‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 93 sur 185 · DXXI · texte numérisé non relu

DXXI

S. François de Sales , à Madame de Chantai.

Le Sainct désire des noaveIles.de la mayson de Lyon qui luy donne toute espérance ; 11 monstre tout son amour pour la Visitation et spécialement pour les premières sœurs ; 11 souhaiite à toutes mille bénédictions.

4 febvrier 4615.

Que j'ay d'envie, ma tres-chere Mère, de sçavoir vostre abord , et quel commencement Dieu aura donné au service pour lequel il vous a appellée! Tout ira bien, je m'en asseure, et la tres-saincte Vierge Nostre-Dame tiendra vostre cierge allumé, affin que vous esclairiez à ces bonnes âmes, qu'elle a marquées de sa bonté pour estre ses servantes. Je l'en supplie continuellement, estant perpétuellement à Lyon, non-seulement avec vous, mais aussi en vostre petite mayson, où je suis présent, ce me semble, en esprit, et à tout ce petit mesnage spirituel que Dieu fait naistre.

Il faut croire que la divine Providence, qui m'a dédié à nostre chère Congrégation, me donne quelques particuliers mouvemens pour elle. Je me contente bien de toute ceste chère trouppe icy, que j'iray entretenir en commun Tun des jours de la sepmaine prochaine. Oh! que Dieu est admirable, ma treschere Mère ! et que nous sommes bien-heureux d'avoir un grand désir de le servir! Je vous salue mille et mille fois, laplusaymée Mère qui soit au monde, et ne cesse point de respandre des souhaicts sacrez sur vostre personne et sur vostre trouppe. Hé! Seigneur, bénissez de vostre saincte main le cœur de ma tresaymable Mère, affin qu'il soit beny en la plénitude de vostre suavité, et qu'il soit comme une source féconde qui vous produise plusieurs cœurs qui soyent de vostre famille et de vostre génération sacrée.

Bénissez ma première chère fille Marie-Jacqueline (Fabre), affin qu'elle soit le commencement permanent de la joye du père et de la mère que vous luy avez donnez. La chère fille Peronne- Marie (de Chastel) soit un accroissement continuel de consolation en la Congrégation en laquelle vous l'avez plantée, pour y fleurir et fructifier longuement. La chère fille Marie- Aymée (de Blonay) soit aymée des anges et des hommes pour provocquer plusieurs âmes à l'amour de vostre divine Majesté; et bénissez le cœur de ma chère fille Marie-Elisabeth , affin que ce soit un cœur de bénédiction immortelle.

Ma tres-chere Mère, que bénédiction sur bénédiction, et jus-

qoe ao comble de tonte bénédiction, soit adjouslée à Tostre cœar! Qae voos puissiez Toir vostre fille aisnée tonsjoors reconn meoçinte par de nouTelles ardeurs , la seconde toosjonrs croissanté en vertu. la troisiesme toosjours avmante, la dernière loosjours beoisie, affin que la benediciion du sainct amoor croisse et recommence à jamais en Tostre petite assemblée! et surtout que le cceur de ma tres-cbere Mère, comme le mien propre, s<Ht à jamais tout détrempé au tres^sainct amour de Jésus ! qui ¥iye et règne es siècles des siècles! Amen. Dieu soit béni!

ia salué de tout mon cœur nos sœurs de delà, et leur soubaitte un cœur doux, manyable, aymable; c*est-à-dire, qu^elles ayent un cœur d'enfant, affin qu'elles entrent au royaume des cieux. J'ay grande consolation en Tesperance que je sens des bénédictions que Dieu leur donnera.

DXXll.

S. François de Sales, à Madame de Chantai,

Dans la Ttefpfrftnelle noqs âerous ebaqne jour croire que doiu ne ûqraoïiB que commmwwr, et ne noiu point deioofirager de ce qoe nous trenvons tons^oon quelque dimeà corriger en noiM. — Il ne faut Jamais parler de 907-mesnie, s'il aepent;aoltfcmeptdeaoiidliecUiur,8Balemeot losqull y Ta de la gloirede Dieu.

Febf ritr 1615.

Croyez-moy, ma tres-chere Mère, comme vous-mesme : Dieu veut Je ne sçay quoy de grand de nous.

Je voy les pleurs de ma pauvre sœur N., et il me semble que toutes nos enfances ne procèdent d'autre defiaut que de celuycy : c'est que nous oublyons la maxime des Saincts, qui nous ont advertis que tous les jours nous devons estimer de commencer nostre advancement en perfection ; et si nous pensions bien à cela nous ne nous treuverions point estonnezde rencontrer de la misère en nous, ny de quoy retrancher. Il n'est jamais fait; il faut tousjours recommencer et recommencer de bon cœur. Quand l'homme aura achevé, dit l'Escriture , alors il commencera (Eccl. 18). Ce que nous avons fait jusqu'à présent est bon, mais ce que nous allons commencer sera meilleur; et quand nous l'aurons achevé, nous recommencerons une autre chose qui sera encore meilleure, et puis une autre, jusqu'à ce que nous sortions de ce monde , pour commencer une autre vie qui n'aura point de fin , parce que rien de mieux ne nous pourra arriver. Allez voir donc, ma chère mère, s'il faut pleurer quand on treuve de la besongne en son ame, et s'il faut avoir du courage

LE FONDATEUR d'oRDRE. 433

pour tousjours aller plus advant, puisqu'il ne faut jamais s'arrester, et s'il faut avoir de la résolution pour retrancher, puisqu'il faut mettre le vdisoiv jusqu'à la division deVameet de F esprit, des nerfs et des tendons (Hebr. 4).

Certes, ma tres-chere Mère, vous voyez que mon cœur et le vostre est plein de ce sentiment, puisqu'il verse ces parolles, quoyqu'il soit sans loysir et qu'il n'y eust pas pensé. Mais , ma tres-chere Mère, observez donc bien le précepte des Saincts, qui tous ont adverti ceux qui le veulent devenir, de parler ou peu ou point de soy-mesme et des choses qui sont nostres. Ne pensez pas que pour estre à Lyon vous soyez dispensée du pacte que nous avons fait, que vous seriez sobre à parler de moy, €omme de vous-mesme. Si la gloire du maistre ne le requiert, soyez courte, et exacte observatrice de la simplicité. L'amour de nous-mesmes nous esblouyt souvent : il faut avoir les yeux bien fermez pour n'estre pas deceus à nous voir nous-mesmes. C'est pourquoy le grand Apostre s'escrie : Celuy qui se recommande soy-mesme n'est pas appreuvé ^ mais celuy que Dieu recommande (il. Cor. 10).

Le bon Père Oranger parla bien, et le Sainct-Esprit luy en sçaura gré. Je suis bien ayse qu'en vostre ruche , et au milieu de •cest essaim nouveau, vous ayez vostre roy, vostre miel et vostre tout. La présence de ceste sacrée humanité remplira toute vostre mayson de suavité, et c'est une grande consolation aux âmes •qui sont attentives à la foy, d'avoir ce thresor de vie proche. J'ay prié ce matin avec une ardeur particulière pour nostre advancement au sainct amour de Dieu, et me sens de plus grands désirs que jamais au bien de vostre ame. Ah ! ce dis-je, ô Sauveur de nostre cœur, puisque nous sommes tous les jours à vostre table, pour manger non-seulement vostre pain, mais vous-mesme, qui estes nostre pain vivant et suressentiel, faites que tous les jours nous fassions une bonne et parfaicte digestion de ceste viande tres-parfaicte , et que nous vivions perpétuellement de vostre sacrée douceur, bonté et amour. Or sus. Dieu ne donne pas tant de désir à nostre cœur, qu'il ne nous veuille favoriser •de quelque effect correspondant. Espérons donc, ma très-unique Mère, que le Sainct-Esprit nous comblera un jour de son sainct •amour; et, en attendant, espérons perpétuellement, et faysons place à ce sacré feu, vuidant nostre cœur de nous-mesmes, tant qu'il nous sera possible. Que nous serons heureux, ma treschere Mère, si nous changeons un jour nostre nous-mesme à <cest amour, qui , nous rendant plus un , nous vuidera parfaicte-

Page 1