CHAPITRE XXXI. — BURGOS
avait tout irabord assignée. Le seul inconvénient, c'est que la communauté n'en jouit point pour Tinstant, mais j'ai toujours eu la confiance qu'elle n'en souffrirait pas. Notre-Seigneur, qui envoie des aumônes aux monastères fondés sans revenus, saura bien donner à des personnes charitables Tinspiration d'assister celui-ci, ou bien il le pourvoira lui-même par d'autres moyens.
Néanmoins, comme aucun monastère n'avait été fondé dans ces conditions, je demandais de temps en temps à Notre-Seigneur qu'ayant ainsi disposé les choses, il daignât faire en sorte que les rehgieuses eussent ce qu'il leur fallait, et j'aurais bien désiré ne partir qu'après la réception de quelque novice. Un jour que cette pensée m'occupait après la communion, le divin Maître me dit : De quoi t'inquiètes-tu ? cela est déjà fait^ tu peux partir, me faisant entendre par là que les religieuses auraient le nécessaire. Dès ce moment, je n'éprouvai plus la moindre sollicitude : il me semblait les laisser avec des revenus assurés. Sans délai, je préparai mon départ, car j'avais l'impression de n'être plus que pour mon plaisir dans cette maison si à mon goût, tandis que je pouvais, en souffrant davantage, être plus utile ailleurs.
L'archevêque de Burgos et l'évêque de Palencia restèrent très bons amis. Le premier, depuis lors, nous témoigna la plus grande bienveillance. Il a donné l'habit à la fille de Catherine de Tolosa et à une autre novice qui ne tarda pas à entrer aussi (1). Jusqu'ici diverses per-
(1) La pi'emièi'o cérémonie eut lieu le 20 avril, le lendemain de Térection solennelle du monastère. L'archevêque de Burgos avait voulu assister à la messe de prise de possession, il tint & présider la prise d'habit et à faire
sonnes ont pris de nous le plus grand soin. Notre-Seigneur, j'ea suis sûre, ne laissera pas souffrirses épouses, si elles le servent comme elles y sont obligées. Je le prie, par sa miséricorde et sa bonté infinies, de leur en faire la grâce (1).
Jésus.
Je crois devoir raconter ici comment saint Joseph d'Avila , le premier de nos monastères — j'en ai rapporté la fon-
le sermon. Au rapport de la nièce tle sainte Tért'se, qui élail présenlc, il s'accusa en chaire, avec larmes, d'avoir été pour la sainte et ses filles une caase de souifrance pai' la longueur de ses délais, et il loua hautement les mérites de la fondatrice. (2^ Dép. de la sœur Térése de Jésus.) A cause de sa grande jeunesse, Hélène de Jéâus ne prononça ses vœux que q^mtre ans plus tard, le 25 juin 1586. A xx^in^ 1& communauté se trouvart-elle installée, qu'une veuve de Burgos, nommée dofia Béatrix de Arzeo y Covarrubias, s'était présentée pour revêtir, elle aussi, l'habit du Carmel. <"était une personne distinguée, s(pur d'un régidor influent., mais ne l)0uvant fournir qu'une dot fort médiocre. Doua Béatrix plut beaucoup à la sainte mère, qui se hôta dte solliciter poirr son admission raulorisation du provincial. Elle l'obtint par une pièce officielle du 0 mai 1^2, qui se garde encore à V Aijuntamiento de Burgos. (Voir, à la fin de ce volume, Docura. 73.) Des conventions forent passées le 12 mai entre la future novice et sa mère d'une pari, sainte Térèse et la communauté de l'autre. (Voir Docum. 74.)
(1) A la fia de juin les murs de clôture s'achevaient ^Lfttre an père Gratien du 25 juin), et le 26 juillet, la sainte quittait Burgos (Dép. d'Agnès de la Croix). Elle emmenait avec elle Anne de Saint-Barthélémy et la jeune Tereâta, sa nièce. C'était le dernier voyage qu'elle entreprenait : moin^ de trois mois après, elle allait trouver au monastère d'Albc le terme de ses travaux. (Voir Docum. 75, le Récit des dernières souffrances et de llieureuse mort de sainte Térèse, par sa pieuse compagne, la sœur Anne de Saint- Barthélémy.) A l'heure où la sainte s'éloignait de Burgos, la communauté se composait de cinq professes et de deux novices. Bientôt on n?çnt des sujets, en sorte que, suivant le vœu émis par elle, les religieuses ne manquèrent jamais du nécessaii*c. Dans la suite, elles purent même agrandir les dépendances du monastère et bâtir une église, former enfin le grouiw ile constructions connues ù, Burgos sous le nom de Las Carmelilas. En 1808, rinvatûion française obligea les religieuses à s'éloigner momentanément des lieux bénis qui avaient abrité sainte Téi*èse ; les anciens bâtiments furent en