François de Sales, à Madame de Chantai
Ma tres-chere fille, je vous donne le bon jour, et peul-estre iray-je vous donner le bon soir en personne; cependant si je puis , et mesme parce que Madame Lancienne est venue , laquelle (on m'asseure) ira vers vous avec intention d'avoir plus de commoditez de me parler, bien que je voy qu'elle en aura peu, où que ce soit, à rayson de nostre synode, duquel les abors commencent demain. Bon jour, ma tres-chere fille, et priez pour moy.
CDLXXXIIL 5. François de Sales, à la MereP, M, de ChasteL
Félicitations sur sa convalescence.
lailletieil.
CouRAOE , au nom de Nostre Seigneur, ma pauvre tres-chere fille Peronne-Marie; remettons-nous du tout en vigueur, pour servir de nouveau nostre divin Maistre en saincieté et justice tous les jours de nostre vie. Tenez-vous doucement en repos en Dieu, pour reprendre vos forces de sa main, affin que, quand nostre chère Mère reviendra , elle nous treuve tous braves. Qu'auroit-elle dit , ceste bonne Mère , si, en son absence , nous eussions laissé mourir sa chère Peronne? Sans doubte son cœur eneust esté maternellement affligé. Beny soit Dieu, qui nous a visitez en sa douceur, et qui nous a consolez. Amen.
CDLXXXIV.
S, François de Sales, à Madame de Chantnlj alors en Bourgogne , pour les affaires de son fils,
n l'exhorte & ne se point troubler de la multiplicité et de la difficulté de ses affaires , mais à expédier Tune après Tautre tout doucement.
Thoooo , 10 septembre 1611.
Me voicy à Thonon depuis trois jours, ma tres-chere fille , où je vins fort heureusement, et sans ressentiment d'aucune lassitude. 0 Dieu! ma tres-chere fille, je ne sçay quel chemin j'ay fait, ou celuy de Thonon, ou celuy de Bourgogne ; mais je sçay bien que je suis plus en Bourgogne qu'icy. Ouy, ma fille, puis-
qu'il plaist ainsi à la divine Bonté, je suis inséparable de vostre ame ; et pour parler avec le Sainct-Esprit , nous n'avons meshuy plus quun cœur et qu'une ame : car ce qui est dit de tous les chrestiens de la naissante Eglise , se treuve , grâces à Dieu , maintenant entre nous. Or, demeurons donc bien ainsi en Nostre Seigneur, ma tres-aymée.
Je suis tousjours attendant des nouvelles du succez de vostre vovcLge, que je me promets avoir esté bon, mais non pas sans craindre pourtant , à cause de la foiblesse de vostre santé , et l'excessive chaleur qui a régné quelques heures de ces jours passez; mais je veux croire que ces jours-là vous aurez séjourné, et aurez employé les matinées et les soirs, qu'il a tousjours fait un peu de vent. Je prie Dieu qu'il vous conserve chèrement et sainctement comme ma propre ame.
Hé ! je vous supplie , ma tres-chere fille , tenez-vous bien à Jesus-Christ et à Nostpe-Dame, et à vostre bon ange, en toutes vos affaires, affin que la multiplicité d'icelles ne vous trouble point, que leur difficulté ne vous estonne point. Faites Fun après l'autre au mieux que vous pourrez, et employez pour cela fidellement vostre esprit, mais doucement et suavement. Si Dieu vous en donne l'issue, nous l'en bénirons; s'il ne luy plaist pas, nous l'en bénirons aussi. Et il vous suffira que tout à la bonne foy vous vous soyez essayée de réussir, puisque Nostre-Seigneur et la rayson ne requièrent pas de nous les effects et evenemens, mais nostre fidelle et franche application , employ et diligence : car cecy despend de nous, mais non pas le succez.
Dieu bénira vostre bonne intention en ce voyage, et en Tentreprinse que vous avez faite de mettre en ordre les affaires de ceste mayson-là pour vostre fils, et vous recompensera, ou par une bonne issue, ou par une saincte humiliation et résignation. Mon cœur fera cependant mille millions de bons désirs pour le vostre, comme pour soy-mesme, et ne cessera point d'implorer les prières de la tres-saincte Vierge en ce lieu , qui est tout consacré à son honneur.
Je renvoyé cejourd'huy nostre M. Michel auprès de nos filles, affin qu'elles ne demeurent pas tout à fait privées de quelqu'un en qui elles ayent confiance. J'escris à nostre sœur de Brechard une lettre pour toute, affin de leur donner courage. Ma petite sœur se porte bien ; car la vostre petite , ma cousine, me l'escrit par une fille de chambre qu'elle a envoyée icy. Ce sont toutes vos nouvelles, ma chère fille. De jour à autre je vous tiendray advertie de ce que je feray.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 391
Monsieur de Blonay depeschera sa fille pour voslre retour. Je la vis le jour de Nostre-Dame ; elle a tousjours sa bonne mine et les marques de vertueuse fille. Ce jour-là je preschay devant un grand peuple et force estrangers ; et la glorieuse Reyne du ciel m'assista, pour dire quelque chose de bon à sa gloire. Je me depescheray au plus tost en faveur de nos filles.
A Dieu, ma chère fille; à Dieu soyons-nous à jamais! que son amour soit éternellement l'unité de nostre cœur.
Je salue d'une affection extrême ma tres-chere grande fille (1), à laquelle je recommande tousjours la santé de nostre douce Mère, et luy porte bien envie, sans luy désirer la privation de ce qu'elle possède : elle vacquera cependant à rendre son cœur un peu fort et généreux contre la tendreté et délicatesse qui le tenoit à tout propos subjet au desgoust; Vous sçavez , ma fille, que nostre cœur ayme d'amour celuy deceste grande fille. Saluez-la donc amoureusement de ma part, comme je la prie de saluer de la mienne mon chère frère (2) , auquel je recommande le service de sa Mère, sa santé et sa consolation. M. de Boisy a esté un peu estonné de la chaleur; mais il se remet, Dieu mercy.
Vive Jésus et Marie! Dieu vous bénisse, ma tres-chere fille. Je suis en luy, ce que luy seul sçayt.
CDLXXXV.
S. François de Sales , à Mada?ne de Chantai.
Mesme snbJet que la précédente.
14 septembre 1611.
0 Dieu! ma tres-chere fille, si est-ce que je vous escris soigneusement à toutes les occasions. Or sus, beny soit Dieu, qui vous a fait arriver au lieu où les affaires qu'il vous avoit laissées sur les bras vous ont appelée. Ma tres-chere fille, appliquez le travail et tracas que vous y souffrirez à la gloire de la divine Majesté, pour la gloire de laquelle vous les subissez; traittezdes affaires de la terre avec les yeux fichez au ciel. Je seray tousjours présent à vostre chère ame comme vous-mesme, etjerespandray soigneusement la bénédiction des sacrifices divins sur vostre peyne, affin qu'elle vous soit douce et utile au sainct amour, pour lequel mieux prattiquer vous estes allée terminer les occasions de vos distractions. Ma chère fille, tout ce qui se
(1) La Mère Fabre. ~ (2) M. le baron de Thorens.
à TOM cyner tpe aaoa le «mboms à le deaiRr? il na taadft, IM tres-tÂne Bfe, i|De ce «E«r qnt Dîca m^ • dasBé ont oilKfDeneiil «I tacDapaiableBeal énnté et lyé à SOS DisK fM-c* oor Doknst «pu est pfats Ebrt qœhmort et qnetaat
Mon Diea! ma tre»-eber« fiQe. rempEisoiis nostie eœar es Icoorage, «t bfWMudesofTMÉadesnierTeiUespoarsoaadTaBcel'nailen ee«t amour ':«Jeste; etremarjaoasqiie Nostre S^guar t TOUS tioaae j&maîs de violeales msfnrabooâ de b {wreté bI I perfitction de riyilre cœur qa'il ne me doooe U mesme Toloolé, I ■pftnr ntiwt fAtm arrgnoisUK qu'il De faut qa'aoe iitsptrattoD d'une I iDVWte frhvte h un tn^sme cœor, et que. par l'otihé de l'îsspi- I ration , nous sçàchutta que ceste sonveraioe I^^>T>deDce vent Itfoe nonn RO^rm» uoe mesme ame, pour la poarsuitte d'usé I meAFtW! ftsuvrf-, el po«rla poreté de uostre perfeclioa.
Onu», ma tre»-chere fille, tna mère, il faut finir. C'est
onjonrd'huy l« jour de la saiDcte Croix : à Dieu ! qu'elle est beBc
et qu'elle «»t aymable! On t]onne des batatUes pour en avoir le
boi«, et on l'exalte »ur le monl du Calvaire. Ma Ires-ehere fiUe,
helfw t que bien-heureux sont ceux qui Tayment el qui la porteal I
l£lla sera plantée au ciel quand Nostre Seigneur viendra juger
uUm vivans et les rnorts. pour nous apprendre que le ciel est
■ Tautel des cnicîlioz, Aymone donc bien les croix que nous ren-
( controns en nostre chemin.
Dieu voua bcniflde en l'amour de la salncte Croix.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 395
CDLXXXVI.
S, François de Sales , à la Mère de Brechard.
II la console sur les peines et les afflictions qu'elle ressentolt de son absence et de cellede Madame de Chantai , alors en Bourgogne pour ses affaires de famille.
Septembre 1611.
Ma tres-chere fille, il faut prendre du repos, et du repos suffisamment, laisser amoureusement du travail aux autres, et ne vouloir pas avoir toutes les couronnes : le cher prochain sera tout ayse d'en avoir quelques-unes. L'ardeur du sainct amour, qui vous pousse à vouloir tout faire , vous doit aussi retenir, et laisser faire quelque chose aux autres pour leur consolation. Dieu nous sera bon, ma fille; j'espère qu'il vous menace pour ne vous point frapper, et que la chère personne de nostre Mère ira au devant de son arrivée , avec sa tres-chere lieutenante sa fille tres-aymée, que je désire qui travaille avec un esprit ardent, mais doux, fervent, mais modéré, attendant le bon succezde& maladies et affaires, non de la peine, non de son seing, mais de l'amoureuse bonté de son espoux. Qu'il la veuille bénir esternellement, avec toute la trouppe de ma tres-chere Mère absente, et qui nous est si présente au cœur, en la présence de celuy qui est l'unique tout cœur de la mère et des filles : priez-le aussi qu'ainsi soit du père, affin que tout soit sainctement esgal en vostre pauvre chère petite Visitation. Amen,
CDLXXXVII.
S. François de Sales , à M, de Saine te^Catherine.
n le prie de faire adTertir Mademoiselle de Blouay de se rendre à la Visitation.
28 novembre 1611 .
Monsieur Partat est substitué pour aller à Aix. Je vous prie de faire tenir les présentes à M. de Blonay, et luy escrire que s'il luy pkist que sa fille vienne sans attendre le retour de Madame de Chantai, elle sera la bien-venuë; ce que je dy parce que Madame de Chantai peut-estre ne viendra pas avant Noël, puisqu'elle est résolue d'achever et demesler toutes ses affaires avant que de revenir, affin de n'avoir plus subjet de distraction.
Je vous prie de faire la commission que je vous laisse, et de dire à M. de Chastillon qu'il fasse pour les recognoissances selon qu'il m'escrivoit.
39 i LETTaES.
.l'envoie à Madame d'AUemaDd un livre, selon que jeluy avoîs
promis.
Je prie Dieu qu'il vous bénisse, el me recommande à vos
prières. Voslre, elc.
CDLXXXVIII.
S. François de Sales, à Madame de Chanta/.
QcE dites-vous, ma tres-chere Mere? la messe du P. dom Simplician vous sera-t-elle suffisante? si cela n'est, je m'y en vay. Or, je suis sur le livre (1 } que j'ay lantlaissé ces jours p ses, et après disné nous avons un concours, après lequel je verray d'acheminer l'eschange des jardins. Hyer nous ne fismes rien, la partie estant remise à jeudy. Bonjour, ma tres-chere MepB, à laquelle je souhailte mille bénédictions.
S. François de Sales, à Madame de Chaulai.
Ma tres-chere sœur, ma fille, ce bon hermite, venu de la part du P. de Monchi.me dit hyer au soir que si le P. de Mon- I chi venoit, il reviendroit aussi avec luy, parce qu'il s'estoit mis ' sous son obeyssance, et il l'avoit prins pour supérieur. Cela, chère fille, me tient encore plus en opinion de différer encore un peuàle faire venir, en luy parlant neanlmoius en sorte que, s'il vouloit venir, il n'en fust pas dn tout fasché; car, pour parler entre nous deux, s'il vient sur ma paroUe, il me sommera de le si bien accommoder, que j'en auray bien de la peyne , f ce qu'il ne feroit pas s'il venoit d'autre façon. Car le bon-homme va selon son esprit, et je ne désire point de luy donner aucun j subjet de plainte; mais diles-moy vostre advis sur cela, ma tresl chère fille, à laquelle je souhaitte incessamment un parfaict k engloutissement en l'amour tres-purde Nostre Seigneur, auquel ' soit honneur et gloire. Bonjour, ma tres-chere fille, ma Sœur.
{1} Le Traite de VAmour de Dieu : celte lettre est ainsi antérieur
LE FONDATEUR d'oRDRE. 395
Nostre baron (1) a peyne de penser au retour; mais il me semble tousjours qu'il Ty faut disposer.
CDXC.
S. François de Sales , à Madame de Chantai,
La chair de J.-G. dans la saincte communion est une tablette cordiale. — Il faut conserver la patience dans les abandons sensibles de Dieu , sans aucun retour sur soy-mesme.
17 janvier 1612.
Voila M. Michel qui va un peu plustost que l'ordinaire, afïîn que vous puissiez prendre vostre tablette au moins une heure avant disner. Mais, ma tres-chere fille, toutes ces deux prinses que vous ferez sont des tablettes cordiales ; surtout la première, composée de la plus excellente poudre qui fut jamais au monde. Ouy, ma chère fille ; car nostre Sauveur a prins nostre vraye chair, qui est, en somme, poudre : mais en luy elle est si excellente , si pure , si saincte , que les cieux et le soleil ne sont que poussière au prix de ceste poudre sacrée. Or, la tablette de la saincte communion est cela mesme qui a esté mis en tablette, affin que nous la puissions mieux prendre , bien que ce soit la tres-divine et très-grande table, que les chérubins et séraphins adorent, et de laquelle ils mangent par contemplation réelle, comme nous le mangeons par réelle communion.
0 Dieu ! quel bon-heur que nostre amour, en attendant ceste manifeste unyon que nous aurons avec Nostre Seigneur au ciel, s'unisse par ce mystère si admirablement à luy! ma tres-chere fille, tenez vostre esprit en paix, ne regardez d'où sa petite maladie luy vient, ny ne vous mettez nullement en peyne de le guérir; mais divertissez-le , tant qu'il vous sera possible, de retourner sur soy-mesme.
Le grand sainct Antoine, duquel les intercessions font une extraordinaire influence ceste journée, vous fera, par la bonté de Dieu , lever demain toute brave. C'est une grande joye au cœur, de s'imaginer ce grand sainct entre ses hermites, tirer de son esprit des sentences graves et sacrées, et les prononcer avec une vénération incomparable, comme des oracles du ciel; mais, entre autres, il me semble qu'il dit à nostre anie ce qu'il disoit
(1) Celse- Bénigne, baron de Chantai (?) : on a vu (lettre CDLXVI) , qu'il était venu à Annecy pour voir sa mère ; rien d'étonnant qu'il se résolût difficilement à la quitter. Ceci donnerait à deviner la date de cette lettre.
parmy ses disciples, prins de l'Evangile : ïfe soyez en souci dt
vosire ame, ou, pour voxtre ame (Matth. 6). Non, ma chwe
fille, demeurez en paix; car Dieu, à qui elle est, la souslagera.
Cependant, ma bîen-aymée Elle, je ne laisse pas, dans le
fond de mon esprit, de prendre des saincles espérances qu'après
que par ces petits abandonnemens Dieu nous aura esprouvez et
exercez en la mortification intérieure, il nous vivifiera par ses
consolations sacrées. Il ne nous abbaisse, ce doux amour de
nostre cœur, que pour nous eslever : il se musse (!) et cache, et
regarde par les treillis quelle contenance nous tenons {Cant. 2).
Hé! Seigneur et Sauveur, j'entrevois, ce me semble, la clarté
, de vostre œil débonnaire, qui nous promet le retour de vos
I rayons, pour Faire renaistre un beau printems en nostre terre.
lAh! ma fille, nous en avons bien passé déplus aspres, pourquoy
I n'aurons-nous pas le cœur de surmonter encore ceste difficulté?
Croyez, ma fille, que je prie Nostre Seigneur pour vous avec
I tout mon cœur ; car mon ame est collée à la vostre, et je vous
I chéris comme mon ame, ainsi qu'il est dit de Jonalhas et de
■ David (:. Reg. i8). Dieu soit à jamais propice à ce cœur tout
I voilé , tout dédié , tout consacré au céleste amour.
Bonsoir, ma Ires-chereraent unique fille; tenez bien JesustChrist crucîRé entre vos bras, cari'Espouse l'y tenoit comme un Iboucquet de myrrhe, c'est-à-dire d'amertume ; mais, ma Ires- ■"ctiere fille, ce n'est pas luy qui nous est amer, c'est luy seulemnent qui permet que nous nous soyons amers à nous-meames. ^Voicy, dit Ezechias, ç«c neanCmoins, emmy mes travaux, ma Wtfes-amere amertume est en paix. Oh ! le Dieu de douceur veQlDo ■adoucir vostre cœur, ou au moins faire que vostre amertume soit len paix. Ceste bonne religieuse désire vous communiquer un peu tau large son cœur, mais elle dit qu'elle ne sgayt comme faire : |il faudra donc l'ayder; et luy pourrez dire que je vous l'ay dit. ■Dieu soit beny. Àmen.
CDXCI.
S. François de Sales, à Madame de Chantai.
Il IDT renvoie une relique de «Incte ApoUlDe.
Ma tres-chere fille, voilà nostre sacré remède, que je puis R'âire m'avoir esté souverain , puisque Dieu a agi avec moy selon
(1) Se Uit, — da grec Muu.
LE FONDATEUR D^ORDRE. 397
vostre foy, vostre espérance et vostre charité, et je dois confesser, à la gloire de Jesus-Christ et de sa saincte Espouse, que je -ne croyois pas de pouvoir dire la messe aujourd'huy à cause de la grande enflure de ma joue, et du dedans de ma bouche; mais estant appuyé sur mon prie-Dieu , et ayant posé la relique sur ma joue, j'ay dit : Mon Dieu, qu'il me soit fait comme mes filles désirent, si c'est vostre saincte volonté; et tout aussi-tost 'mon mal a cessé. Nostre Seigneur m'a donné pendant ce tems-là plusieurs bonnes pensées sur le ruminement que la saincte Espouse dit qu'elle faysoit entre ses dens. Au sortir de là, chacun m'a dit que ma joue estoit desenflée, et je le sentois fort bien moymesme. 0 vive Dieu! ma fille; il est admirable en ces saincles Espouses et en tous les Saincts; il a voulu que ce mal soit venu aujourd'huy pour nous faire honnorer son espouse ApoUonie, et pour nous donner une preuve sensible de la communion des Saincts.
GDXCII.
S. François de Sales , à une Religieuse (1).
n Iny recommande de ne point tourmenter son cœur, alns de le traitter doucement ,
reucouragef) et veiller sur luy.
10 mars 1613.
Nous parlons icy de vous si souvent, et avec tant de playsir, ma chère fille, que vous ne devez pas avoir seing de nous en rafraischir la mémoire. Mais ce n'est pas cela que je veux dire; car j'ay d'autres choses à vous demander. Dites-moy donc vousmesme, ma chère fille : le pauvre cœur bien-aymé, comme se porte-t-il ? est-il tousjours vaillant et vigilant pour s'empescher des surprinses de la tristesse? Je le vous recommande au nom de Nostre Seigneur, ne le tourmentez point; je dy mesme, quand bien il auroit fait quelque petit détour : mais reprenez-le doucement, et le ramenez en son chemin; car il est bon, certes, ce chetif petit cœur de ma grande fille; et pourveu qu'elle le traitte bien, qu'elle demeure un peu soigneusement en attention sur luy, que souvent elle le rencourage par de petites oraysons jaculatoires, par de petites conférences de ses bons souhaicts avec nostre mère et avec moy, par de petites bonnes cogitations faites sur ce subjet en diverses occasions, vous verrez, ma chère fille, que ce cœur deviendra un vray cœur selon le cœur de Dieu. Sei-
(1) La Mère Fabre (?) que notre saint appelait la grande fille.
gneor Jésus, c'est po*or ceia que deux fois le joor je tdos &t prière particoliere- \lTez joyeose, ma tres-chere fiOe : Dîea voas ajrme. et voas fera la grâce qoe tous raymerez : c'est le soarerain bonheor de l'ame pour cesie vie et poor TeteraeDe. Ita trèscbere fiUe, je sois iacomparablemeot toat rostre.
CDXCIil.
S. François de Sales, à Madame de ChatUat,
CoaaoCatï'ona fccr îc» tmxaccioDii eoatre la fiqr ; regiei *ie gindiiIlLy m
Or 3Uf>, ma chère fille, il est bien teins que je responde, si je pois , à rostre grande lettre. Helas ! oay. ma tres-chere. toate vrayement tres-chere fille ; mais si faat-il que ce soit en cooranL car j'ay fort peu de loysir^ et n'estoit que mon sermon, que je vay tantost faire, est desjà tout formé dans ma teste, je ne tous escrirois autre chose que le billet cy-joinct.
Mais venons à l'exercice intérieur, duquel vous m'escrivez. Ce n'est pas autre chose qu'une vraye insensibilité, qui vous prive de la jouyssance, non-seulement des consolations et inspirations, mais aussi de la foy, espérance et charité. Vous les avez pourtant, et en fort bon estât, mais vous n'en jouyssez pas, ains estes comme un enfant qui a un tuteur qui le prive du manyement de tous ses biens, en sorte que, tout estant vrayement à luy, neantmoins il ne manie et ne semble posséder ny avoir rien que sa vie y et. comme dit S. Paul, estant maistre de tout, il n est pas différent du serviteur en cela (Galat. 4) : car ainsi, ma treschere fille, Dieu ne veut pas que vous ayez le manyement de vostre foy, de vostre espérance et de vostre charité, ny que vous en jouyssiez, sinon justement pour vivre et pour vous en servir es occasions de la pure nécessité.
Helas! ma tres-chere fille, que nous sommes heureux d'estre ainsi serrez et tenus de court par ce céleste tuteur! et ce que nous devons faire n'est sans doubte autre chose que ce que nou^s faysons , qui est d'adorer Taymable Providence de Dieu , et puis nous jelter entre ses bras et dedans son giron. Non, Seigneur, je ne veux point davantage de la jouyssance de ma foy, ny de mon espérance, ny de ma charité, que de pouvoir dire en vérité, quoyque sans goust et sans sentiment, que je mourrois plutost que de quitter ma foy, mon espérance et ma charité.
Helas! Seigneur, si tel est vostre bon playsir, que je n'aye nui playsir de la prattique des vertus que vostre grâce m'a conférées, j'y acquiesce de toute ma volonté, quoyque contre les sentimens de ma volonté.
C'est le plus haut poinct de la saincte religion de se contenter des actes nuds , secs et insensibles , exercez par la seule volonté supérieure, comme ce seroit le supérieur degré de l'abstinence de se contenter de ne manger jamais, sinon avec desgoust, à contre-cœur, et non-seulement sans goust ny saveur.
Vous m'avez fort bien exprimé vostre souffrance, et n'avez rien à faire pour remède que ce que vous faites, protestant à Nostre Seigneur, en parolles mesme vocales, et quelquesfois encore chantant, que vous voulez mesme vivre de la mort, et manger comme si vous estiez morte, sans goust, sans sentiment et cognoissance.
Enfin ce Sauveur veut que nous soyons si parfaictement siens que rien ne nous reste, pour nous abandonner entièrement à la mercy de sa Providence, sans reserve. Or, demeurons donc ainsi, ma tres-chere fille, parmy ces ténèbres de la Passion. Je dy bien, parmy ces ténèbres; car je vous laisse à penser : Nostre- Dame et sainct Jean estant au pied de la croix, emmy les admirables et espouvaotables ténèbres qui se firent, ils n'oyoient plus Nostre Seigneur, ils ne le voyoient plus, et n'avoient nul sentiment que d'amertume et de détresse, et, bien qu'ils eussent la foy, elle estoit aussi en ténèbres, car il falloit qu'ils participassent à la dereliction du Sauveur. Que nous sommes heureux d'estre esclaves de ce grand Dieu, qui , pour nous, se rendit esclave !
Mais voilà l'heure du sermon; adieu, ma tres-chere mère, ma fille en ce Sauveur. Vive sa divine bonté! J'ay une ardeur incomparable pour l'advancement de nostre cœur, pour lequel je resigne tous mes autres contentemens entre les mains de la souveraine et paternelle Providence.
Bonsoir derechef, ma tres-chere fille. Jésus, le doux Jésus, cœur unique de nostre cœur, nous bénisse de son sainct amour ! Amen.
fc'J«J
>. Françfj'û de Sales ^ à une Swp^rieuTe *id J^jrfirfï
Coiutiil» ^finr me lenmme j^L Essmit SnuSBr -m TumasoBC^ te jatlstiuua» ■là A v^wtwlmi — Ibgrît im -xk OriroL
Ma 3^s-*:îiere iLle, en. pea de si^tâ je v-i'i^ ij" '^;:lc les laies «qui 5<jaL ii. h.e«ireiises, .joe -ie Trjiiloir empLo^ec l-is dosées q^ae Dieii jèiir .1 -iotirLez â 5a ^Loi.^e. «ioLv^n:: ie .iecemLiiLer aux -iesseins «pi'elleîï :':c.L. et ie re&:uiire «ie les pniùqrier «zocioraieméat a ceste an. ::rL elles 54:ct inspirées de faire nz. ccavent de ^'JhârtreŒï. L :ie Suit piis «:[-i elles veiiillerLî: «p'oc. 7 tisse Les esoholes. ':oGiJie .lui Jesiiiies; ^i elles vetLleQt faire en coHege d£ Jésuites, Ll ae tiaut pas ipi'eiles veiiLLlecu cpi'oo. y observe îa 5<3litude et ie silence.
Si oeste boaae «laine, i^ne tous ce nocainez point, veut faire lia mijoastere de religieuses «le La Visitatioa . LL ne faut qu'eue les charze de grandes prières ^rocales» uy lie pLusiears exercices esterieura : car ce a* est pas vooioir des filles de la Visitatioa.
ri doit, à mou advis, suffire que tout l'intérieur et L'extérieur des filles de La Visitatiou est consacré à Dieu : que ce sont des h'jsties de sacrifice, et 'les h«jLocaustes vivants; et toutes leurs alitions ei résignations 5«:nt a'itantde orieres et opavsons; to'jtes
LU
lefirs j:eiir»r^ 501" oediees 1 Dieu, ouv ziesme ceiLes A'i sozizieilet de la recreatior.. -rC ^ont des inilcts -ie la oh-irité. Cela, em^L^ve pour .^00 anie, et ia ^V-ire qui reviect i Dieu 'ie Li retraitte de Lan*: de nlies. estant deiiie pour l'accroissement de la charité de ce cœïir. fait une -j^jmme f:res:{ue infinie de richesses spirituelles.
Voila mon sentiment. De char'^er les monastères de la Visitation des pratiques «qui «livertissent de la fin pour laquelle Dieu les a disposez, je ne pense pas qu'il le faille faire. De vouloir tirer des oLves d'un fiîsniier. ou des fi^^ues d'un olivier, c'est chose hors de propos, ôiii veut avoir des figues, qu'il plante des fi:^iiiers: qui veut avoir -les olives, qu'il plante des oliviers.
Ma tres-chere fiUe. vous estes tout à f:iit de mon humeur En la réception des filles .je préfère infiniment les douces et humbles, quoy.îpi'eLles soient pauvres, aux riches moins humbles et moin? douces, quoyqu elles soient riches. Mais nous avons beau dire: Bien-heureux .ion£ le.i pauvres,l3Lpr[iden*:e humaine ne se lassera pas de dire : Bien-heureux sont les monastères, les chapitres, les
LE FONDATEUR d'oRDRE. 401
maysons riches : il faut en cela mesme cultiver la pauvreté que nous estimons, que nous souffrions amoureusement qu'elle soit mésestimée.
Vous avez receu deux nouvelles mais anciennes filles de vostre mayson : le retour est tousjours plus aggreable aux mères que le despart des enfans. Je suis de tout mon cœur, ma tres-chere fille, tres-entierement vostre, etc.
CDXCV.
S. François de Sales, à Madame de Chantai,
Le Sainct luy donne ad^is de son retour à Annecy.
AGex,i9 may 1612.
Je manque à ma parolle, ma tres-chere fille; mais je ne manque pas au désir d'estre ce soir à Annessy. Ce sera demain, Dieu aydant; car les affaires le requièrent ainsi. Or sus, en attendant, bonsoir ma très-unique fille. Nostre Seigneur vous comble de son amour.
J'ay eu un peu de peyne pour la maladie de la petite tres-chere sœur, bien que j'en espère bonne issue. Je salue toutes nos filles. Mais vray, ma tres-chere fille , vous estes vrayement tout uniquement et véritablement moy-mesme. Vive Jésus! Amen,
CDXCVI.
S, François de Sales, à Madame de Chantai,
Sur la réception d'une fille de Dijon dans le monastère de la Visitation.
17 juin 1612.
Vive Jésus, ma tres-chere sœur, ma fille, je je suis
sans loysir : mesme que demain il faut que j'aille estre l'aumosnier de nos sœurs de la Visitation pour la réception d'une fille de Dijon de fort bonne famille et de très-bonne mine, qui y est arrivée ce matin avec sa mère et assez bien accompaignée. C'est un acquest que M. Millet et mes filles ont fait en leur voyage. Je voudrois, mais je ne puis escrire à M. de La Forest sur sa convalescence, ce sera donc à la première commodité. Gloire soit]au Père, et au Fils, et au Sainct-Esprit dont nous célébrons la foy aujourd'huy. Vostre tres-humble frère et serviteur. — François, evesque de Genève.