‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 25 sur 150 · CHANT XII · texte numérisé non relu

CHANT XII

Comment Saint-Jean rendit bien sot Antoine Organt; comment le ieux Nemours commanda Varmée; mort rf'Elisaire.

Vous connaissez la plainte douloureuse, Le désespoir, les vœux impatiens Qu'éternisa la Muse langoureuse Du faible ami du Messager du Mans; Ainsi les Preux et Chevaliers de France Se lamentaient sur la cruelle absence Du saint Prélat. Les Dames d'Illium Pleurèrent moins sur leur Palladium.

Les maux affreux d'une si longue guerre^ Du Dieu vivant annonçaient la colère.

Le plus beau sang des gaulois bataillons, Depuis quinze ans engraissait les sillons.

Il n'était point en France de famille Qui ne pleurât la mort de sesparens, Et point de femme, et de veuve, et de fille, Qui n'eût changé deux ou trois fois d'amans; Même l'on crut l'Impératrice veuve, Depuis que Charte avait passé \ft Çl^un^ \

On le cherchait, et nul ne revenait.

Mais laissons Charle un moment, je vous prie.

Organt aussi dans les airs se perdait.

Etant parti de YAsinomaïey Le Paladin s'avançait vers le ciel, Toujours juché sur son àne immortel, Chantant parfois, et battant la mesure Contre les flancs de la sainte monture, Qui se cabrait impétueusement.

Saint-Jean était seigneur d'une planète Non loin de là, pas trop près cependant; Mais les Esprits volent rapidement.

Jean aperçoit le pauvre âne, et projette De le sauver; il en arnache, bref, L'Apocalypse, et l'auréole au chef.

Le Saint alerte et jà se faisant fête, Vole au galop, du pied frappant sa bête.

Il joint Organt j et présente à ses yeux Dans la vapeur un globe radieux.

En avançant, il croit voir des campagnes, Des champs, des bois, des forêts, des montatgnes Un air serein, une vive clarté; De mille voix le touchant assemblage, Semblent former de ce charmant rivage Un séjour fait pour la Divinité.

Tout ce qu'on dit de Paphos et de Gnide^ Et de Cylhère^ et du palais à'Armide^ Ce que la Fable autrefois a vanté, De ces jardins où pénétra Thésée^ Et des vallons du paisible Elisée^ Se rencontrait sur ce bord enchanté; Il n'y manquait que la réalité, Ce beau pays n'étant qu'une chimère, Pour l'inviter à mettre pied à lerre, Et délivrer le Saint mal avisé.

Fleuves, rochers, monts et forêts profondes N'étaient formés que d'un air condensé.

Antoine vit essaim dô N^vxv^\!l^?» bl^wd^s^

ORGANT 117

AU fin souris, aux tresses vagabondes, Qui, s'animant au bruit de leurs chansons, Sans les courber, dansaient sur les gazons.

Un cri joyeux sortit du sein des ondes, Et tout à coup de mille tourbillons L'on vit jaillir et Nynaphes et Tritons, Qui, pour chanter TAmour et ses poisons, Etaient sortis de leurs grottes profondes.

Le Ciel parut et plus frais et plus pur.

Et se peignit du plus riant azur; Le vent se tut, les oiseaux préludèrent, Et ces accents dans la plaine volèrent :

« Qui que tu sois, aimable Chevalier, « Que le hasard conduit sur cette rive, « Vois-tu le Temps? sa course fugitive « Nous avertit de jouir et d'aimer. .

« Ecoute bien. La vie est une rose « Qu'épanouit et fane le Zéphir ; « Le char du Temps ne fait aucune pause « Que celles-là qu'il fait pour le plaisir.

« Tout nous le dit : oui, la vie est un songe. « Les yeux fermés, rêvons tranquillement; <( Par les erreurs le plaisir se prolonge, « Et le sommeil est moins indifférent.

<( Dans les amours passons notre jeunesse; <( Allons brûler à Tautel des plaisirs, (( Et dans nos cœurs, durcis par la vieillesse, « Préparons-nous d'aimables souvenirs. »

Nymphes, Tritons, à ces mots s'embrassèrent.

Et sous les flots ainsi se replongèrent.

L'une partant demeura sur les flots^ Elle tendait les bras à mon Héros; Sur ses appas l'onde claire et tremblante Parait au cœur une gaze piquante.

Ses yeux étaient animés par l'amour; Son teint était aussi pur que le jour; Sa bouche était le sourire lui-même; Et du désir la violence exUèm^,

as ŒUVRES COMPLÈTES DE SAIXT-JUST

De son beau sein agitait le contour.

Organl ne put contenir dans son âme Les mouvemens de son ardente flamme; Il descendit pour voler sur son sein :

Tout s'éclipsa; tout disparut soudain.

li'Ane, entonnant son hymne meurtrière, Fut essuyer les quolibets des Dieux, Et le Héros, la tète la première.

Roulades airs pendant un jour bu deux.

11 eût péri sans Monsieur son bon Ange, Qui, sans rancune, en ses bras le retint, El rapporta sur les rives du Rhin, Tout étourdi de cette chute étrange.

Les ennemis avaient quitté leur camp; Ils s'avançaient sur un front menaçant, Pour présenter bataille au Roi de France, Et cependant les Chefs, en son absence, Plus fous que grands, plus vains qu'audacieux, Dans une ardente et confuse assemblée, Se disputaient ce poste glorieux.

S'il n'eût été frappé dans la mêlée D'une terreur dont son âme est troublée, Par droit d'orgueil, de valeur, et de sang, Pépin lui seul prétendrait à ce rang; Mais sa frayeur, encôr toute récente, Le retenait prisonnier dans sa tente :

Les ennemis avançaient cependant.

Henri de Nel jurait sur son épée; Montmorency sa Maîtresse et son Dieu; Et Chôtdlon, son Patron Saint-Mathieu, Que leur valeur ne serait pas trompée.

Le vieux Nemours alors lève la voix :

Nemours était le Nestor de la France; Il en avait et Tàge et l'éloquence, Et, comme lui, sa valeur autrefois Avait brillé par d'illustres exploits.

On respectait son antique vaillance.

Chacun se tait; on Técoule, il commence :

« Il est honteux, pour d'aussi braves gens,

De disputer des degrés et des rangs.

Le plus beau poste est celui du carnage.

Et tous Tauront, si tous ont du courage.

Jai remarqué que le commandement,

Ceci ^oit dit sans vous porter ombrage,

Était brigué par des lâches, souvent.

Loin des dangers, et voisin de la gloire.

Environné de ses gardes nombreux,

Un général, à l'exemple des Dieux,

Impunément concourt à la victoire.

Le plus beau poste est celui du Soldat

Bravant la mort dans le feu d*un combat.

Vous vous devez à l'honneur de la France;

Chefs ou Soldais, rien n'y fait, mes enfans.

Soyez Français, vous serez assez grands;

Sachez mourir, voilà la récompense. »

Les Paladins, confus à ce discours.

Crièrent tous : Notre Chef est I\'emours.

Il s'excusa sur l'âge et sa faiblesse; Ce fut en vain : on le force, on le presse.

Enfin il cède. A la voix du vieillard.

On s'arme, on court, on s'assemble, l'on part. Les deux partis arrivent en présence.

La terre au loin gémit sous les coursiers.

Et sous l'airain des pesans Chevaliers.

Les escadrons s'observent en silence. Tout le vallon est couvert de Soldats, Le soleil brille, et la plaine étincelle.

Au fond des bois, la tendre Philomèle Chante l'amour, quand Ton vole au trépas.

On voit en l'air la Discorde cruelle.

Le Général, sur un coursier fougueux, De rang en rang promène la victoire.

Criant d'un air tranquille et courageux :

Vive la France! El mourons pour la gloire!

L'acier poli couvre ses cheveux blancs.

Son cœur sensible, et ses bras Vt'vou\^\v^w'à.

Mais tout à coup le formidable espace Qui séparait tous ces fous pleins d'audace, A disparu sous les pas des chevaux; Un bruit de guerre a frappé lès coteaux.

Audacieux, les Braves s'élancèrent, Et, confondus, les escadrons chargèrent.

Des braquemarts heurtés avec fracas, On voit jaillir des torrents d'étincelles; Tout est en feu, les bras croisent les bras.

Le sang jaillit des blessures mortelles, De mille traits les airs sont obscurcis, De cris affreux les rochers retentissent, Les eaux du Rhin de carnage rougissent, Et vont bientôt épouvanter Tkétis.

Un coup de sabre emporte à Théleminte Morceau de heaume où sa Dame était peinte On l'y voyait, timide avec ardeur, Faible sans art, et vive avec langueur; Son bras de lait retient avec mollesse Un fin tissu, dont Timprudent écueil Montre à l'esprit ce qu'il dérobe à l'œil; Fragile emploi, dont souvent, par finesse.

Dame Rigueur a chargé la Faiblesse, Noire Saxon roule les yeux par-tout, Pour découvrir l'Auteur d'un pareil coup; Mais un second, sur sa cuirasse grise, Dans les enfers évoque sa surprise.

Et l'envoya rejoindre ses amis, Non baptisés, et pour cela rôtis.

Au haut des airs, sur un nuage assis, D'un rire sot, madame Balourdise Applaudissait au courage inhumain.

Aux cris aigus des Soldats en furie, Aux froissemens des armures d'airain, Au point d'honneur de la Chevalerie; Et la Discorde^ une crosse à la main, De noirs serpens la tète échevelée.

Allait partout criant dans la mêlée :

ORGANT 121

Amis, pour Dieu^ combattez vaillamment, Et baptisons ce peuple mécréant.

Orgut jurant tombe aux pieds de Tavane, Jacques Z>ra^/e attaque Salamane, Lequel, après Tavealure profane Dont j'ai parlé, d'après Mathieu Paris, Revint au camp et quitta nos bandits.

Les deux Héros, à Farnèse, jadis.

S'étaient trouvés chez un certain Marquis.

L'Histoire dit qu'ils y prirent querelle.

Pour un bon mot que le Gaulois Draële S'était permis sur la voix dure et grêle De ce Saxon qui trancha la querelle.

D'un vaillant coup de sa lance en champ clos; C'était ainsi qu'il payait les bons mots.

Ces deux Messieurs ici se retrouvèrent ; Impétueux, ils se précipitèrent; Et furieux, le braquemart en main.

Avec fracas se heurtèrent soudain.

Figurez-vous deux lions en furie, S'entrechoquant dans les bois d'Hircanie.

L'écho répond à leurs rugissemens, Et de la queue ils se battent les flancs; Leur gueule écume, et leur langue sanglante Jette avec peine une haleine bruyante.

Ainsi Draële et son rival fougueux Se sont atteints d'un choc impétueux, En mille éclats ont brisé leurs armures.

Et se sont fait de profondes blessures.

Leurs bras nerveux se sont entrelassés; Le Franc adroit se ployé avec souplesse; L'un est plus fort, et l'autre a plus d'adresse. Tantôt courbés, et tantôt redressés.

En cent replis tout leur corps se tortille ; Enfin leurs pieds se sont embarrassés, Et Tun sur l'autre ils se sont renversés.

Que l'un des deux n'était-il une fille î Le ciel au loin de leur chule îtërcùV.,

122 QKUVBES COMPLICITES DE SAINÏ-Ji:ST

Et sous leurs pieds la terre tressaillit.

Sur des chevaux pèle-môle ils tombèrent.

Et sur Tarène avec eux se roulèrent.

Couverts de sang, de poudre, et de sueur.

Dans les objets de son culte profane,

Dieu punit Thomme, et Draë!e^ en fureur,

Tout justement mordit mon Salamane

En cet endroit par où mainte Nonnain

Fut polluée, et cessa d'être vierge;

Endroit béni, que la sœur Augustin

Pieusement embrassa pour un cierge.

En blasphémant, il y porta la main.

Mais un peu tard; le superbe Oracle

Montre en riant sa dépouille cruelle.

« Tu peux aller, dit-il d'un ton plaisant,

<( Dans nos moutiers trousser les saintes filles,

« Et perforer nos Comtesses gentilles.

« On te prendra pour un jeune innocent;

« On t'ouvrira les boudoirs et les grilles,

« Et tu devras ces faveurs à ma dent;

(( Tu dompteras des coursiers à ton aise,

« Tu brilleras beaucoup mieux qu'autrefois

« Dans les festins du Marquis de Farnèse,

«■ Par la souplesse et Téclat de ta voix. »

Mais un grand cri vient de percer les nues.

Quelle terreur a frappé les Saxons?

Je vois par-tout leurs troupes éperdues Tourner le dos et voler vers les monts.

C'était Organt, dont la main foudroyante Semait PeiTroi parmi leurs bataillons.

Le seul Odmard à ses yeux se présente.

« Laisse, dit-il, laisse ces vils champions, u Et par ta chute, ou bien par ta victoire, « Viens assurer ou ma honte ou ma gloire. »

Leurs coutelas déjà se sont croisés.

Du cliquetis les échos retentissent, El, pleins d'effroi, les deux partis frémissent. Le brave couple, avec agilité.

OliGA.NT 12:

Se balançant sur ses jarrets mobiles.

Tantôt s'épuise en feintes inutiles, Tantôt s'observe avec tranquillité :

Bientôt après, impétueux, terrible.

Leur bras s'anime, et vif comme l'éclair.

Agite, meut et fait briller le fer.

Les ennemis avaient repris courage.

Et Brnndamm\ à leur tête accouru.

Fait (les Gaulois un horrible carnage. Son corps était légèrement vêtu ; Pour toute armure il avait sur la lôle Casque d'airain, ombragé d'une aigrelle, Et surmonté d'un dragon furieux, Qui vomissait la flamme par les yeux.

Son bras terrible, armé d'une massue.

Comme l'éclair en tout sens se portait.

De tous côtés frappait, exterminait.

Et de loin même épouvantait la vue.

Enfant léger de l'agile Aquilon, Son fier coursier fendait un bataillon.

Cet Infidèle étend sur la poussière laudes, Tavanne et l'aimable Elisnire.

Ciel! il expire à la fleur de ses ans!

Parque cruelle, aveugle destinée î 11 ne vit point son seizième printemps!

Que deviendra sa mère infortunée.

Quand le pouvoir de son art enchanteur Révélera ce trépas à son cœur?

Eleama, dans sa douleur extrême, Du sort jaloux accusant les décrets.

Loin de son fils, ou plutôt d'elle-même.

Du mont Adule habitait les sommets.

Là s'élevait sur un rocher antique.

De son palais Tédifice magique.

Impénétrable à la clarté du jour.

Un bois terrible en fermait le contour ; On n'y voyait aucunes avenues, Et son chemin était celui des tixsL^'à *.

On n'entendait, ni la voix des Bergers, Ni les accens des oiseaux printaniers, Et les échos de ces affreux rivages Se renvoyaient de rochers en rochers Les hurlemens de cent monstres sauvages.

Ce n'était plus ce séjour enchanté, Où les désirs de l'aimable Eiisaire, Des rochers môme ornaient l'aridité, Où la Nature, attentive à lui plaire, A pleines mains épuisait ses trésors; Le Ciel ingrat ne luit plus pour ces bords.

Lorsqu' J^'/isaire, à la gloire sensible.

Abandonna ces rivages déserts.

Un crêpe affreux, épandu par les airs.

Changea le jour en une nuit terrible.

L'Enchanteresse évoqua les Démons; On entendit mugir les Aquilons; Le feu du ciel couvrit soudain la terre, Et tout périt, frappé par le tonnerre.

Eleama^ depuis ce jour affreux.

Dans les langueurs d'une attente incertaine.

Sur cet objet et d'amour et de peine A chaque instant interrogeait les Dieux.

C'était au fond d'une caverne horrible, A la lueur de lugubres flambeaux.

Que les accens de sa bouche terrible Interrogeaient les monstres infernaux.

En vain trois fois sa voix s'est fait entendre L'antre mugit, et l'oracle se tait.

Mais ce silence, en son cœur inquiet, Rendant plus vif un intérêt si tendre.

Sa rage éclate. « On est sourd à ma voixl « Et depuis quand méprise-t-on mes lois?

« Esprits impurs, redoutez ma colère; « Obéissez, ou craignez le tonnerre.

« Répondez-moi, qu'est devenu mon fils? »

— Ton fils n'est plus. « 11 n'est plus, et je visi « mon cher filsî ô mon cher Elisairel

ORGANT 12S

« Que deviendrai-je à présent sur la terre ?

<( Destins cruels, qui me l'avez ôlé, <( Délivrez-moi de l'immortalité.

<( mon cher fils! Elisairel EUsairel « Tes yeux, hélas! ne verront plus ta mère!

« Heureux époux, la mort et le destin a Ont épargné ce vautour à ton sein, « Et moi, des cieux la faveur ennemie, « Pour vous pleurer, a respecté ma vie.

« Mais ce n'est pas le temps de m'affliger. « Je dois gémir, mais je dois me venger.

« Démons, sortez de Tinfernal abîme; « A ma fureur, joignez votre fureur ; « Venez m'aider à trouver ma victime ; « Et de ma rage empoisonnez son cœur. »

Le mont Adule, à sa voix effrayante, A tressailli sous sa voûte tremblante.

Elle avait dit, et dans Tair embrasé.

Parmi les feux, son char s'est élancé.

On se battait au Rhin avée furie.

Totila meurt sous les coups de Drastor; Richard le preux au discourtois Hetor Vient d'arracher une coupable vie ; Gombaud attaque et renverse Ogrifoux, Et Brandamar porte ses derniers coups.

Le Ciel s'enflamme, on entend le tonnerre, Et tout à coup, sur un trait de lumière, Le cœur rempli de ses brûlans transports, Eleama s'abattit sur ces bords.

A son aspect, les deux partis tremblèrent, Le Rhin frémit, les forêts s'ébranlèrent; Son char, parti sur les ailes des Vents, Etait traîné par des lions volans; Leur gueule noire, écumante, enflammée, Couvrait le mords de sang et de fumée.

Et sur leurs cous des crins étincelans.

D'un vol pressé suivaient les mouvemens.

Eleama, de fureur allumée,

Du haut des airs précipite son char,

Où combattait le fatal Brandamar.

« Monstre cruel, dont le bras téméraire

« Perça le sein de mon fils Elisaire,

« Viens à ton tour assouvir sous mes coups,

« Et ma vengeance, et son ombre en courroux.

« Bientôt mes mains, au sein d*un mausolée,

« Déposeront sa cendre consolée ;

« J'arroserai son urne de mes plours,

« Et les saisons la couvriront de fleurs.

« Pour toi, jamais les larmes maternelles

« N'arroseront tes cendres criminelles;

« Sur ces rochers les vautours ramassés

« Déchireront tes membres dispersés;

« A leurs p<:*tits, les loups de ces rivages

u Les traîneront dans leurs antres sauvages :

u Meurs. » A ces mots, son bras, avec fureur.

De mille coups lui déchire le cœur.

Le Guerrirr tombe, et son ombre infidèle

Fuit à jamais dans la nuit éternelle.

Les veux en pleurs, l'Enchanteresse alors

Cherche son (ils dans la foule des morts;

Sous des chevaux, sans pouls et sans haleine,

Sa mère, hélas! le reconnut à peine.

Le sang baignait ce sein infortuné,

Où le duvet n'était pas encor né;

Ce tendre sein, h qui la mort cruelle

A refusé l'étreinte d'une Belle.

Ses yeux fermés, son teint blanc et vermeil

Semblaient mar([iier un tranquille sommeil.

Vous auriez dit cette charmante rose

Qu'un fer jaloux cueillit à peine éclose!

Elle offre encor son premier incarnat,

Mais sa blessure en a t<iri l'éclat.

Eleama pousse un cri dans la nue,

Et sur son fils elle tombe éperdue;

Entre ses bras elle tient embrassé

Ce tendre espoir de son cœur abusé^

ORGANT 127

Pâle, tremblante, et d'une voix pénible, En embrassant ce visage insensible :

« Est-ce donc là. fils trop infortuné, « L'espoir brillant que tu m'avais donné?

« Ah ! sont-ce là ces lauriers, cette gloire, « Et ce front ceint des mains de la vidoire ! « Mais ma douleur n'accuse pas le sort ; « C'est moi qui suis la cause de sa mort.

« Regret affreux pour mon àme éperdue !

« Mon art pouvait, par des charmes heureux, « De mon palafs lui îermer toute issue, « L'environner de rochers sourcilleux, « Et ne laisser que la route des cieuxî...

« Mais, mon cher fils, c'était ta destinée, « Et la mienne est de vivre infortunée...

« Le seul plaisir de mon cœur affligé « Est, s'il te perd, du moins qu'il l'a vengé. » Sa voix alors sur ses lèvres expire.

D'un bras tremblant son voile elle déchire. Et des lambeaux, de ses larmes baignés.

Couvre ces yeux à la nuit condamnés.

Quelques Démons qu'elle avait amenés, Prirent son fils, sur son char le posèrent.

Et par les cieux les lions l'emportèrent.

Les deux partis ont reculé d'horreur.

De Brandamar on plaint la destinée; Mais l'on excuse une mère égarée.

Bientôt la Nuit, mère de la Terreur, Des combaltans vint ralentir l'ardeur.

Les Chevaliers retournent dans leur tente, Main fracassée, et l'autre triomphante, Faire l'amour, et changer de harnois.

On entendait dans le camp des Gaulois, Et des sanglots, et des chansons à boire.

Le tendre Amour pleure sur les débris De tant de cœurs à son culte ravis, Qui, dans ce jour, ont passé l'onde noire.

Le Dieu Morphée, avec ses froide ^^nqX's.,

Sur tous les yeux répand l'oubli des maux.

, L'audacieuse et tendre Caroline, Entre deux draps, à son page vivant, Abandonnait sa vigueur enfantine, Et quelquefois lui disait en pleurant :

Si je m'étais noyée, ô mon cher page!

Mais cependant rends-moi mon pucelage.

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