‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 75 sur 185 · VU. '^W · texte numérisé non relu

VU. '^W

I jette son espérance en Nostre Seigneur, il la tirera de ce maupassage pour la faire marcher tant plus vistementvers luy, J'escriray au P. de Monchi qu'il souffre beaucoup, car nous ne sommes point (Jeshonnorables â l'Eglise quand nous imitons Nostre Seigneur, qui a tant souffert d'ignominies pour nostre salut. Où il y va du profict spirituel, il ne faut pas craindre les opprobres, Ouy, ma fille , nostre bon Dieu nous aydera et pour la bonne commère aussi , bien qu'il faille tascher d'avoir tout ce qu'on pourra. Quand vous serez icy, nous prendrons les resolutions convenables pour commencer nostre dessein et verrons ce que diront nos ûlles de deçà. Nostre Fabre a fait merveilles, et est maintenant toute à Dieu.

Ne dites mot de Saincte-Catberine, car c'est le secret qui doit tout faire reiissir.

Je n'ay nulles nouvelles de Paris , non pas mesme si Monsieur Berulle est en vie.

Quant à ces préceptes de l'orayson que vous avez receas de la bonne M" Prieure, je ne vous en dîray rien pour le présent. Seulement je vous prie d'apprendre le plus que vous pourrez les fondemens de tout cela; car à parler clair avec vous, quoyque deux ou trois fois Testé passé, m'estant mis en la présence de Dieu, sans préparation et sans dessein, je me treuvasse extrêmement bien auprès de SaM-ajeslé, avec une seule, très-simple et continuelle affection d'un amour presque imperceptible, mais ' très-doux, si est-ce que je n'osay jamais démarcher du grand I chemin , pour réduire cela en un ordinaire. Je ne s^ay, j'ayme le \ train des saincts devanciers et des simples. Je ne dy pas que quand on a fait sa préparation et qu'en l'orayson on est attiré à I ceste sorte d'orayson il n'y faille aller, mais prendre pour me- I Ihode de ne se point préparer, cela m'est un peu dur. Comme encore de sortir tout à fait de devant Dieu sans action de grâces, I sans offrande, sans prière expresse. Tout cela peut estre utile- I ment fait; mais que cela soit une règle, je confesse que j'ayun peu de respugnance. Neantmoins, je parle simplement devant \ Nostre Seigneur et à vous , à qui je ne puis parler que purement I et candidement, je ne pense pas tant sçavoir que je ne soistres- I aysé. Je dy extrêmement tres-aysé de me démettre de mon senl tJment et suivre celuy de ceux qui en doivent par toute rayson I plus sçavoir que moy, je ne dy pas seulement de ceste bonne I mère, mais je ily d'une beaucoup moindre. Apprenez donc bien \ tout son sentiment en cela et tousses fondemens, mais tout lent pourtant et sans empressement, et en sorte qu'elle ne

LE FONDATEUR d'oRDRE. 371

cuyde pas que vous la veûilliez examiner. J'honnore ceste amelà de tout mon cœur et tout son monastère.

A Dieu , ma chère fille, jusques à se revoir bientost, moyennant Jésus, qui vive et règne à jamais en nos esprits. Amen,

CDLXI.

M. Frémiot, à S. François de Saies (1).

n luy marque sa douleur sur le despart de sa chère flUe, mais une douleujr tr^nquiUe

et pleine de résignation.

29 mai« i^iO.

Monseigneur, ce papier devroit estre marqué de plus de larmes que de lettres, puisque ma fille, eu laquelle j'avois mis la meilleure partie de ma consolation pour ce monde, et du repos de ma misérable vieillesse, ^'en va, et me laisse père sans eofans. Toutesfois, en vostre exemple, Monseigneur^ qui, à la mort de Madame vostre mère (2), avez prins une ferme et constante resolution , je me résolve et me conforme à ce qui plaist à Dieu. Puisqu'il veut avoir ma fille pour son service en ce monde , pour la conduire par ce chemin dans la gloire éternelle, je veux bien monstrer que j'ayme mieux son contentement , avec le repos de sa conscience, que mes propres affections.

Elle va donc se consacrer à Dieu; mais c'est à la charge qu'elle n'oubliera pas son père, qui Ta si chèrement et tendrement aymée. Elle emmeine deux gages, l'un desquels j'estime heureux, puisqu'il entre en vostre beniste famille ; pour l'autre , je voudrois bien qu'e'lle voulust nous le conserver. A Tesgard de son fils , j'en a^uray le seing qu'un bon père doit à ses enfans ; et , tant que Dieu aura aggreable de me laisser en ceste vallée de pleurs et de misère, je le feray eslever en tout honneur et vertu.

Je vous supplie tres-humblement , Monseigneur, de me continuer i;ousjours vos bonnes volontez, et de croire que je ne désire rien plus, après les grâces et bénédictions de ce bon Dieu, que j'implore et dont j'ay bien besoin, que d'estre conservé en vostre souvenauce, et de demeurer toute ma vie. Monseigneur, vostre, etc.

(i) G?ti^ lettriB fui; remise à M^^^^ de Ohantaî, pofur notre Saint, au moment même où la sainte Baronne quittait son vénérable père. (2) Voir la lettre précédente.

CDLXII.

s. François de Sales, à Madame de Chantai {[),

11 l'exhorte à estre entièrement unye à Dieu , et à de^ienrer en Iny.

24 avril 1610.

Il faut bien prendre courage , ma chère fille , et se tenir en santé, puisque vous voicy à la veille de vostre embarquement pour aller au havre de grâce et de consolation. J'ay bien pensé je ne sçay quoy de bon ce matin sur TEvangile courant, en ces parolles : Qui demeure en moy, et moy en luy, il porte beaucoup de fruict; car sans moy vous ne pouvez rien faire (Joan. 15). II. m'est bien advis que nous ne demeurerons plus en nousmesmes, et que, de cœur, d'intention et de confiance, nous nous logerons pour jamais dans le costé percé du Sauveur; car sans luy, non-seulement* nous ne pouvons, mais quand nous pourrions, nous ne ^i^udrions rien faire. Tout en luy, tout par luy, tout avec luy, tout pour luy, tout luy.

CDLXIII.

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