‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 12 sur 150 · CHANT II · texte numérisé non relu

CHANT II

Comment Vitikin partit de son camp pour aller demandei' du secours aux Alains; funeste péché du saint Archevêque Turpin.

L'astre du jour, sorti du sein de Tonde, Avait franchi les barrières du monde.

Charles, suivi de ses fiers escadrons, Se mit en marche, et suivit les Saxons.

Une dernière et sanglante défaite Les avoit fait reculer vers le Rhin, Non par frayeur, car ce peuple hautain Avait encore Vitikin à sa tête, Et ne cédait qu'à Tefïort du destin.

Vaincus toujours, et toujours invincibles, Chaque revers les rendait plus terribles; Ils renaissaient de leurs propres débris, Et Vitikin, maître de leurs esprits, Aux noms sacrés de dieux et de patrie.

Les enflammait du mépris de la vie.

Guerrier habile, et guerrier malheureux.

Ame et soutien de la cause commune, Il maîtrisa quelquefois la fortune, Et sa vertu lutta contre les Dieux.

Il conservait, au sein de la vieillesse.

Toute Tardeur d'un jeune Paladin ; De sa vieillesse on ne connut enfin Que les vertus, et jamais la faiblesse.

La renommée apprit à Vitikin Qu'Eratre-Hirem, prince du peuple Alain, Etoit passé devers la Germanie, Noyait la Saxe, et bloquait Herminie.

Cette cité, qui fleurissait alors, A disparu; sur la terre tout passe.

Achille, Hector, Agamemnon sont morts.

Et de Carthage on ignore la place.

ORGANT 15

Nos ennemis balancèrent long-temps

S'ils marcheroient contre Hirem ou les Francs.

De Vitikln la politique habile

Sut profiter môme de ses revers.

Dans un conseil il assemble ses Pairs.

« Seigneurs, dit-il d'un air noble et tranquille, u Le sort se plaît à nous persécuter; « Mais en dépit de la fortune môme, « De quelque espoir j'ose encor me flatter u Que si les Dieux, par un arrêt suprême, « Ont résolu la perte des Saxons, « Soumettons-nous, mes amis, et mourons; u Mais n'allons point nous abattre d'avance.

« Le Ciel est juste ; il frappe les méchans; « Nos ennemis nej sont que des brigands, « Et notre espoir est dans notre innocence.

« Sans le savoir, peut-ôtre les Alains « Ne sont venus que pour notre défense.

« Ingénieux dans sa lente vengeance, « Le Ciel, formant à son gré nos destins, « Donne le change aux jugemens humains.

« Je vais aller, au danger de ma vie, « Trouver Hirem dans les mors d' fferminie.

« S'il est hardi, je saurai l'enflammer « Du noble espoir de venger nos outrages; « S'il aime l'or, un brigand doit Taimer, « Il me suivra par l'espoir des ravages.

« Les justes Dieux sauront me protéger, « Et si je meurs, vous saurez me venger ».

Le lendemain, dès que l'aube naissante Eut éclairé la terre blanchissante, Le Roi de Saxe attela ses coursiers.

Et prit au nord le chemin d'Herminie^ Avec un Page et quelques Chevaliers, Les compagnons des travaux de sa vie.

Le Roi laissa, pour gouverner le camp, Sa brue Hélène^ et son fils Hydamant, « Tendres époux, espoir ie iîi^N\^^Çi^'5i^>

« Embrassez-moi, leur dit-il en pleurant ;

« Grand Irminsul, prête-leur ta sagesse,

« Et sois leur père, au lieu d'un père absent!

« Je vais aller trouver un peuple impie,

« Sans frein, sans mœurs, sans pays, et sans lois.

« Je me dévoue aux Dieux, à la Patrie,

» Et ce n'est point pour la première fois!

« Depuis trente ans j'ai blanchi sous les armes,

« Et mon visage est sillonné de larmes.

« Imitez-moi; si je viens à mourir,

« Jurez aux Francs une haine invincible,

« Poursuivez-les jusqu'au dernier soupir,

« Et répandez sur ma tombe sensible,

« Au lieu de pleurs, le sang des ennemis ;

« Au lieu de fleurs, leurs armes en débris.

« Souvenez-vous que mon ombre indignée,

« Après ma mort, doit vivre parmi vous,

« Pour animer, pour diriger vos coups.

« Si vous cédez à la France étonnée,

« Tremblez, ingrats, tremblez; je vous attends,

« Et j'armerai ma rage de serpens,

« Pour vous punir du bonheur de la France,

« Et de laisser VUikin sans vengeance.

« Je pars, et laisse entre les Francs et nous,

« Le Rhin, mon nom, les Dieux vengeurs et vous ».

Le Roi de France et sa gauloise armée, Ivres de sang, de gloire, et de fumée, Devers le Rhin précipitaient leurs pas, D'autant plus fous qu'ils ne s'en doutaient pas. Pleins des vapeurs de leur sainte fortune.

Us se flattaient de baptiser bientôt, Et le Saxon, et le Maure, et le Got ; Et cependant le Diable qui n'est sot.

Se flattait lui qu'il grossirait la lune De leurs projets. Le Démon est madré.

Et quand il a par sa grifl'e juré, Ce n'est en vain. « Faisons pécher la France, <i Dit Satanasy et nous verrons bientôt

ORGANT 17

« Le Ciel vengeur abandonner Chariot, « Le bon Adam, de mémoire gloutonne, « Pour un péché damna le genre humain, « Le Juif David perdit jadis un trône, « Pour un baiser que sa bouche félonne « Avait cueilli sur un telon payen ».

Las! il s*y prit d'assez gente manière.

L*armée arrive auprès d'une rivière, El Ton allait s'élancer dans les flots, Quand tout à coup une force inconnue Fit frissonner la surface des eaux.

Et tous les cœurs de Tarmée éperdue.

Au môme instant, d'un tourbillon léger, Qui vint au bord en cercles expirer, L'on vit sortir une Nymphe gentille; Son char était en forme de coquille; Essaims d*Amours à l'entour voltigeaient ; Ses beaux cheveux au gré de l'air flottaient, Et des pigeons doucement la traînaient :

Ses yeux en pleurs parcoururent la rive.

<i Hélas! dit-elle, et d'une voix plaintive, « Que n'avez-vous choisi quelque autre bord, « Cœurs inhumains, pour voler à la mort, « Sans effrayer mes rivages paisibles « Par l'appareil de ces armes terribles, « Et préparer à mon cœur innocent <( L'affreux remords du sort qui vous attend! « Où courez-vous, insensés que vous êtes?

« A des combats, des lauriers, des conquêtes? « Le temps a-t-il si peu de prix pour vous, « Que de la mort vous soyez si jaloux?

« Quand le printemps échauffe la nature, <c Quand tout respire et tout chante l'amour, « Vous désertez vos châteaux et la Cour, « Pour vous charger d'une cuirasse dure, « Chercher l'honneur quand le plaisir sourit, « Chercher la mort alors que tout revit'.

« Et loi, cruel, donl \at^g,ft \\x\^\^wîû\^

Aime à traîner au milieu des combats Ton peuple doux, et né pour être aimable, De tes fureurs n'es-tu point encor las? Est-ce trop peu pour ta noire furie D'avoir de sang inondé Tltalie?

Est-ce par-là, monstre, que tu soutien Le nom de grand et celui de chrétien?

Que t'avaient fait ces lointaines contrées, Par tes fureurs à la flamme^ livrées?

Que t'avaient fait ces enfans, ces vieillards? Leur crime donc étoit d'être Lombards!

Le lien, barbare, est d'être sanguinaire, Et pour le ciel de saccager la terre.

Jeunes Guerriers, sensibles à ma voix, Ne courez point à ces lâches exploits ; Le temps, cette ombre et légère et frivole, Trop tôt, hélas! et nous quitte et s'envole ! Ces vains lauriers, dont le renom trompeur Paye le sang que Ton vend à l'honneur, Que valent-ils, après tout, sans la vie?

Et que sert-il à l'homme qui n'est plus.

D'avoir été fameux par des vertus?

Le héros dort sous sa tombe flétrie, Et les amours viennent danser dessus!

« Si la fureur tellement vous anime, Que tous vos cœurs à ma voix soient fermés^ Parlez, volez, combattez et mourez :

Mais de vos maux épargnez-moi le crime; Et sans troubler et déchirer mon sein.

Allez mourir par un autre chemin ».

Vous avez vu quelque belle affligée Entre la crainte et l'espoir partagée.

Mouiller de pleurs ou la gaze ou le lin.

Qui rougit, s'enfle, et s'empreint sur son sein^ Lever au ciel une vue attendrie.

Et proférer avec un air plaintif Les noms d'amour, d'honneur, de perfidie.

A ce délire, enfant d'un amour vif,

ORGAM 10

Bientôt succède un air morne et pensif, Et tour à tour elle passe de môme De cette paix à ce délire extrême.

Telle parut la Nymphe sur les eaux, Lorsque sa bouche eut prononcé ces mots.

Brûlés d'amour, les yeux baignés de larmes,.

Les Paladins laissaient tomber leurs armes.

Charles le voit, et piqoant son coursier, Dans la rivière il saule le premier.

L'armée eut honte alors de sa faiblesse; On court, on vole, on le suit, on se presse, Et notre Nymphe, en jetant des sanglots, Fut se cacher et pleurer sous les flots.

Ce trait sans doute était fort honorable ; Mais, mes amis, soyons de bonne foi ; Le triste honneur de triompher de soi Vaut-il encore une faiblesse aimable?

Le Diable en 1 air, sur un rayon perché, A vu s'enfuir sa coupable espérance, Avec Chariot^ la Nymphe et le Péché.

Parmi la fleur des pénaillons de France, > Nul ne trébuche, et le courroux d'en haut Fut allumé; par qui? par un dévot.

Or, vous saurez qu'il était dans l'armée Certain Prélat tout bouffi de vertus.

Musqué de grâce, et fourré d'orémus.

Nommé Turpin, de mémoire embaumée.

La Belle en pleurs quand le saint homme vit, En se signant, son cou tors il tendit, Et se tapit chastement sous des saules.

Moi j'aurais cru que si TEsprit malin, Par un péché pouvait perdre les Gaules, C'aurait été quelque fier Paladin Qui l'eût commis. V Archevêque en prière.

Jusqu'à la nuit resta sous la bruyère; Et dès que l'ombre obscurcit le lointain, Les yeux baissés, il descend au rivage^ Et l'Esprit saint lui 4\cXft ç.^\^\^^^^^^

' Qu'il prononça d'un air tendre et bénin.

. « Quitte le fond de ta grotte, ô ma brune, « Ouaille pie, et dans mes bras bénis, « Viens oublier tes peines et soucis; « Point n'ai trempé dans l'injure commune, « Bien tu le vois; Dieu me perde à tes yeux, « Plutôt que faire ainsi qu'ils ont fait, eux. >/

Du haut du Ciel, alors le bon Saint- Pierre Avait baissé ses yeux creux sur la terre; Du saint Évèque il était le patron; Il le couvait de son regard paterne.

Et lui prêtait quelquefois sa raison.

Pour lui servir ici-bas de lanterne, Las! il partit du séjour éternel, Pour lui sauver ce doux péché mortel.

Le bon apôtre en sa main, comme un cierge.

Tient en volant sa luisante flamberge.

Et de son corps Téclat éblouissant Trace dans l'air un sillon ondoyant.

Il approchait du monde sublunaire.

Quand tout à coup une voix de tonnerre, De certain B, fit retentir les airs.

Pierre se tourne, et voit TEsprit pervers :

Il est glacé d'une peur effroyable.

Mais se rassure et s'avance. Le Diable Lui dit : « Pierrot, je t'attendais ici.

<( Fils de p. je te cherchais aussi, « Lui riposta le Saint d'une voix ferme.

« C'est aujourd'hui que nous allons vider « Nos vieux débats; Dieu met ici le terme « A ton audace, et va me seconder. »

Parlant ainsi d'une voix nazillarde, Le Saint tremblant poignit sa hallebarde; VAnge cornu^ dressant son noir griffon, Se précipite, et le combat s'engage.

Dieu de paix, vous le permîtes donc!

Pierre, aveuglé par sa chrétienne rage.

Souille ses mains sur le cuir d'un Démon.

OHGANT 21

Muse, redis cette fatale noise. Entre leurs mains l'acier brille et se croise, Et les combats du Grec et du Troyen, Et de Jancrèdc^ et du fier Circassien, Si redoutable autrefois dans Solime, N'approchent point de la savante escrime.

Acharnement, fureur, vivacité Dont combattait notre couple irrité.

Mathieu Paris, homme à cervelle anjj:laise, De qui je tiens ceci, par parenthèse, Dit là-dessus, c'était assez leur lot; L'un était diable, et l'autre était dévot.

Par un détour, Satan, avec sa queue, Au nez du Saint, laisse la place bleue.

L'Anglais Mathieu, qui rapporte ce trait, Aurait bien dû nous dire à ce sujet Comment Tesprit peut être susceptible De recevoir quelque empreinte sensible.

Néant de l'homme ; on peut être Breton, Et n'avoir pas pourtant toujours raison.

Très prudemment Saint-Pierre crie à Taide; Un Ange vient. Satan appelle à lui; Arrive alors un Diable quadrupède.

Vomissant flamme, enfumé, velu, cui.

Ses hurlements font retentir l'espace; Sur les deux Saints il fond avec audace, Les met en fuite : ils appellent encor.

Un bataillon arrive pour renfort.

Tout l'Enfer vient, le Ciel se multiplie.

Et rintérêt d'un combat singulier Cause bientôt un horrible incendie.

L'on voit partout luire l'affreux acier; De tous côtés les bataillons chancèlent, Et tous les yeux de fureur étincèlent.

Lorsque Vhiver, en son char nébuleux, S'est élancé des sommets de la Thrace, Et couronné de frimas et de glace.

Souffle la mort dans nos c\\îvw\^?» ç^x'^^.^Nyk^

Les bois déserts jaunissent les rivages

De moins d'essaims de leurs tristes feuillages^

Qu'on ne voyait de cimeterres nus,

De chars de feu roulant sur les nuages,

De bataillons fièrement étendus,

De braquemarts, de boucliers, de casques,

Et de Démons sous des formes fantasques.

Là, Ton voyait de petits Anges blonds, Aux ailes 3'or, aux yeux bleus, aux culs rondii, L'arc à la main, comme l'enfant de Gnide, Sur des rayons voltiger par le vide.

Ici volaient de brillans Chérubins, Environnés de défuntes nonnains.

Là des Prélats, tout chamarrés d'étoles.

Vêtus de rouge et coiffés d'auréoles, Brillaient encor de ce coloris vif.

Dont ici bas l'austère pénitence, Les oraisons, l'amour contemplatif Enluminaient leur dévote éminence.

Mais, d'autre part les guerriers infernaux Offraient à l'œil un spectacle effroyable; Là d'un dragon la croupe épouvantable, En cent replis recourbe ses anneaux.

Là des géans à tète de cyclope.

Là dans les airs un Centaure galope :

L'un est chameau, l'autre vautour, et bref, Un autre Moine, oreille d'âne au chef.

Au même instant où les troupes grossirent, Le doux Apôtre et le Roi des Maudits Avaient laissé leur combat indécis; Les escadrons à leur voix s'arrondirent.

Tout orgueilleux de soumettre l'Enfer, Pierre^ animé, grimpe sur un éclair; Devant ses pas marche la Renommée, Trompe à la bouche, une oreille à la main.

Emblème fier des prouesses du Saint.

Pierre se signe, et bénit son armée. Le Satanas, sur un dragon de feu.

ORGANT 23

Volait en Tair, et sa bouche enflammée

Tint ce discours : « Fiers ennemis de Dieu,

<( Voici le Ciel, autrefois votre place;

« De mon forfait je n'ai point de remord;

« Par un nouveau, couronnons notre audace,

« Et vengeons-nous de l'injure du sort.

« Il Ta voulu; par un coup de tonnerre

u Précipités du séjour de lumière,

« Le noir Ténare, en ses flancs odieux,

<( Servit d'asile à l'élite des Dieux.

<( J'ai tout perdu, ma dignité suprême,

u Mon sceptre d'or, et ce trône immortel

« Qui dominait les Puissances du Ciel ;

u Mais, malgré tout, je suis encor moi-même.

<( Indépendant des arrêts du Destin,

« J'étais un Dieu, je le serai sans fin,

« Et les sillons de la foudre éclatante,

u Et les tourmens de la Gehene ardente,

« Ne peuvent point arracher à mon cœur

« Ni repentir, ni l'aveu d'un vainqueur.

« Je fus jadis, dans l'Olympe céleste,

« Le Dieu du bien; le mal et la fierté

<( Sont mon essence et ma divinité.

« J'ai tout perdu, mon courage me reste

« Pour triompher ici de nos rivaux,

« Ou pour braver des supplices nouveaux. »

Qu'on se figure Amphitrite immobile.

Roulant ses plis d'une haleine tranquille.

Les Alcyons promenans leurs berceaux, Et les Tritons se jouant sur les eaux; Puis tout à coup les cieux qui s'obscurcissent, La mer en feu, les rochers qui pâlissent, Et les éclairs, et la foudre, et le vent, Qui méconnaît l'empire du Trident.

Ainsi l'on voit les Guerriers qui s'avancent, Avec le bruit des clairons belliqueux.

Réglant leur pas fier et majestueux; Mais tout à coup au s\g\i^\ *\\^ ^' ^"te^^^-^wv \

Leur choc affreux fil retentir le ciel; Des chars de feu les débris voltigèrent, Et des éclairs de Tacier immortel De tous côtés les nuages brillèrent.

Au même instant, les damnés, les élus, Diables et Saints se virent confondus.

Les escadrons se choquent, se dispersent.

Sur les coursiers les coursiers se renversent.

Avant que Dieu, de son souffle puissant.

Eût débrouillé l'Empire du néant, Des élémens la guerre épouvantable, Et leurs combats et leurs rébellions N'expriment point le désordre effroyable Que J/ars souffloit parmi les bataillons.

On se pourfend, on s'écrase, on se perce; On jure, on crie, on s'avance, l'on fuit; On se mesure, on court, on se poursuit, Comme les flots que le vent bouleverse.

Egale rage, égal acharnement, Le sabre en main, là marche Foutriquani, Tout devant lui fuit comme la poussière; Les Saintes, non ; car ce Diable paillard Est chamarré, par devant et derrière, * De ces hochets qu'Hp/oïse trop tard Redemandait à son cher Abailard, De plus en plus redouble le carnage; L'on se blessait, mais Ton ne mourait pas.

Sur l'arc-en-ciel. entouré d'un nuage, En se signant, Jésus disait : llélas!

Pourrai-je voir une telle furie?

Non. A ces mots, il appelle les vents, Trouble les airs, fait gronder les Autans, Et d'eau bénite il répand une pluie.

Il fallait voir tous les Diables rôtis Prendre la fuite en jetant de grands cris.

Moins promptement les vents soumis se turent, Quand A'eptunus, armé de son trident, Leva le front sur l'humide élément.

ORGANT 23

En un instant les Diables disparurent.

Sur son éclair, Pierrol les poursuivait,

Tout agité d'une fureur tranquille,

Criant du ton que jadis il prêchait :

« Où courez-vous, troupe vaine et servile?

« Lâches, allez dans réternelle nuit

« Cacher au Ciel Topprobe qui vous suit.

« Quelle terreur glace votre courage?

« L'eau vous fait peur! Ah! je croirais bien plus

« Que vous craignez le destin de Malcus î »

Le Saint, du geste appuyant ce langage,

Contre un essaim des profanes Esprits

Laisse échapper la clef du Paradis ;

De cette clef des Diables s'emparèrent,

£t dans le Ciel bientôt se renfermèrent.

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