François de Sales y à Madame de Chantai
n luy recommande de mesnager sa santé, et de ne pas s'atténuer par de trop grandes yellles, affin de pouvoir subvenir à tous les exercices. — Il ne veut pas qu'elle soit poinctilleuse dans sa dévotion , ny trop sensible aux tentations. — Il luy conseille de s'ouvrir à son confesseur ordinaire sur ses peines d'esprit et sur leurs desseins communs.
5 febvrier 1608.
Hyer seulement je vous escrivis, ma chère fille, par la voye de Lyon ; et maintenant voyci arriver l'homme de M. de Saincte- Claire, qui m'apporte vostre lettre du 24 janvier, à laquelle je vay briefvement respondre ; et , si je puis , je respondray encore à quelqu'une des autres.
Je commence par vostre coucher et lever matin. Pourquoy faites-vous cela, ma chère fille? Non certes, il ne faut pas accabler l'esprit à force de travailler le corps. S. François le disoit à ses disciples. Je fay cela, il est vray, mais c'est par une vive force : autrement je dors fort bien ce qui m'est nécessaire, et je veux que vous en fassiez de mesme. La lettre cy-joincte vous fut escrite à la my-nuict; mais il y avoit long-tems que je n'avois tant veillé. Il ne faut pas pour peu de chose se detracquer comme cela, notamment les femmes; car après on ne vaut rien tout le long du jour.
Hé bien, ma chère fille, vous avez eu vostre esprit tout entortillé ces deux ou trois jours premiers de Caresme. Tout cela ne m'estonne nullement : car vous avez un esprit si douillet et si jaloux de ce que vous avez en resolution, que tout ce qui le touche à byais contraire vous est si sensible que rien plus : et je vous ay dit mille fois qu'il ne faut pas, ma chère fille, aller si poinctilleusement en nostre besongne.
Helas! ma flUe, vous diray-je ce qui m'est advenu ces jours passez? Jamais de ma vie je n'avois eu un seul ressentiment de tentation contraire à ma perfection. L'autre jour, sans y penser, il m'en tomba une dans l'esprit, non point de désirer que je ne fusse pas d'église, car cela eust esté trop grossier; mais parce qu'un peu auparavant , parlant avec des personnes de confiance (et vrayement je pense que ce fut nostre Groisy) , je dys que si j'estois encore en l'indifférence, et que je fusse héritier d'un duché, je choysirois neantmoins Testât ecclésiastique, tant je i'aymois, il m'arrivaun desbaten l'ame, que si, que non, qui dura quelque tems. Je le voyois, ce me semble, là-bas, bien bas, au fin fond de la partie inférieure de l'ame , qui s'enfloit comme un crapaud. Je m'en mocquay, et ne voulus pas seulement penser si j'y pensois : il alla tost en fumée, et je ne le vis plus. La vérité est que je cuiday (1) m'en importuner, et j'eusse tout gasté : mais enfin je pensay en moy-mesme que je ne meritois pas d'avoir une si haute paix que l'ennemy n'osast pas regarder de loing mes murailles.
Mon Dieu! ma fille, je voudrois que vous eussiez la peau du cœur un peu plus dure, affin que vous ne laissassiez pas de dormir pour les puces. Quand les tentations vous viendront à gauche, je ne m'en mettray pas en peine; car elles sont trop grossières. Ces importunitez ne sont pas pour tousjours, mais pour Testât présent de vos affaires ; c'est pourquoy je vous ay dit qu'il falloit avoir patience. Oh! pour cela, nous avons de quoy nous bravement deffendre , et en bataille rangée.
Mais quand elles vous viendront à droicte, alors je ne vous sçauray que dire, sinon : Croyez-moy, ma fille, reposez- vous sur mon ame pour ce regard. J'ay bien des raysons , à mon advis irréprochables : mais pour ces choses-là on ne peut ny doit entrer en dispute; il faut que cela se demesle avec des considérations tranquilles et en repos, tout à Tayse et de cœur à cœur.
Or sus , je parle trop de cecy : car, puisque vous demeurez ferme en nos resolutions, je ne devois vous dire, sinon : Demeurez en paix, ma fille; tout cela n'est rien. La foy, Tesperance, la charité, pièces immobiles de nostre cœur, sont bien subjettes au vent, quoyque non pas à Tesbranlement : comment voulons-nous que nos resolutions en soient exemptes? Vous estes admirable, ma fille, si vous ne vous contentez pas que nostre
(1) Pensais.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 335
arbre demeure bien et profondement planté, mais que vous vouliez encore que pas une feuille ne soit agitée !
Usez fort de diversion en semblables occasions, par des actes positifs d'amour en Dieu et de confiance en sa grâce. Apres tout cela ne craignez pas, pour ces bagatelles, de contrevenir à nos resolutions , ny à la confiance et repos que vous devez prendre en icelles et en moy. Ce sont des craintes sans subjet; car si l'ange de Satan, soufflettant S. Paul par tant d'agitations des pensées deshonnestes, ne sçeut neantmoins offenser sa pureté, pourquoy tiendrons-nous nos resolutions offensées par ces mouvemens d'esprit?
Au demeurant, vous avez choysi un confesseur bon, prudent et docte : dites-luy hardyment nos resolutions, telles qu'elles sont, affin de bien alléger vostre esprit par ses advis; car je ne doubte nullement qu'il n'y bougera rien, mais vous y confortera. Je les dis au Père recteur de Chamberi, sans rien nommer; il m'y conforta : je les dis à un autre grave ecclésiastique; il m'y conforta : je les ay dites mille fois à Dieu, mais helasi non pas si reveremment que je devois; et tousjours il m'y a conforté. Expliquez donc bien vostre fait à vostre confesseur le Père Gentil. Dites-luy les considérations qui font différer la sortie, et puis celles que j'ay faites pour le genre de vie après la sortie; mais , oultre cela , ce sera sans doubte la plus grande gloire de Dieu, pour des raysons que je ne puis dire : et vous verrez qu'il dira que nos resolutions sont resolutions faites de la main de Dieu; pour moy je n'en doubte nullement.
Mais cependant que j'escris sans mesure sur ce subjet, il me vient un scrupule que j'en die trop. Non, ma fille, ne philosophez point sur tout cecy : car je ne l'escris pas à «este intention^ ny pour crainte que j'aye que le cœur vous faille ; non, nulle^ ment : c'est simplement affin que, l'ayant proposé au Père Gentil, vous puissiez, non point fortifier ces résolutions, car je les tiens invariables, mais vous y consoler, et moy aAissi. Mon Dieul c'est assez.
J'ai veu, en la lettre que M. m'a apportée, que vous avez parié franchement et librement à vostre confesseur, dont je loue Dieu, et qu'il s'est conformé à nos opinions. Nostre Seigneur soit tousjours avec vous, ma fille; je suis d'une affection incomparable tout vostre en luy et par luy. Amen.
CDXXXVIl.
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
ï\ lay parla d'une aourBlIe convartla. et loy envole an eœrclee do plet& Prufonile hutnllltâ du Salncb.
ARninillj,lo3inarsiaOB.
Je VOUS ay escrit il n'y ajustement que six heures, par l'homme qui rameyne le cheval sur lequel Thibaut est venu : maintenant encore quatre mots et le tout saus avoir receu vos lettres, lesquelles neantmoins je lis lousjoiirs avec tant d'avidité la première fois, qu'il ne m'en demeure qu'une générale consolation sans sçavoir presque ce que j'ay leu. Il n'y a pas moyen maintenant, car il est bien tard, et je ppesche demain malin. Tandis qu'on allumoitla chandelle, j'ay demandé à Thibaut de vostre sauté; il m'a dit qu'elle estoit bonne, cela m'a un peu arresté; car j'estois en peyne sur ce mal sensible mais non dangereux avec lequel vous m'avez escrit la dernière lettre. Et cependant, voyez-vous, quand vous m'escrirez, dites-moy bien tousjours de vostre santé, 11 m'a dit que nostre Marie-Aymée et tres-ayraée estoit auprès de vous, car je le luy ay demandé; mais il m'a dit que vous la mettiez fort au monde, sans que je le luy demandasse, Sçavez-vous, ne la nous faites pas aussi si brave, qu'elle nous desdaigue pour cela. Si j'estois près de vous , je confesse que je voudrois bien estre préféré à la mettre à la communion , car c'est un coup mémorable pour une ame destinée au hieu comme celle-là. Mais encore ne faut-d pas que mon ambition la prive de ceste céleste viande pour ses Pasques. Or je suis doncq bien d'advis que vous la fassiez communier. Et ce bon Dieu la veuUle prendre pour sa bien-aymée, et luy donner le ressentiment de son amour pour cela. Non plus, ma chère fille, car je nepuisplus. Danstroisjoursouquatre, nos chanoines envoyentà Dijon ; il faudra que lors j'y aille, et peut-estre auray*je plus de loysir. Alors je vous diray que mes chanoines font merveilles à faire des exhortations et à gaigner nos jeunes demoiselles, pour
la dévotion, grand la conformité de l'aage y sert. Mais,
sçavez-vous. tout cela va par ordre, et n'y a rien à craindre, sinon parce quetoutce tient à raoy qui suis un grand misérable; mais ne vous effarouchez pas pour cela à dire : Mais que dois-je doncq estre, moy? car, ma fille , je ne sçay comme je suis fait; encore que je me sens misérable, je ne m'en trouble point, et quelquesfois j'en suis joyeux, pensant que je suis une vraye bonne
LE FONDATEUR d'oRDRE. 337
besongae pour la miséricorde de Dieu, à laquelle je vous recommande sans cessé : ouy, ma chère fille , c'est l'action continuelle de mon cœur. Je vous veux envoyer un exercice que j'ay dressé et fait prattiquer à Madame de Charmoysi, car je voudrois que je ne fisse rien sans que vous le sçeussiez. Je le dressay à intention de luy faire raffraischir ses bons propos, auxquels certes elle avoit fort constamment persévéré. C'est une bonne ame, et admirable à ne se point empresser. Elle ne m'avoit jamais escrit de son ame que ces jours passez. Elle ne cesse de demander quand vous viendrez, et se fait accroire qu'il faut que ce soit pour toute ceste année. Oh ! Dieu sçayt comme mon cœur le desireroit ardemment, si je ne pensois que la volonté divine veut de nous un peu de patience. Mais espérons tousjours beaucoup. A Dieu , ma fille , ma tres-chere fille.
Je ne dy pas cela pour la loiier, car j'ayme bien que l'on m'escrive et très-souvent; et si, j'ayme mieux voir un peu d'empressement que de ne voir jamais point de lettres, en des absences de trois et quatre mois : je dy cecy affin que vous ne pensassiez pas, pour n'estre pas empressée, qu'il faille ne m'escrire pas leplus souvent que vous pourriez. Si, ma fille, escrivez tousjours.
CDXXXVIII.
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
C'est nu grand bon-heur de se tenir humble au pied de la Croix.
Rnmilly. 20 mars 1608.
Ma chère fille, tenons-nous, je vous supplie, tout au bas bout de la croix; trop heureux si quelque goutte de ce bausme qui distille de toutes parts tombe dedans nostre cœur, et si nous pouvons recueillir de ces basses herbettes qui naissent là autour.
Oh! je voudrois bien, ma tres-chere fille, vous entretenir un peu sur la grandeur de ce beny sainct (1) que nostre cœur ayme , parce qu'il a nourry l'amour de nostre cœur et le cœur de nostre amour, sur ces parolles : Seigneur, faites bien aux bons et aux droicts de cœur (Ps. 124).
0 vray Dieu ! dis-je, qu'il falloit que ce sainct fust bon et droict de cœur^ puisque Nostre Seigneur luy a fait tant de bien , luy ayant donné la Mère et le Fils! Car, ayant ces deux gages, il pouvoit faire envie aux anges , et deffier le ciel tout ensemble d'a-
(1) s. Joseph.
VU
j voir plus de bien que luy; car, qu'y a-t-il entre les anges de com- [ parable àla Reyne des anges, et en Dieu plus que Dieu?
Bonsoir, ma toute chère fille, je supplie ce grand sainct, quia si souvent dorloté nostre Sauveur, et qui l'a si souvent bercé, qu'il vous fasse les caresses intérieures qui sont requises à l'advancement de vostre amour envers ce Rédempteur, etqu'il vous impetre abondance de paix intérieure, vous donnant mille bénédictions. Vive Jésus, vive Marie, et encore le grand S. Joieph qui a tant nourry nostre vie!
Adieu, ma fille; la veufve de Naïm m'appelle aux funérailles
de son cher fils. Ce n'est pas que sur ce subjet je ne pense à ce
\ que vous m'escrivez du vostre. A Dteu soyons-nous sans fin, sans
I reserve, sans mesure! Jésus soit nostre couronne! Marie soit
[ nostre miel! Je suis, au uom du Fils et de la Mère, vostre, etc.
CDXXXIX.
S. François de Sales, à Madame de Chantai ( f ),
tmbruiaer la religloa praleQdiis rafonnéa.
C'est encore vlstement que je vous escris à ceste heure, ma [èhere fille, que j'ayme tendrement et incomparablement en Nostre Seigneur. J'ayveu vos deux lettres, du 24 may et 8 juin, 1 toutes deux je vois le grand désir de vostre retraitte et ' tranquillité. J'en ay un, je pense, bien aussi fort, mais il faut attendre que Dieu veuille. Je dy qu'il faut l'attendre bien doucement et amoureusement; je veux dire qu'il faut aymer ceste ■■attente , puisque Dieu la veut.
J'attens que l'on m'assigne le tems auquel je devray aller au
komté de Bourgogne pour consacrer M. l'evesque de Lausanne;
r un gentil-homme qui manye ceste aff'aire m'a asseuré que j'y
ifieray appelle, et cela estant, de delà j'iray infailliblement vers
I vous , et verray le reste des alliez de delà chacun chez soy, sinon
)eul-estre ceux de Dijon, oii je nepourray peut-estre pas aller,
de peur de m'engager dans un lieu d'où je ne pourrois pas sortir
sitost qu'il seroit requis , sans laisser beaucoup de mes affaires ;
mais nous y penserons, et si je ne suis pas appelle à ce sacre, je
1,1) Celle lettre a été publiée pour la pismiÈre fois intégralement par M. Bnnb'Pett;, 1 qui la sciencQ chrétienne est ni grsniRmenl redevable.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 339
treuveray quelqu'autre expédient. H y er nous en parlions, mon frère de Croysiet moy ; car, comme vous desirez, il sera de la partie. J'espère que Dieu nous fera la grâce de treuver M. vostre beau-pere plein de vie, et ce me sera une consolation incredible de le pouvoir entretenir. Je m'imagine que je le gouverneray paysiblement , nonobstant la disparité de nos aages ; car beaucoup de bons vieillards m'ont aymé. Je Thonnore de tout mon cœur, et ce jourd'huy je m'en vay luy appliquer le tres-sainct sacrifice de l'autel, où j'auray particulière mémoire de nos filles, que je chéris tendrement.
Quant à vous, je sçay bien que vous avez nom Jeanne, et que, toute ceste octave, vous pensez que je vous recommande à ce glorieux Précurseur. Vrayement, l'autre joiir (ce fut samedy), je faysois Torayson sur la grandeur de l'amour que Nostjpç-Dame nous porte': entre autres choses, il me vint en l'esprit ce qui est dit de Bala, servante de Rachel, qu'elle enfantoit ses enfans sur les genoux dans le giron de sa dame, et les enfans n'estoient plus siens , mais de Rachel sa dame ; et me serabloitque si nous mettions par une juste confiance nos cœurs et nos affections sur les genoux et dans le giron de Nostre- Dame, ils ne seroient plus uostres, mais à elle. Cela me consoloit beaucoup. A la fin je me mis à luy remettre, non-seulement les enfans de mon cœur, mais aussi le cœur de mes enfans, et mes enfans de cœur. Pensez, ma chère fille, si vous estes du nombre, et en quel rang je vous y mettois. 0 Dieu! j'avois une certaine chaude suavité à vous colloquer dçins ce giron sacré et dire à Nostre-Dame : Voilà vostre fille, de laquelle le cœur vous est entièrement voiié. Je ne seaurois pas dire ce que mon cœur disoit; car, comme vous sçavez, les cœurs ont un langage secret que nul n*entend qu'eux. Il m'est venu de vous dire cela, je vous Tay dit.
Je demanday voirement à Jean si nostre chère Marie bienaymée portoit le mousle, mais je n'y entendois nul mal. Car vous sçavez bien que j'ayme les testes bien mouslées, et si ceste petite teste est mouslée par la vostre, je l'en cheriray davantage. Que voulez-vous ? il faut bien que les filles soient un petit jolies.
Le Père de Monchi vous fut envoyé tout ainsi que je vous esciîivis , c'est-à-dire Thibaut luy parla d'aller servir vostre chappelle, et puis ils m'en parlèrent, et me ressouvenant que vous aviez peyne d'en treuver, je consentis qu'il allast, et vous escrivis. Je veux dire que vous ne permettiez point que M. vostre beau-p€ire en soit importuné, s'il n'est ipas à propos pour ce ser-
3i0 LETTRES.
vice là. Je luy escria qu'il oste hardymeDt cest habit et qu'il prenne un habit de Pere séculier, puisque Nostre Sei^eur n'a paa voulu qu'il demeurast en lieu où cest habit fust convenable. Il est admirable en ces affections auxquelles , comme vous voyez, il s'abandonne totalement, et n'est importun qu'à force d'affectionner. Au demeurant, il est fort désireux de servir Dieu. Il a pourtant bien un peu tort de vouloir exhorter, car il n'eu a pas le talent, ce me semble. Mais il ny a remède, il faut supporter un peu d'indiscrétion en son zèle. Je ne laisseray pas de luy en escrire. Je ne sçaurois me courroucer avec ceux qui vont simplement.
Le frère Mathieu fera bien de s'en aller. Je ne me ressouvins pas de vous escrire que ce bon Pere a une certaine inclination aux exorcismes, laquelle ne me plaist point. Car il est trop simple et crédule pour cela; si par fortune il s'en vouloit mesler, ou mesme qu'il parlast beaucoup de ce subjet-là, dites luy que je vous ay deffendu de vous entretenir de ces choses-là et de vous en mesler, ny personne qui soit avec vous. Car ce sont des discours auxquels il s'engage plus avant qu'il ne faut. Le bonhomme ra'escrit que je luy die s'il fera la vie active ou contemplative, ou toutes deux. Vous voyez bien s'il est simple, je luy escris qu'il fasse la vie douce et dévote. Il est fort entendu aux cas de conscience pour le peu de doctrine qu'il a. Mais , parce qu'il n'a pas le discernement si délicat qu'il seroit requis, ne vous amusez point à ses advis. Vous pourrez donc vous confesser à luy, et les autres, et tous. Quant aux cantiques , je vous asseure que je n'ay pas tant de loysir que d'en faire ; il m'en a veu peutestre de ceux de M. de Laneuville et il a pensé que ce fussent des miens. Je vous ay desjàescrit que vous pouviez accommoder les corporaux après que le prestre les aura lavez en deux eaux, et qu'il n'est pas besoin de les rebenir pour s'en servir après. Il ne faut pas que les femmes ny les filles ministrent à l'autel , mais elles peuvent bien respondre , c'est-à-dire elles ne doivent pas ny prendre le livre ny donner les burettes. Je vous avois desjà bien escrit cecy, je ne sçay comme vous n'avez pas receu les lettres.
J'ay fait ces jours passés une bonne course à Thonon, pour recevoir des habiles hommes ecclésiastiques (1), qui s'estoient
(1) C'étaient deux prêtres, dont le premier nommé Claude Boncard, savant théologien , avait enseigné publiquement la philosophie et les mathématiques à Lausanne ; et Tautre appelé Pierre Gillette. Ils publièrent eux-mêmes , sur Thistoire de leur conversion , on pe!it livre imprimé à Thonon, et qui a pour titre:
LE FONDATEUR d' ORDRE. 34 J
mis entre les huguenots par desbauche. Helas! quelle cheute avoient-ils faite ! Ce m'a esté une grande consolation de les voir revenir entre les bras de TEglise, avec grande violence qu'ils se sont faite pour cela. Helas ! ils estoient religieux , et l'un estoit jésuite. La jeunesse, la vaine gloire et la chair les avoient emportez en ces abysmes contre leur propre conscience. Le jésuite surtout, me racontant sa cheute, faysoit grand'pityé, et d'autant plus de joye de sa constance à revenir.
0 Dieu! quelle grâce ay-je receue, d'avoir esté tant de tems, et si jeune, et si chetif, parmy les hérétiques, et si souvent invité par les mesmes amorces, sans que jamais mon cœur ayt seulement voulu regarder ces infortunez et mal-heureux objects! Beniste soit la main débonnaire de mon Dieu, qui m'a tenu ferme dans ses enclos.
Le bon curé deThonon, duquel vous me parlez, me demanda de vostre santé, et vous honnore d'un honneur particulier. A mon retour je vis ma mère et fus deux jours avec elle, et de trois mots les deux furent de vous et de nostre chère Aymée. Ma sœur de Mayrens me fît promettre de vous saluer de sa part, et hyer nos Dames , et spécialement la bonne Madame Délalée. Quant à Madame de Charmoysi, il ne faut pas dire combien elle vous ayme affectueusement. Elle chemine fort bien , et advance de bien en mieux. Je la vois souvent auprès de vous , mais non pas si souvent que je voudrois parce que je n'en ay pas la commodité pour le faire à propos. C'est hors de confession que je parle; car en confession je la vois tous les huict jours pendant l'absence de son mary. Je vous ay escrit par M. de... mais tousjours en presse.
A Dieu, matres-cherefille;àDieu soyons-nous entièrement et éternellement. Je vous ay appliqué plusieurs messes ces jours passez. 0 Dieu ! ma fille , que ce cœur est vostre , puisque Dieu l'a voulu et le veut ! Qu'à jamais son nom soit beny ! Amén,
'Déclaration de la profession de foi de Pierre Gillette, prêtre de Nice en Provence, avec les raisons qui Vont rappelé à l'Église romaine. Leur abjuration se fit dans Téglise de la sainte maison de Thonon, entre les mains du saint évéque, le dimanche 15 juin 1608, et le même jour ils envoyèrent le livre susdit à la république de Berne.
s. François de Sales, à Madame de Chantai.
A Mcnl-Ccitls . le U umst 1C0S.
Hors voyez à vos portes, ma chere fille, parce que Thibaut m'a dit qu'avec beaucoup d'alTection vous vouliez eslre advertie un peu devant nostre arrivée, j'ay voulu vous aggreer et pour cela je l'ay fait partir trois heures avant nous. Or si, ma chere Qlle, vous l'avois-je pas escrit , que je serois environ la feste du grand sainct Louys? Je vous porte mon esprit plein de desyr de servir le vostre et faire tout le bien que nous pouvons faire. Environ les trois heures je vous verray, Dieu aydant; car en passant, je veux bayser les mains de Monsieur vostre bon evesque, et voir nos Capucins, l'église cathédrale et ce qu'il faut que je voye en vostre Autun, affin que je ne sois pas contrainct d'y retourner. Dieu soit tousjours avec nous, ma chere fille^ c'est luy qui me rend si uniquement, voslre — Fr. E.
CDXLI.
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
11 lu/ talL part de la rlascouverte qu'il aïoH fnito d'une pauyre paj-aanuB blan pleoso, rmr aenlr les raUgfeusn de eoa inglltuL
eg Mptaoïbre 1608.
Ma fille, il faut que je vous die que dimanche dernier je fus tres-consolé. Une paysanne de naissance , tres-noble de cœur et de désir, me pria , après l'avoir confessée , de la faire servir les religieuses que je voulois establir. Je m'enquis d'où elle sçavoit une nouvelle encore toute cachée en Dieu. De personne, me respondit-elle; mais je vous dy ce que je pense. 0 Dieu , dis-je en moy-mesme , avez-vous donc révélé vostre secret à ceste pauvre servante? Son discours me coQsola beaucoup, et j'iray tant qu'il me sera possible encourageant et sousteoant ceste fille, la croyaut autant pieuse et studieuse qu'il est requis pour servir en nostre petit commencement.
Geste bonne servante prétendue me demande souvent quand Madame viendra. Voyez-vous, ma fille, vostre venue luy est bieo à cœur, parce qu'elle espère de servir bien Dieu en vostre personne, et en celle des filles et femmes qui seront si heureuses que de vous suivre en la petite, mais saincteetaymable retraitte que nous méditons.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 343
CDXLIL
• S. François de Sales, à Madame la baronne de Chantai,
à Monthelon.
Bespoqse sar trois desin que luy avoit manifestez la baronne de Chantai . — Sentimens du Sainct sur diverses plaintes que luy ayolt faites le Père Yalladier.
Annessy, 29 septembre 4608.
Jésus, es entrailles duquel mon ame chérit uniquement la vostre, soit à jamais nostre consolation, ma fille. J'ay plusieurs choses sur le cœur pour vous dire , je ne sçay si je les pourray mettre sur le papier, car j'ay grandement pensé en vous tout le long de mon retour, je dy grandement. Vos trois désirs pour la vie mortelle ne me desplaysent point, car ils sont justes, pourveu qu'ils ne soient pas plus grans que leurs objects méritent. C'est bien fait sans doubte de désirer la vie à celuy que Dieu vous a donné pour conduire la vostre.
Mais, ma fille, ma bien-aymée, Dieu a cent moyens , je veux dire infinis moyens pour vous guider sans cela. C'est luy qui vous conduict comme une brebis. Ah! je vous prie, tenez bien vostre cœur en haut, attachez-le indissolublement à la souveraine volonté de ce tres-bon cœur paternel de nostre Dieu. Qu'à jamais il soit obey et souverainement obey par nos âmes! J'auray pourtant seing de moy selon que je vous l'ay promis, et plus pour cela sans doubte que pour inclination que j'aye à ceste sorte d'attention , car je croy bien que Dieu veut que je vueille quelque chose pour l'amour de vous. Or, Dieu fasse de moy selon son gré.
Ma fille, tandis que Dieu voudra que vous soyez au monde, pour l'amour de luy-mesme, demeurez-y volontiers et gayement. Plusieurs sortent du monde, qui ne sortent pour cela pas d'eux-mesmes , cherchant par ceste sortie leurs gousts, leur repos, leurs contentemens, et ceux-cy s'empressent merveilleusement après ceste sortie, car l'amour-propre qui les pousse, est un amour turbulent, violent et desreglé. Ma fille, je dy, ma vraye fille, ne soyons point de ceux-là, sortons du monde pour servir Dieu, pour suivre Dieu. Et en ceste sorte, tandis que Dieu voudra que nous le servions , suivions et aymions au monde, nous y demeurerons de bon cœur; car puisque ce n'est que ce sainct service que nous desirons, où que nous le fassions, nous nous contenterons.
Demeurez en paix, ma fille, faites bien ce pourquoy vous
restez au mnnde, faites-le de bon cœur, et croyez que Dieu vous en saura meilleur gré que décent sorties faites par vos tre propre ' volonté et amour- Mais faut-il pas que je vous die cecy, puisque j'en ay esté lODsolé. Je rencontray à Chasions M. André Valladier, c'est ce jrand prédicateur qui prescha après moy estant jésuite. Or, il me fit mille sortes d'honneurs el de caresses, et me dit mille l choses diverses. Entre autres choses , il me dit que sainctc Fran- [ çoise nouvellement canonisée (I) avoit esté une des plus grandes f eainctes qu'il soit possible d'imaginer, et qu'il avoit luy-mesme I escrit sa vie en latin par le commandement du Pape, et qu'if alloit à Paris pour la faire imprimer; et m'enquerant des particutaritez de ceste vie, il me dit qu'elle avoit esté quarante ans maryée, et qu'en sa vuiduité elle avoit érigé une congrégation de veufves qui demeurent ensemble en une mayson, dans laquelle elles observent une vie religieuse, et personne n'entre en icelie que pour grande cause; elles neantmoins sortent pour servir les pauvres et les malades, en quoygist leur plus particulier exercice, et que ceste mayson rend un fruict et un exemple bien j grand à Rome. Vous ouystes ce que M. Blondeau dit de Paris. 1 Vive Dieu! ma fille, et qu'à jamais il règne dans nos cœurs. I Je n'avois rien sçeu de tout cela quand je vous parlois à. Dijon et à nos bonnes veufves. C'est le Sainct-Esprit sans doubte qui ,■ donne ses mouvemens conformes en divers endroicts de son [ 'Eglise. Prions Dieu, humilions-nous, attendons en patience el [ nous serons consolez.
Ce bon personnage me dit bien d'autres choses qui ne me fu.-
rent pas si aggreables , car il parloit avec grande véhémence de
1 sortie, et, comme vous sçavez, j'ay grande adversion des es-
1 prits troubles. Il me dit que les impertinentes procedeures de ce
I religieux, duquel nous pariasmes en carosse, et duquel vous
aviez parlé à M. de La Curne, estoient venues aux aureilles du
cardinal de Givry et de l'inquisition de Rome; je fus marry de
quoy il m'en parla comme d'uoe chose que je sçavois, quoyque
je n'en fisse nu! semblant. Je crains d'un costé que cela ne s'es-
vente, carce seroit un grand scandale et appresleroitbeaucoup
à dire aux mondains. D'autre part, je voudrois bien que ce mal
fust reprimé, de peur qu'il ne se glisse en d'autres. Il me dit
(1) Sainte Frani;aise Romsiiie dont la proiiigietiBe vie a beaucoop de rapport avec cette de Eainte Chantai : elle mourut le 9 mara 1140, et ne Tut canonisée I que par Paul V.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 345
que le Pere duquel vous me montrastes la vostre à Beausne, faysoit presque aussi mal; cela me despleut infiniment. Si je vay où il est, je m'essayeray de luy en parler.
Tout cela, ma chère fille , me fait désirer que mes sœurs, mes filles, ne s'abandonnent gueres à nulle sorte de grande confiance qu'en la seule confession. Car, mon Dieu, voilà pas des grans dangers! Ah! je veux croire qu'il n'y a pas tant de mal, mais il y en a encore moins d'estre bien discret. Je diray volontiers à ceux qui se meslent des âmes, comme S. Bernard à ses novices: Je ne veux potir cela que des âmes, et que les corps 7ie s'en ?neslent point. Or j'ay dit tout cela parce qu'il m'est ainsi venUy et avec une ame que je cognois, et en laquelle j'ay rayson d'avoir confiance absolue. Servez-vous des advis de tous quand il en sera besoin, mais ayez peu de confiance es hommes, quoyqu'ils semblent des anges; je veux dire par des confiances grandes et entières. Or cecy soit dit entre nous deux.
Revenons à vostre troisiesme désir :
Il est bon aussi; mais, mon Dieu, ma fille, il ne mérite pas qu'on s'y aflectionne : recommandons-le à Dieu, faysons tout bellement ce qui se peut pour le faire reiissir, ainsi que je feray de mon costé; mais au bout de là si , l'œil de Dieu, qui pénètre Tadvenir, voyant que cela ne reviendroit pas peut-estre ny à sa gloire, ny à nos intentions, sa divine Majesté ordonne autrement, il ne faut pas, ma fille, pour cela en perdre le sommeil d'une seule heure. Le monde parlera; que dira-t-on? Tout cela n'est rien pour ceux qui ne voyent le monde que pour le mespriser, et qui ne regardent le tems que pour viser à l'éternité. Je m'essayeray de tenir l'affaire lyée, en sorte que nous la puissions voir achevée, car vous ne la desirez pas plus que moy. Mais s'il ne plaist pas à Dieu, il ne me plaist pas non plus, ny à vous, car je parle de vous comme de moy.
J'ay trouvé ma pauvre bonne mère si tres-malade, à mon gré, que j'en ay esté estonné, non pas qu'elle soit ahctée, mais il semble que ce soit une latitude (1) et acheminement à une defiaillance de nature. Eh bien! nous y ferons ce qui se pourra, et Dieu fasse selon son bon playsir de nous et de tout ce qui est à nous.
Nostre livre de dévotion n'est pas encore imprimé ; quand il le sera, j'en enverray à tous ceux à qui j'en ay promis.
Nostre bon pere est venu joyeusement, et a une ame inclinée à la dévotion, mais l'embarras des affaires apporte sans doubte
(i) Lassitude (?).
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quelcpe sorte d'empescbemeot à une entière préparation qui luy fieroil nécessaire en ce déclin de sa vie. Mais elle se doit procurer tout bellement. Je luy ay proposé la lectare de certains livres propres à cela, et it l'a receue de fort bon cœur. Je luy suis tout dédié, non-seulement pour les obli^tions extérieures, mais par ÎDchnation intérieure.
J'ay pensé à vostre cher fils, et cognoissant son humeur. Je pen.se qu'il Taut avoir grand soingde son esprit, affin que maintenant il se fonne à la vertu, ou qu'au moins il ue penche pas au vice , et pour ce il le faut bien recommander au bon M. Robert, et luy faire souvent gouster le bien de la vraye sagesse par des remoQstraoces et des recommandations de ceux qui sont vertueux.
Je suis tousjours bien ayse d'avoir veu tous les enfans de ma chère fille, car vrayemeot je les ayrae comme miens en Nostre Seigneur, Demeurez en paix avec un singulier amour de ta. volonté et Providence divine. Demeurez avec nostre Sauveur crucifié, planté au milieu de vostre cœur. Je vis, il y a quelque lems, une fille qui portoit un seau d'eau sur sa teste, au milieu duquel elle avoit mis un morceau de bois; je voulois sçaroir pourquoy, et elle me dit que c'estoit pour arrester le mouvement de l'eau, de peur qu'elle ne s'espanchast. Et donc doresnavant, ce dis-je, il faut mettre la croix au milieu de nos cceors pour arrester les mouvemens de nos affections en ce bois el par ce bois, affin qu'elles ne s'espanchent ailleurs aux inqoiettudes et troublemens d'esprit. Il faut tousjours que je vous die mes petites cogitations.
A Dieu, ma chère fille , à laquelle je suis tout donné en celuy qui s'est tout donné à nous, affin qu'estant mort pour nous, nous ne vivions plus qu'à luy. J'escris au bon Monsieur le Prévost, â l'ame duquel j'ay un grand amour, parce qu'elle me semble bonne, ronde etfranche. J'escris aussi à nostre Monsieur de La Curne, et luy envoyé les escrits cy-joincts que je vous prie luy faire tenir.
Vive Jésus et Marie! Amen.
Je suis celuy que ce mesrae Jésus a rendu vostre.
Je vous escriray le plus souvent que je pourray,
P. S. J'ay ouvert les lettres de mon frère deCroysi par curiosité de sçavoir ce qu'il vous disoit, et à nostre Aymée; mais celle de Mademoiselle de Brechard , c'a esté par raesgarde la prenant pour la vostre. M, de Charmoysi vous salue et ne sçayt pas quii j'escrive.
LÏ5 FONDATEUR d'oRDRE. 347
* CDXLIII.
S\ François de Saies, à Madame de Chantai.
Reflexion sur la feste de la Dédicace , appliquée & la consécration des cœurs et des corps
à Dieu par les vœux.
Ânnessy, le 8 octobre 1608.
Nous célébrons aujourd'huy, ma chère fille, la dédicace de nostre église; mais, entre les offices, je vous viens escrire ceste lettre, pour retourner bientost à l'autel, où je veux avec de particulières affections faire action de grâces à nostre doux Sauveur, de la dédicace de nos cœurs et de nos corps, que par sa miséricorde nous luy avons faite par nos vœux. 0 que nous searons heureux, ma bonne chère fille, si nos temples ne sont point violez! Qu à jamais le Sainct-Esprit y réside, et ne permette point qu'aucune irrévérence y soit commise; que ce soient <ies maysons d'orayson et de prière, où les sacrifices de louanges, de mortification et d'amour soient immolez.
O ma fille , que mon cœur est plein de bons souhaicts pour le vostre! Vous diray-je bien ce sentiment? Dimanche je fis un sermon du Rosaire , parce que je suis de ceste confrei'ie-là il y a long-tems, et presque toute ceste villotte en est; et d'autant que je voulois faire entendre à mon cher peuple pourquoy on appeloit le chapelet couronne , je fus contrainct d'apporter le passage de sainct Paul auquel il appelle ses disciples sa couronne : Demeurez ainsi, mes tres-chers, 0 ma fille tres-chere et tresdesirée! je vous laissay en l'hospital de Beausne, pleine de désir d'aymer, d'honnorer, de servir et d'adorer la volonté de Dieu , resignant en toutes choses, grandes et petites, la vostre à la miséricorde de la sienne ; je vous laissay avec Nostre Seigneur réellement receu en vous-mesme, et cela entre les pauvres de Nostre Seigneur. Mon Dieu! ma chère et tres-singulierement chère fille, comme cela vous estes ma joye et ma couronne; et demeurez donc ainsi, ma tres-chere : demeurez de cœur et d'esprit avec nostre Sauveur, demeurez resignée à sa volonté, demeurez entre ses pauvres par affection. Et puisque sa volonté est que vous soyez encore auservire et à la conduitte de vostre famille, demeurez-y en paix avec la fidellité que vous devez à •ce sainct vouloir. Je suis celuy que Nostre Seigneur veut estre .tout vostre, et tout singulièrement vostre.