LE PORTRAIT DE SAINTE TÉRÈSE
FEQ^ PAR LE FRËRË JEAN DE LA MISËRB
BiClT DE MARIE DE SAINT-JOSBPB
(Voir chap. XXV, p. 59.)
Ce récit est tiré du Libro de las Recreaciones (Heereae. Vlll), Avant de parler de la peinture du frère Jean, la prieure de Séville nous décrit avec détail les traits de satnte Terèse. On pourra comparer sa description avec celle de Ribera, que nous avons donnée au tome li des CEnvres, SuppI^veni à la "Vw de sainte Térèsc écrite par elWHB^me.
Gette samte étaîi de faille moyenne, platèt grande que petite. D«k SI jeunesse, elle passait pour fort belle, et dans un âge aTuncé, €Bie gardait eneorede la beauté. So& visage n'avwt rie» de vulgaire, eu y i«mttr(faaii même; qfoekjue chose d'extraovdinaire. On ne pauTiit le dire ni rond nî aquilin ; les trois parties en étaient é^les entre elles. Le fiMMti était large, uni et fort beau. Les souscils, d'un roux fonfv tinost un peu sur le noir* épais et peu arqués. Les yeux ndra, vifs et ronds, pas très grands, mais très bien posés. Le nez rond. D diminuait vers le haut, en face du coin de Toeil, et se confondait avec les sourcils, bissant un agréable espace entre ceux-ci. L'extrémité en était ronde et un peu inelinée vers le bas ; les narines, arquées et petites. Le nez. dans son ensemble, était peu saillant.
Il est bien malaisé dé rendre à l'aide delà plume Ta perfection dont tout chez elle était marqué; La bouche était d'une très bonne grandeur ; la lèvre de dessus fine et droite, celle de dessous large et un peu tombante, très gracieuse et bien coiorée, comme aussi le reste du visage. Quelque déjà âgée et sujette à bien des maladies, elle était charmante à
DOCOtENTS RELATIFS A SAINTE TÉRÈSE. ifl
reiàenfendre. Et en effet, lontes ms paroles et toutes ses 4 étakfDt remplies de dboeeur et de grâce. Elle élaSt plutôt grasse que maigre, et en tout bien proporlioanée. Ses mdiis étaient fort îolîes, ^otque petites. Elle avait, an côté gaocfae éa visage, trois grains de Aeanté^ sorts de petites vernies, placées les unes an-dessoas des autees. La plus grosse était am-dessotts de U boorlie, la seconde entre la bowehe et le nesy et la dernière vers le bas du nca.
Elle était parfaileraent iden faite, comme on pent s'en rendre compte par un portrait que fit d'elle, d'après nature, Fr. Jean de la Misère, religieux de notre ordre, vraiment saint, à ce <pi'on en peut juger. J'ai cru bonde faire mention de ce portrait et de quelques autres qui en sont la reproduction, afin que les sœurs qui nous suivront connaissent l'iiabit et la coiffure que portait leur mère, et qu'on porte encore dans tons ■os cov vents. 11 est vrai que nos Gonstirfu lions ezpliçpient «onunenl ils doivent être Mais, de crainte qu'on ne soit induit en erreur par les défauts de la peinture, j'avertis qu'en plusieurs portraits et gravures, en voulant reproduire aux manches de Thabit quelques moreeanx déciùrés qui s'y trouvaient quand on fit ke portrait, on est arrivé à faire comme des manches à pointes Quant an voile, pour avoir TonUi rétager comme on Ta fait, on a simulé des plis et des arrangements qui pourraient ressembler à de la recherche.
L'habit de la sainte mère, comme celui de toutes les religieuses actuellement en vie, se composait : d'une tunique de laine, d'une jupe de dessous de bnre tissée de poif de chèvre noir et blanc, car pour éviter fa recherche et l'enCretien qu'entraîne le blanc, on n'en use pour quoi que ce soit, sauf pour les manteaux, qui nécessairement doivent être blancs. Ceux-ci sont de bure — ou gros drap — aussi grossière que celle de l'habit. Les toques sont de grosse toile. Il faut remarquer ceci : Bien que la Constitution dise qu'elles seront de sedena (1), et que quelques personnes aient prétendu que cela voulait dire qu'elles sont de lin ou de bealilla (2), on doit bien savoir que jamais la sainte n'en a porté de telles et qu'on n'en a pas usé un seul jour en aucun de ses monastères. Par sedena^ elle a voulu désigner de la toile d'étoupe, mais pas la plus grosse. Telle était sa pensée quand elle a fait mettre
(f) La seconde étoupe que Ton lire du lin, après l'avoir serancé. Se dit aussi de la toile qu'on en fabrique.
(^ Ob doBJoe aujourd'hui encore en Espagne le nom de heatilla^wa^ toilo claire et légère.
ce détail dans la Gonstitation. Les voiles sont de toile de lin, grossière; les alpargates, de chanvre. En un mot, son habit et sa coiffure étaient dignes de sa ferveur et de son esprit de pauvreté.
C'est vaincue par les larmes des sœurs de Séville et après leur avoir résisté longtemps, qu'elle consentit à laisser faire son portrait par le religieux dont nous avons parlé. Il lui sembla que ce serait de Tinhumani té de laisser dans la désolation des personnes dont elle ne se séparait qu'avec de tendres regrets pour retourner en Castille...
État du portrait en 1909.
Un examen compétent de la toile conservée chez les carmélites de Séville a été fait, le 5 janvier 1909, par D. Manuel de Torrès y Terres, doyen de la cathédrale de Séville et peintre lui-même, le chanoine Mufioz Pavôn, connu comme écrivain, et le sculpteur Bilbao. Il ressort de cet examen, publié dans la Revisia de Archivas, ]^b.t D. Angel M. de Barcia, dans le numéro de janv.-fév. 1909, que - le tableau a été peint & l'huile sur une première toile, qu'il a été rentoilé très anciennement, opération qui a grandi la peinture d'environ trois centim. de chaque côté, en sorte que la dimension actuelle est de 82 centim. de hauteur sur 78 de largeur. La majeure partie du fond a été repeinte ; la colombe, la banderole et les rayons qui entourent la tète sont notablement postérieurs, et certainement étrangers au pinceau de Jean de la Misère. La tête est intacte ; elle a été peinte d'après nature. Les vêtements peuvent l'avoir été également. Quant aux mains, eUes ont été faites après coup ; les tons sont foncés sur l'habit, et clairs sur le manteau. Elles peuvent avoir le même auteur que le visage, selon l'opinion du sculpteur Bilbao ; mais elles n'ont pas été peintes d'après nature. Au côté droit du portrait se trouvent trois inscriptions :
B. V^ Teresa de Jésus.
ANNO SUiE
/ETATIS
DIE SECVDO ME
SIS IVMI
Este rbtrato fub sa | cado db la hadrb | Teresa de Juesus | fuhdadora de las DBB I galbas carmblitas | Pikctolo Frai Ju.uv | de la Miseria Rbli | gioso de ia