‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 71 sur 150 · CHAPITRE XVI De Varmée de ligne · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI De Varmée de ligne

La nature d'une armée de ligne est la servitude ; quelle honnêteté peut-on attendre de ces hommes qui se font tuer pour de l'argent. Le soldat est véritablement un esclave, et l'esclave armé n'est bon que chez un peuple guerrier.

Quand la Germanie et PEgypte ne furent plus conquérantes, les esclaves conquirent leur liberté ou brouillèrent les lois.

L'insolence du soldat corrompt les mœurs d'un peuple

libre ; mais comme il n'est point de vice que Tart du législateur, s'il n'est point un tyran, ne puisse plier à la liberté, il est possible que l'armée devienne l'école de la vertu, et le principe de l'éducation.

Supprimez et rendez à la glèbe cette innombrable foule de gens à la solde des lois (pour me servir de l'expression de l'immortel Rousseau); que la jeunesse, au lieu d'user sa vie parmi les délices et le vice oisif des capitales, attende dans Tarmée de ligne l'époque de sa majorité ; (ju'on n'acquière le droit de citoyen qu'après un service de quatre années dans l'armée ; vous verrez bientôt la jeunesse plus sérieuse, et l'amour de la patrie devenu une passion publique. Les mœurs et les usages chez les nations libres dérivent des lois ; dans la monarchie, du Prince ; dans le despotisme, de la relij^ion ; c'est pourquoi dans le premier cas, tout concourt à la liberté ; dans le second tout tend à l'œil et à l'appui du monarque ; et dans le troisième tout est superstitieux.

GIIAPITUE XVII Des dardes Nationales.

C'était au milieu de l'anarchie, parmi hi tempête de la liberté, que celte dangereuse institution calma tout; le peuple se lia de ses mains, se maîtrisa iiii-mème; Tordre naquit de la confusion ; on apprit à se respecter parce qu'on tombait à chaque instant sous la dépendance Tun de l'autre; d'utiles terreurs soudain répandues formaient l'esprit public, et faisaient supporter le poids des armes et la fatigue des veilles. Chacun fut dépositaire de la loi, il ne resta plus personne pour la violer; d'un côté le peuple sentit sa gloire et fut généreux ; de l'autre il connut sa force et ne redouta rien.

Quelques-uns prédirent que le peuple se lasserait bientôt de tant de fatigues, autant valait-il dire (ju'il se lasserait de son orgueil ; il était bien plus à craindre quïl ne se ralentit point du tout. 11 a fallu le réprimer plus souvent que l'exciter. On soumit bientôt l'armée au. comm^\A^\sv^^î<N.

du ministère civil ; sans cela l'opinion fut devenue mili^ taire, et les magistratures auraient été sanglantes.

J'ai vu des personnes se récrier sur l'humiliation où la garde citoyenne est selon eux tombée par Tappui de la perception des tributs; c'était un reste de préjugé qui attachait de Tinfamie aux coupables impôts établis par le despotisme. La protection des. tributs, s'ils ont été librement consentis, est un titre de souveraineté, que le monarque lui-même exerçait autrefois. Quand la patrie commande, rien n'est honteux. Le soldat d'un Etat libre est plus grand que le visir d'un despote.

Quelle pénétration il a fallu pour rendre vertueux les sujets d'une monarchie, et pour produire une opinion qui liguât la force et les principes; c'est là, sans doute, le comble de l'habileté, et la raison la plus sage qui se puisse donner du calme qui suivit l'insurrection.

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