‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 92 sur 185 · DXX · texte numérisé non relu

DXX

S. François de Sales, a Madame de Chantai.

Jjes-difficultez sont les marques de la bonté aes-entreprinses , et les contradictions sont inséparables du service de Dieu. — Les adversions sont les tentations des personnes spirituelles, et il en arrive ordinairement dans les bonnes œuvres qui despendent du concours de plusieurs personnes.-» n faut alors se supporter mutuelleniient, et mettre sa confiance en Dieu.

Fia de janvier 1615.

Jb n'ay receu aucune de vos lettres, matres-chere GHe, depuis vostre 'despart .l'oela, je vous prie, que veut-il dire ? Or, je sçay Men aeantmoins que vostre oharité est invariable.; mais j'apprens par les lettres venues de Lyon , que vous estes malade , et fmi peu mesme estoanée de n'avoir point treuvé les choses en si bons termes •comme noslr^ désir me le faysoit imaginer. Voilà, ma tres-chere fille , des vrays signes de la bonté de l'œuvre : l'accez y est tousjours difficile, le prôgrez un peu moins, et la fin bien-heureuse.

Ne perdez point courage ; car Dieu ne perdra jamais le soing de vostre cœur et de vostre trouppe, tandis que vous vous confierez enluy. La porte des consolations est mal-aysée, la suite sert de recompense. Ne vous desgoustez point , ma chère fille, et ne laissez point afTaibUr vostre esprit entre les contradictions. Quand fut-ce que le service de Dieu en fut exempt, surtout en sa naissance?

Mais il faut que je vous die naïfvement ce que je crains plus

qiie tout en cesle occurrence : c'est la tentation des ad versions et respugnances entre vous et nostre N.; car c'est la tentation qui arrive ordinairement es affaires qui despendent de la correspondance de deux personnes ; c'est la tentation des anges terrestres, puisqu'elle est arrivée entre les plus grands saincts , et c'est nostre imbécillité de tous tant que nous sommes enfans d'Adara , qui nous ruyne , si la charité ne nous en deslivre.

Quand je vois deux apostres (1 ) se séparer l'un de l'autre pour n'estre pas d'accord au choix d'un troisiesme compaignon, ;e treuve bien supportables ces petites respugnances, pourveu qu'elles ne gastent rien , comme ceste séparation- là, qui ne troubla point la mission apostolique. Si quelque chose de tel arrivoit entre vous deux qui estes filles, cela ne seroit pas estrange, pourveu qu'il ne durast pas. Mais neantmoins, ma tres-chere GUe, rehaussez vostre esprit, et croyez que vostre action est de grande conséquence: souffrez, ne despitez point, adoucissez tout; regardez que c'est la besongne de Dieu à laquelle ceste dame s'employe selon son sentiment, et vous selon le vostre, et que toutes les deux vous devez vous entre-porter et entre-supporter pour l'amour du Sauveur : deux ou trois années se passent bientost, et l'éternité demeure.

Vostre maladie corporelle sert de sui'charge ; mais l'assistance promise aux affligez vous doit grandement fortifier. En somme, gardez-vous bien des descouragemens. Croyez-moy, il faut semer en travail, en perplexité, en angoisse, pour recueillir en joye, en consolation, en bon-heur; et la saincte confiance en Dieu adoucit tout, impetre tout, et establit tout. Je suis tout vostre, certes, ma tres-chere fille , et je ne cesse point de prier Dieu qu'il vous fasse saincte, forte, constante et parfaicte en son service.

Je salue tres-cordialement nos chères sœurs , et les conjure de prier Dieu pour mon ame, inséparable de la vostre et des leurs en la dilection qui est selon Jésus nostre Sauveur.

(1) s. Paul et S. Barnabe à propos de S. Marc.

LE FONDATEUR d'oRDRE. 431

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