François de Sales, à Madame de Chantai
11 luy mande Testât de sa santé et de ses occupations, et tesmolgne un grand zèle
pour le service de Dieu et le salut des âmes.
Vers le 20 novembre 4613.
Tres-chere fille, il sera force que vous souffriez ma briefveté, car me voicy encore parmy tant d'affaires, que je ne sçay de quel costé me tourner, surtout maintenant au despart. Or sus , qu'est-il besoin de parler ainsi à une ame qui me cognoist comme elle-mesme? Je me porte fort bien, grâces à nostre Sauveur, qui me donne un certain courage nouveau de Taymer, servir et honnorer plus que jamais, de tout mon cœur, de toute mon ame et de tout moy-mesme; mais je dy de tout moy-mesme, ma treschere fille, m'estant advis que jusques à présent je n'ay point eu l'ardeur ny le seing convenables au devoir que j'ay à ceste immense bonté.
Helas ! je voy ces pauvres brebis errantes : je traitte avec elles, et considère leur aveuglement palpable et manifeste. 0 Dieu! la beauté de nostre saincte foy en paroist si belle, que j'en meurs d'amour; ce m'est advis que je dois serrer le don précieux que Dieu m'en a fait dedans un cœur tout parfumé de dévotion. Ma tres-chere fille, remerciez ceste souveraine clarté, qui respand si misericordieusement ses rayons dans ce cœur, qu'à mesure que je suis parmy ceux qui n'en ont point, je voy plus clairement et illustrement sa grandeur et sa désirable suavité. Dieu , qui en cela m'assiste, veuille retirer et ma personne et mes actions à sa gloire et à son honneur, selon nostre souhaict.
Il nous faut faire des efforts pour devenir saincts et rendre de grands services à Dieu et au prochain : sa bonté me fait savourer des douceurs, certes, extraordinaires et suaves, et qui ressentent au lieu d'où elles viennent. Oh ! que nostre Sauveur est bon , et comme il traitte tendrement avec mon pauvre chetif courage ! mais je suis bien résolu de luy estre fort fidelle, et spécialement au service de nostre cœur, que plus sensiblement que jamais je voy et sens estre unique. 0 Dieu ! ma tres-chere fille, qui pouvoit mesler si parfaictement deux esprits, qu'ils ne fussent qu'un seul esprit indivisible, inséparable, sinon celuy qui est unité par essence?
Les affaires de religion, qui s'accroissent icy tous les jours, me font arrester plus longuement que je ne pensois, ma très-
chère Bile -, mais, cerles, tres-ag^reablemeol. poisqoe c'est la gloire de Dieu, ^ le service des âmes qn'U a ncheplées : Is- "w, en divers lieux de « bailliage, demandeot qa'on lear Misse le saînct eiereice. Mon Dieu l ma tres-cbere BUe, qne
ti'esl une hoonorable et douce pej-ne que celle^ry, qtiî me fait espérer que, sinon roainlenant, aa moins par cy-apres. toatce pays pourra estre purgé de tant d'înfecUon que le mal-bear de l'heresie jr avoit assemblée!
Hyer bous restablismes le sainct exercice à DvTonne. gros et beau village. Ces jours soivans il y a apparence d'en faire de mesme en deux autres; el oultre cela, Tions prescherons îcy, et parlerons à quelques âmes dévoyées, et . bien que pent-estre ne les retinirons-aoas pas. parce qne pour l'ordinaire les coosidootions humaines cropeschent celles de leur saint; si est-ce que Dons De pensons pas pen faire quand nons leur faysons confesser que nous avons rayson, comme plusieurs ont fait jusqu'à présent. Priez particulièrement ce Sauveur, ma Ires-nnique fille, pour la conversion de ceux pour lesquelsj'ay commencé de travailler, aflin qu'ils voyent la saincte vérité, sans laquelle ils ne sçaureieal que se perdre.
Mille et mille fois le jour mon cœur se treuve chez vous, awc mille et mille souhaicts qu'il respand devani Dieu pour vosli* consolation. Hé! Seigneur Jesns, vivez et régnez eternellemenl dans ce cœnr que vous nous avez donné. Vostre, etc.
S. François de Sales à Madame de Chonlal.
Oi:t, ma Ires-chere QUe, ma œere, il faut aymer la t»îsainete volonté de Dieu aux petits el grans chaogemens. Celle qui m'empesche d'aller à vous aujourd'huy est petite et grande, je vous ladirayâ ooslrepremiereveuë; cependant, faites vos petits et grans changemens avec le plus de perfection qu'il vous sera possible. Apres y avoir bien pensé devant Dieu , je me suis résolu qu'il faut affermir noslre Congrégation à faire ces changs- Diens ce jour auquel Dieu fait tes siens, nous faysant tous passer d'une année à l'autre, donnant une leçon annuelle de nosTre instabilité, de nostre changement, du renversement et de l'anéantissement des années qui nous mènent à l'éternité.
LE FONDATEUR d'oRDRE. 411
DVI (FRAiQMENT).