancbeet communique à toutes les parties de leur ame et de leur corps. Ils ont Jesus- Christ au cerveau, au cœur, en la poictrine, aux yeux, aux mains, en la langue, aux aureilles, aux pieds. Mais ce Sauveur, que fait-il partout par la? Il redresse tout, il purifie tout, il mortifie tout, il vivifie tout : il ayme dans le cœur, il entend au cerveau, il anime dans la poictrine, il void aux yeux, il parle en la langue , et ainsi des autres : il fait tout en tout. Et Ihors nous vivons, non point nous-mesmes; mais Jesus-Christ vil en nous. 0 quand sera-ce, ma chère fille? Mon Dieu! quand sera-ce? Mais cependant je vous monstre ce à quoy il faut prétendre, bien qu'il se faille contenter d'y atteindre petit à petit. Tenonsnous humbles, et communions hardy ment; peu à peu nostre estomach intérieur s'apprivoysera avec ceste \'iande, et apprendra à la bien digérer. C'est un grand poincl. ma fille, de ne manger que d'une viande, quand elle est bonne; l'estomach fait biea mieux son devoir. Ne désirons que le Sauveur, et j'espere que nous ferons bonne digestion. Jene pensnis pas vous tant dire snr ce premier poinct ; mais je me laisse porter aysement avec vous; et puis je m"en vay tantostà ceste saincte réfection avec vous : car c'est jeudy, et ce jour-là nous nous tenons l'un à l'autre, et nos cœurs, ce me semble, s'eulretoucbent par ce saînct sacrement.

En la seconde, vous ne me dites rien à quoy il faille respondre. Ouy, ma fille , le Combat .spirituel est un grand livre. Il y a quinze ans que je le porte en ma pochette, et ne le lis jamais qu'il ne me proffite.

En la troisiesme, vous me parlez du jeune garçon que vous desirez mettre avec moy ; je pensois que ce fusl quelque garçon de respect. C'est pourquoy je vous escrivis l'autre jour que je le prendrois dans quelque temps, après que je me serais deiïait d'un autre ; mais parce que par une autre lettre vous me dites que Jacques le cognoissoit, je m'en enquis, et il médît que c'estoit un enfant bon atout. C'est pourquoy je vous dy maintenant que, quand il vous playra me l'envoyer, je le recevray de bon cœur. Non point que, par ce mol de bon à tout, je le veuille Iraitter indiscrelteraenl; mais je veux dire que je le pourray faire servir,

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ooo-seulement à la plume, mais à la chambre, et enfin à beaucoup de petits services, et le tenir humble. Je me feray mieux entendre en vous disant que je crains de rencontrer des secrétaires qui y quand on leur dit : Donnez-raoy ma botte, bridez ce cheval, faites ce lict, ils respondent : Je ne suis pas pour cela : car en tout j'em ployé le premier que je trouve, hormis les ecclésiastiques. Envoyez-le-moy donc, et j'en auray un seing particulier; j'entens quand vous voudrez, car je voy le tems aspre, et auquel je fay scrupule d'envoyer un homme à trois lieues loing. Vous m.'escrirez, s'il vous plaist, ce que je luy devray donner.

Je prescheray àRumilly, petite bourgade de ce diocèse, à la A... Je prie Dieu pour tous vos enfans, car, ma fille, tout cela, ce me semble, m'appartient de si prez, que nul parentage n'y sçauroit rien adjouster. Je veux dire que je les tiens pour mes enfans, et les tiens comme cela du profond de mon cœur. Aymée Marie au parti de la elle est l'aysnée , et si je suis obligé de l'aymer plus tendrement parce qu'un (jour) que vous n'estiez pas au logis À Dijon , elle me fit bien des faveurs, et me permit de la bayser d'un bayser d'innocence. Ay-je donc pas bien rayson de prier N. S^ qu'il la rende aggreable à sa bonté. Je vous ay escritque vous fussiez commère de M. de Chapelle. Pour les conditions que je désire en vostre obeyssance, elles sont toutes en une, car je n'y désire que la simplicité, laquelle fait acquiescer doucement le cœur, au commandement, et fait qu'on s'estime bien-heureux d'obeyr mesme es choses respugnantes, et plus en celles-là qu'en nulle autre. AlaS... Je trouve bon vostre conseil de n'aller pas en Bourgogne qu'avec grande apparence de profitter. Je le feray, ^uoyque M... nostre sœur Brulart me die, laquelle, comme je -croy, ne tient pas que mon voyage fust inutile, parce que en particulier quelques âmes me pourroient employer à leur service; mais ce n'est pas cela que je prêtons. Nous penserons pendant le •Caresme, et je luy escriray à cœur clair mon intention et prétention sur mon voyage.

Vous me faites grand playsir, je dy très-grand, de m'exhorter ^ l'humihté ; non pas parce qu'il ne me manque que ceste vertulà, mais parce que c'est la première et le fondement des autres. Tousjours, quand vostre cœur vous le dira, recommandez-moy les vertus. Je vous entons bien en la manière que vous me le •dites, avec laquelle vous vous mettez à l'adventure, en faysant les actions que vous ne recognoissez pas du tout bien. Je l'approuve, *car vrayement elle est bonne, et si, j'en fay de mesme. Il faut, .pendant que je m'en ressouviens, queje vousdefiFendece mot de

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sainct. quand vous escrivez : car, ma fille, je suis plus Taint que saiocl; aussi la canouizalion ne qous appartient pas : à peu que pour cela je ne retinsse la leltre de M. de Charmoysi; mais la consolation qui luy en pouvoit revenir m'en empescha.

Je voudrois avoir un cachet comme le vostre; nous n'avons pas icy qui les face : s'il n'y a pas beaucoup d'incommodité envoyez m'en un. A la 6... Je presse M. de Sausea pour sçavoir qu'il a fait des lettres que je vous escrivois en response de celles qu'il m'apporta. Je vous escrivois une grande lettre et avec liberté, car il m'avoit dit qu'il envoyoit son homme exprès pour le procez.

Escrivez quand vous pourrez à M. de Charmoysi, cela luy proQttera, et escrivez-Iuy de cœur tout hardyement. Les deux poincts que je vous dis en la chappelle de Sales pour la pureté du cœur, sont d'esviterle péché, et de ne point y laisser entrer aucune affection formée qui ne tende à l'honneur et amour de Dieu. Est-ce pas cela, ma fille? Demeurez en paix. Amen. Je n'escris poinct à vos dames de Dijon, ny à M. de Crespy, oy à ses filles, ce sera un de ces jours que je vous escriray à toutes quand vous y serez. .. ViveJesus!

j'aurois grande envie de vous dire un mot de l'amour de la volonté de Dieu ; car je m'apperçois que vous en faites l'exercice en l'orayson, et ce n'est pas cela que je voulois dire; car il ne faut point vous assubjettir en icelle (j'entends à l'orayson) à aucun poinct ordinaire : mais en vous promenant seule ou ailleurs, jettezl'œil sur la volonté générale de Dieu, par laquelle il veut toutes les œuvres de sa miséricorde et de sa justice, au ciel, en terre, sous terre; et, avec une profonde humilité, appreuvez, louez, puis ayraez ceste volonté souveraine, toute saincte, toute équitable, toule belle.

Jetez l'œil sur la volonté de Dieu spéciale, par laquelle il ayme les siens, et fait en eux des œuvres diverses de consolation et de Iribulation ; et cela il le faut un peu mascher, considérant la variété des consolations, mais surtout des Iribulations que les bons souffrent; puis, avec grande humilité, appreuvez, louez et aymez toule ceste volonté.

Considérez ceste volonté en vostre particulière personne, et en tout ce qui vous arrive de bien et de mal , et qui peut vous arriver, hors le péché ; puis appreuvez, loiiez et aymez tout celai protestant de vouloir à jamais honnorer, chérir, adorer ceste souveraine volonté; exposant à sa mercy etUiy donnant vostre personne et celle de tous les vostres, et j'en suis. Enfin, concluez

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par une grande confiance en ceste volonté, qu'elle fera tout bien pour nous et pour nostre bonheur.

J'ay presque dit ce qu'il faut : mais j'adjoute qu'ayant fait deux ou trois fois cest exercice en ceste façon, vous pourrez raccourcir, le diversifier et accommoder comme vous le trouverez mieux ; car il le faut souvent ficher au cœur par manière d'eslancemens. Il me semble que la dévotion s'accroist un peu, et que Nostre Seigneur dispose la place à l'exercice d'une petite trouppô de chetives femmelettes, qui se retireront. Dieu aydant, un jour en ces quartiers. Vous sçavez ce que je dy. Or à Dieu , ma fille tres-chere et fres-aymée ; à Dieu soyons-nous à jamais. Je suis en luy uniquement vostre. Vive Jésus ! Amen.

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