DU
S. F]-ançois de Sales, à Madame de Chautal.
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Hadssons nostre cœur, ma tres-chere Mère : voyons celuy de Dieu tout bon, tout aymable pour nous : adorons et bénissons toutes ses volontez : qu'elles tranchent, qu'elles taillent sur nous, et partout où il luy playra; car nous sommes siens éternellement. Vous verrez bien que parmy tant de destours nous ferons prou , et que Nostre Seigneur nous conduira par les déserts à sa saiiicte terre de promission , et que de tems en tems |il nous donnera de quoy priser les déserts plus que tes fertiles gîampaignes, dans lesquelles les bleds croissent en leurs sayms; mais la manne pourtant n'y tombe pas. Mon Dieu! ma tres-chere Mère, quand vous m'escrivistesque Iyous estiez une pauvre abeille, je pensay que je ne le voudrois, tandis que vos seicheresses et afflictions dureront : car ce petit
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aDimal, qui en santé est si diligent et pressant, perd le cœur et demeure sans rien faire tout aussitost qu'il est malade.
Mais depuis je changeay de soùhaicts, et dis : Ahl ouy, j« le veux tien, que ma mère soit abeille, mesme quand elle sera en travail spirituel ; car ce petit animal n'a point d'autre remède de'soy-mesme en ses maladies, que de s'exposer au soleil, et attendre la guerison de sa chaleur et de sa lumière.
0 Dieu! ma fille, mettons-nous ainsi devant nostre soleil crucifié, et puis disons-l'uy : 0 beau soleil des cœurs., vous vivifiez tout par les rayons de vostre bonté .: nous voicy my-morts devant vous, d'où nous ne bougerons point que vostre chaleur ne nous arrive , Seigneur Jésus. Ma tres-chere fille , la mort est une vie, quand elle se fait devant Dieu.
Appuyez vostre esprit sur la pierre qui estoit représentée par celle que Jacob avoit sous sa teste quand il vid la belle eschelle : c'est celle-là mesme sur laquelle sainct Jean TEvangeliste se reposa au jour de l'excez de la charité de son maistre. Jésus., nostre cœur et le cœur de nostre cœur, veillera amoureusement sur vous. Demeurez en paix. Dieu soit à jamais au milieu de vostre cœur, et qu'à jamais ille rende plus uniquement sien. Vive Jésus! Amen, amen.
DIIF.
S. Francoh de Sales, à Madame de Chantai.
Vers octobre 1613.
La Mère de Blonay, étant encore dans le monde dhez son père, reçut sept pauvres , les assista, et en pansa trois d'ulcères fort dégoûtants.
Quelque temps i^ppès sa profession religieuse , étant malade de la fièvre, un matin, après ses prières, et en attendant Taccès de son mal , elle s'endormit et s'imagina voir en songe ces sept pauvres qu'elle avait logés et pansés chez son père. « Hélas I dit-elle en sa pensée, je suis religieuse, et » m'étant une fois dépouillée de tout, je n*ai plus rien pour faire l'aumône, w
Sur cela le premier paunrre, répondant à. sa pensée, lui dit : « Ma sœur » Marie-Aimée de Blonay, vous êtes véritablemedt religieuse professe,, .» et vous avez tout quitté; aussi nous ne venons pas ici pour vous rien «demander, mais pour vous donner; » et, lui serrant la main, ajouta.; « Celui qui vaincra mangera du fruit del'arbre de vie qui est dans lepara- » dis de mon Dieu. »
Le second, en la touchant de même, lui dit : « Quiconque sera vainqueur « ne recevra aucune atteinte de la seconde mort. »
Le troisième, en usant de même, dit : « Le victorieux aura de la manne » cachée, et une pierre blanche sur laquelle sera écrit un nom nouveau, » qu'aucun autre ne connaît que celui qui le reçoit. »
iO.S LETTRES-
Le quatrième dit, ea mîirqoaal one joie partiealîère : c ï^ea dataen » paisMoee sur les peuples à quiconque sera TÎctoneiix. »
Le cinquième dit : « Celui qui sera rainqueur sera Têtu dliabits blancs, « son nom ne sera point effacé du lÎTre de vie; €i^ de plus, notre maâre et » TOtre époux confessera son nom derant le Père éternel et devant les » asges. >*
Le sixième ajouta : » Quiconque sera rainqueur deriendra nne ferme eo- • lonne dans le temple de mon Dieu , et ne sortira plus. II portera écrit j> sur son front le nom de mon Dieu et le nom de la TÎUe de mon Diea , qui » est la nooreile Jérusalem. »
Le septième en6n lai serra fortement la main , en loi (fisant : » Jésos » notre roi fera asseoir cehii qui remportera la victoire dans la ^oîre éter- >» nelle de son propre trône, comme il est assis lui-m^mesur le trône de son » Père 'Apoc. i-3). »
Il est à remarquer que , lorsque ce songe arriva à la Mère de Blonar, elle n'avait jamais lu ni entendu lire de suite ces sept passages , et que cette vérité a été bien reconnue par ses supérieurs , comme Tassure Taoteur de sa rie y qui la connaissait fort bien , ajant été son évéque et son supérieur immédiat.
Après ces paroles ils se retirèrent tous , excepté le premier, qui loi serra les deux mains et lui dit : « Ma soeur Marie-Aîmée de Blonav, soyez gêné- » reuse et victorieuse , car qui est semblable au grand Dieu des armées pour » qui nous combattons? » Sur cela la Mère de Blonay s'éveilla sans aoean frisson ni ressentiment de fièvre , et avec de très-grandes lumières dans le fond de son âme.
Elle fit récit de son heureuse aventure à la Mère de Cbantal , et ceDe-d renvoya par écrit au saint Fondateur, qui était alors obligé de garder la chambre pour un mal de jambe. Le saint prélat lui écrivit en réponse cette lettre.
Quand ma mauvaise jambe me le permettra, j'iray voir la bonne santé et le bon cœur de nostre chère cadette. Si ces pauvres qui luy ont parlé sont de la terre ou du ciel , je ne sçay, Dieu le sQayt; mais je sçay bien quïls luy ont parlé le langage de Jesus-Christ et de S. Jean escrivant aux evesques d'Ephese, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée. Dites à ceste chère fille, qu'elle n'examine point curieusement le songe qu'elle a fait, mais qu'elle profite soigneusement et humblement de sa santé de cœur et de corps pour le service et la gloire de Dieu. L'humilité et la fidellité intérieure, joinctes à la vraye charité et constance au bien, sont les véritables marques des véritables grâces surnaturelles.
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