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S. François de Sales, à Monsieur de Blonay.
Il luy donne ad vis du choix qu'on a fait de la Mere de Blonay sa fille , pour servir avec Madame de Chantai à la fondation de la seconde mayson de l'Ordre à Lyon, et il le prie de donner son consentement à l'esloignement de sa fille, pour le bien de la chose.
2 janvier 1615.
Monsieur mon très-cher frère, Dieu nous visite en sa douceur, et veut que la Visitation soit invitée par nostre tres-bon Monseigneur de Lyon, de Taller visiter dans son diocèse, pour y establir une mayson de Nostre-Dame comme la nostre d'Annessy. Or, d'autant que l'entreprinse est grande, et que c'est la première saillie ou production de nostre mayson (que je désire qui ne produise que rien de bon), nous voulons y envoyer la cresme de nostre Congrégation.
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Et parce que nostre tres-chere fille Marie-Aymée est un des plus précieux subjets, je désire de la poser aux fondemens de ce nouvel édifice. J'espère que vostre pieté, mon cher frère, vous fera volontiers acquiescer à Tesloignement de ceste chère fille, puisqu'il est requis à la gloire de Dieu ; et encore (pour parler un peu humainement à un père qui ayme bien son enfant) ceste mission est glorieuse à nostre fille, à laquelle je ne me haste point de demander si elle voudra aller, me tenant asseuré de son obeyssance , comme je suis asseuré de vostre résignation, et que vous le devez estre de l'affection fraternelle de vostre , etc.
DXVIIL S, François de Sales, à Madame de Chantai.
Il luy Bouhaitte un heureux voyage.
Vers le 23 janvier 1615 (1).
VoiCY le souhaict de vostre père, ma tres-chere fille : Dieu soit avec vous au chemin par lequel vous irez ; Dieu vous tienne tousjours vestue de la robbe de sa charité; Dieu vous nourrisse du pain céleste de ses consolations ; Dieu vous ramené saine et sauve en la mayson de vostre père; Dieu soit à jamais vostre Dieu, ma chère Mère! Ce sont les bénédictions que Jacob se souhaittoit, quand il partit de Bethel, et ce sont celles-là que je me souhaitte à moy-mesme, ma tres-chere et très-unique fille, à vostre despart de ce heu, où vous demeurez en partant, et d'où vous partez en demeurant.
Allez en paix , ma tres-chere fille , allez en paix où Dieu vous appelle; demeurez en paix, mais demeurez en la saincte paix de Dieu , où il vous tient et arreste icy . Les âmes que Dieu a rendues tout une sont inséparables : car qui peut séparer ce que Dieu a joinct? Non, ny la mort, ny chose quelconque, ne nous séparera jamais de Tunité qui est en Jesus-Christ, qui vive à jamais en nostre cœur! Amen.
(1) Celte date n'est que présumée.
s. François de Sa/es, à Madame de Chantai, à Lyon.
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Ok sas, ma tres-chere SUe, puisque Dieu estl'uoité denoslre cœur, qui nous en séparera jamais? Non, ny la mort, ny la vie,
ny les choses présentes, Dy les futures, ne nous sépareront jetmais, ny ne diviseront noslre unité. Allons donc, ma Ires-chere fille , avec un seul cœur, où Dieu nous appelle : car la diversité s chemins ne rend rien de divers en nous . puisque c'est à un I seul object et pour un seul subjet que nous allons, 0 Dieu de j mon cœur! tenez ma tres-chere GDe de vostre maio : que son I ange soit tousjours à sa dextre, pour la protéger ; que la saincte Vierge Noslre-Dame la recrée tousjours de l'aspect de ses yeux débonnaires.
Ma tres-chere Elle , la Providence ceieste vous assialwa : invoquez-la avec confiance en toutes les diffienltez desquelles vous vous treuverez environnée. A mesure que vous allez oultre, ma I tres-chere mère, ma Bile, vous devez prendre courage, et vous resjouyr de qooy vous contentez Nostre Seigneur, le contentement seul duquel contente tout le paradis. Pour moy, je suis la où voua estes vous^nesme, puisque la divine Majesté l'aaiMi I voulu éternellement. Allons donc, ma chère fille, allons suavement et joyeusement faire l'œuvre que nostre Maistre nous a marquée, Ehl ma tres-chere Mère, ma iille, il me vient en mémoire I que le grand S. Ignace, qui portoit Jeaua-Christ en son cœar, alloit joyeusement servir de pasture aux lyous, et souffcir le martyre de leurs dens : et voilà que vous allez, et nous allons, s'il playst à ce grand Sauveur, à Lyon , pour y faire pluaienn services à Nostre Seigneur, et luy préparer plusieurs aroea des» quelles il se rendra l'espoux : pourquoy n'irions-nous joyeiofr ment au nom de nostre Sauveur, puisque ce sainct alla si allègrement au martyre de nostre Sauveur?
Que bien-heureux sont les esprits qui marchent selon la volonté de ce divinesprit, et le cherchent de tout leur cœur, laissant tout, et le père mesme qu'il leur a donné, pour soiv»
Allez, ma tres-chere Mère, ma fille; vos anges de deçà tien-
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neîit les yeux sur vous et sur vostre petite trouppe , et ne vous peuvent abandoaner, puisque vous n'abandonnez point le lieu de leur protection, ny les personnes de leur garde, que pour n'abandonner pas la votonté de celuy pour la volonté duquel ils s'estiment heureux d'abaiwionner naaintes fois le ciel. Les anges de delà, qui vous attendent, enverront à vostre rencontre leurs ;benedictions , et vous regardent .allant v-ers leurs lieux avec amour, puisque c'est pcrur coopérer à leur sainct ministère.
Tenez vosÉre oiOBur en courage ; car, puisque vostre cœur est .à Dieu, Dieu sera vostre courage. Allez donc, ma fille, allez avec mille et mille èenedictions que vostre père vous donne ; et sçachez que jamais il ne manquera de respandre, par toutes les inspirations que son ame fera , des combles de souhaicts sacrez sur la vostre. Ce sera son prenaier exercice au resveil du matin, le dernier au coucher du sodr, >et le principal à la saincte Messe. Vive Jésus et Marie ! Amen.