‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 136 sur 185 · EN FAVEUR DE LA MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH · texte numérisé non relu

EN FAVEUR DE LA MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH

(Voir cliap. XXVI, p. 73.)

Nous empruntons cette pièce à La Fuente qui Va donnée aux Docmn. relat. â sauta Teresa, n"* 18. On voit par l'attestation finale que le numtucrit reproduit par lui est une copie prise sur l'autographe, à l'époque où Marie de Saint- Joseph résidait en Portugal. Nous avons rectifié la signature de cette attestation d'après une signature semblable, fournie par La Fuente lui-même au tome de la Correspondance (Éd. de 186iJ, p. 319, et qui est évidemment plus exacte.

Frère Ange de Salazar, par autorité apostolique vicaire général de la congrégation des religieux et des religieuses Déchaussés de la règle primitive de Tordre de Notre-Dame du Mont-Garmel, ànos très chères et religieuses sœurs, la supérieure, religieuses et communauté de Saint-Joseph de la ville de Séville, lesquelles sont de notre ordre et congrégation, salut en Notre- Seigneur, et par la sainte obéissance, accroissement de grâce et de mérite.

Ayant examiné par ordre de rillustrissime Nonce un procès fait par le très révérend maître Frère Diego de Gardenas, provincial de la province d'Andalousie et du royaume de Grenade, lorsqu'il visita notre susdit monastère de Saint-Joseph de Séville, dont il était alors visiteur apostolique, et ayant ensuite conféré avec rillustrissime Nonce, et quelques autres des consulteurs avec lesquels sa Seigneurie traite et consulte les affaires des religieuses, des motifs qui ont pu dicter le dit procès; ayant après cela examiné ce qui a pu déterminer le susdit père provincial à suspendre de l'office de prieure, qu'elle remplissait alors, la révérende mère Marie de Saint-Joseph ; après en avoir spécialement

conféré avec sa Seigneurie et d'accord avec elle, en verlu de la patente qui me concède Taulorité de ma charge, et de celle qui m'est spécialement donnée pour le cas dont il s'agit : je place et restitue la susdite mère Marie de Saint-Joseph en son office de prieure, e( lui commande en verlu du Saint-Esprit et de l'obéissance, sous précepte, et sous peine d'excommunication, qu'ausfiitôt ki BoUficalion de ces lettres, elle remplisse et exerce l'office de prieure, comme elle le faisait avant la visite. En la môme vertu et sous les dites peines, nous ordonnons à toutes nos sœurs, les religieuses du dit monastère, d'obéir à la susdite mère prieure et de la regarder comme leur légitime supérieure, ainsi qu'elles la regardaient auparavant. Et s'il en est besoin, nous lui confions de nouveau l'administration du dit couvent et de toutes les religieuses qui le corn posent, avec celle des biens spirituels et temporels qui lui appartiennent. En rémission de leurs péchés, au nom du Père, du Fils et dn Sain4-£sprii. Asïen. Nouftorduonons, de i^us, que ces lettees patentes soie»! tues «n «bistre eommim, où se trouveront foutes les sœurs du dit monastère, et qu'elles leur soient lues et notifiées par le père prieur de notre monastère de Noirer-Dame de los Reuœdin de Triaaa, àSévUle.

En foi de quoi, nous donnons ces lettres, signées de notre nom et scellées de notre sceau, à Madrid, le 28 juin de l'année 1579.

Fftàai Am» db Sal^zia Vicaire général.

Geltt 439pie amumrde mate i^angàèoi qvmfmmikn ia mmàu, Svmrm^

24 août 88.

Jérôme dTEvora,

PRÉLIMINAIRES RE LA FOJSIDATION D£ GAAAVAGA

«ICIT BB JULISN d'AWLA.

(Voir chap. XXVn, p. 78.)

Nous paasàmeSf Antoine Gaytan et moi« un cap6rae«ttlicr à Beaa, en compagnie de la mère. Alors arriva le père maître Jérôme Gintiea. De son avis et |iar son ordre, nous nous rendîmes à Séville. Pendant ce séjonr h Béas» notre mère nous envoya à Garavaca, afin ée non» rendre compte des ressources qu'offrait cette i^ion pMtr on nowel établissement : le voyage était trop dillicile et trop lojqg, pour que la mère pût s'y rendre elle-même.

Nous trouvâmes des conditions pins favorables qn'ett fiBM ont dea antres fondations. D*abord il n'existe danâ la -contrée, dans un rajon de bien des lieues, aucun monastère de religieuses ; ensuite, il s'y trouve de nombreuse» loealilés, habitées par des gens riches et très nobles* 9ien appelait-il une jeune fille à la vie religieuse, elle ne pouvait répondre à cet appel, faute de couvent dans la r^on Ce man(|ue de monastère fut causa que quatre demoiselles distinguées de Garavaca oonvinrent entre elles» à la suite d'un sermon qu'elles entendirent, de ne point rentrer «hez elles qu'il n'y eût un «ou vent où elles pussent aller recevoir l'babii religieux. C'est ce qu'elles firent, et elles ponrsnivirent leur dessein avec toute la modestie, la foi et la fermeté imaginables, filles se retirèrent ctiez une dame, venve d'un auditeur daa Indes* Biles lui firent part de leur projet qui était de ne point rentrer chez leurs parents qu'il n'y eût un monastère où elles pussent prendre l'habit, et la prièrent de leur donner dans sa maison, qui était très bien conditionnée, nn appartement où elles pourraient se mettre en clôture ; pendant ce temps elles chercheraient un moyen d'envojf^er

prendre la mère Térèse de Jésus, car elles savaient qne la sainte mère s'occupait d'ériger des monastères.

La dame, qui était, elle aussi, fort exemplaire et très amie des personnes adonnées à la vertu, leur accorda ce qu'elles demandaient, et leur donna un appartement isolé pour s'y établir. On fit une grille de bois, par où elles avaient le moyen d'entendre la messe. Ensuite, on envoya demander à révèque de Garthagène Tautorisation qu'on leur dit la messe en ce lieu. A vrai dire, je ne me souviens pas bien si elles avaient déjà cette permission. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'à notre arrivée à Garavaca, nous les trouvâmes en cette demeure, avec leur grille et leur clôture, telles que je viens de dire. Leur joie en nous voyant arriver fut très vive.

Leurs proches, personnages des plus considérables de l'endroit, en furent aussi très satisfaits, non moins que les pères de la Compagnie de Jésus, qui étaient leurs directeurs spirituels et désiraient vivement les voir arriver au but qu'elles se proposaient. Le père de l'une des quatre jeunes filles ainsi volontairement cloîtrées, était un homme déjà avancé en Âge. parfait gentilhomme, éminemment vertueux, très désireux de voir ses enfants s'adonner au bien. On le nommait Moya, mais je ne me souviens pas exactement de son prénom.

Nous allâmes rendre visite à ces jeunes filles et leur parler. Rien de plus édifiant pour tout le monde que leur résolution, leur piété, leur ferme confiance d'être religieuses. Si leurs désirs étaient très vifs, les nôtres, à nous qui vinme<( les trouver, étaient plus vifs encore, à la vue du parti si extraordinaire el si nouveau qu'elles avaient pris. Témoins de leur détermination el de Timpossibilité de fonder en cette localité autrement qu'avec des revenus, nous nous informâmes de ce qu'on pouvait faire pour établir la renie. Dieu, qui inspire les désirs du bien, donne aussi les moyens de l'accomplir. Nous nous enquîmes des ressources de chacune des jeunes fitles. L'une d'elles jouissait d'une somme de deux mille ducats dont et le avait hérité Le gentilhomme qui nous logeait, en donna mille à sa fil le. La troisième en avait huit cents. A présent, je me souviens que la quatrième n'était plus là (1). Sans doute elle avait eu regret de sa démarche, et avant notre arrivée elle était rentrée chez elle. On pourrait peu t-èi re la comparer à celui des quarante martyrs

(1) On peut voir que puiir le nombre des prétendantes, Julien d'Avila s'écarte quelque peu du récit fait par sainte Térèse au chap. xxtii des Fortdations.

qui perdit la couronne, pour n'avoir point su attendre. La dame veuve qui gardait ces jeunes filles en sa maison, tint la place de celle qui ne persévéra point. Effectivement elle appliqua àla fondation deuxmilleducats, qu'elle était chargée de distribuer en bonnes œuvres. En fin de compte, on disposait déjà d'une somme de six mille ducats. Les actes furent passés en bonne et due forme, suivant les avis des hommes de loi, et avec serment, de la part des parties intéressées, de ne se point rétracter. Nous revînmes à Béas avec le contrat, et en compagnie d'un ecclésiastique qui se rendait à la cour pour demander l'autorisation du roi. A l'aller et au retour, nous eûmes bien à souffrir, par suite de la neige et d'autres inconvénients ; mais s'il fallait tout dire, nous n'aurions pas fini de sitôt. Pourtant je ne veux pas omettre ce qui nous advint en allant à Garavaca.

Nous atteignîmes à la tombée de la nuit un bourg appelé Moratalla (1), bien fatigués, car nous avions fait ce jour-là un trajet considérable. L'hôtellerie — la seule qui se trouva dans tout le bourg — était si pleine de monde, que nous ne pouvions nous retourner. Je dis à mon compagnon : < n m'en coûterait moins de faire les deux lieues qui nous restent, que de passer ici la nuit. Seulement, il y a un inconvénient : comme il fait nuit et que nous ne savons pas le chemin, nous pourrions nous perdre. Le remède serait de prendre ici un guide. »

Mon compagnon s'y accorda. Sur l'heure, nous nous mettons en quête d'un homme capable de nous conduire ; nous faisons nos conventions avec lui, et nous voilà partis, pleins de confiance qu'à deux heures de là nous serions à Garavaca. Nous marchions en toute hâte ; il pleuvait un peu, et la nuit était très sombre. Notre homme marchait devant. Soudain nous le voyons descendre le long des rochers et nous lui disons : c Frère, sommes-nous égarés? — Oui, répond notre homme avec beaucoup de tranquillité, oui, sefior. > Entendant cela et nous voyant dans des chemins impraticables, nous lui adressâmes des paroles que je passe sous silence. Je me bornerai à dire que mon compagnon rejetait sur moi toute la faute, me reprochant d'avoir entrepris d'enseigner la contemplation à notre guide. En réalité, je lui apprenais la voie des commandements, qui devait le conduire au ciel. G'est ce qui lui fit

(1) Moratalla est à deux lieues de Garavaca et dépend aussi de Tordre de Saint-Jacques.

OBUVRBS. — IV. 27

4t8 DOCUMENTS RELATIFS A SA^TË TËRÈSË

perdre le chemiade la tenre, comnote il arrive, du restera ceux^i suivent comme il faut iecélesle. Le vrai motif, apparemment» Fut qqe notre homme, avant deaortlf du vîUage, avait pris à Bonoou un grand baiil, et l'byant au cou, il en bat si bien qu'il ne sut plus ak il ailaiti

En fin de compte^ mécontents dO'nous voir égarés» nous renvoyâmes notre bomme. Nous voilà donc tout seuls, aussi ignorants de la directioii où nous portions no& pue que si non» marchions à l'aveugle. Après avoir cheminé longtemps ainsi, nous aperçûmes en haut d'une grande cMe'la lumière d'un berger qui se trouvait là. En poussant des cris, nous demandâmes an bergerde nous indiquer.notre ron te. Lni,.saiis descendre jusqu'à nous, seconlentait de noua dire : c Par ici I Par là 1 > Nous nous égarâmes de nouveau d'une si belle façon, que nous fûmes hors d'étal de rejoindre notre berger. Nous nous mettons alors en.qoôte d*un lieu abrité, où nous puissions nous tenir jusqu'au matin, et noue n'en trouvons point. Nons cherchons à tâtons un chemin qui aille dans une direction quelconque, certains qu'il nous conduirait à une localité. Finalement nous en trouvons un, et nous pensons aussitôt qu'il y a espoir d'atteindre réellement un village. Mais recul ione-nous? avancions-nous? Nul moyen de le savoir. Nous apercevons alors la forme d'un homme. Sur l'heure, nous croyons avoir rencontré quelqu'un à même de nous renseigner. Mais c'était l'homme que nous avions renvoyé, lequel était égaré, lui aussi, et ne savait plus où il portait ses pas^ Notre compassion n'alla point jusqu'à le prendre en notre compagnie. Ile'en alla donc de son c6té. An /ond, nous n'avions pas envir d'être remis en bon chemin par celui-là môme qui nous avait si mal guidés.

Après avoir marché encore, accablés de fatigue et par moments à liont de forces, voilà que nous entendons des aboiements. Reronnaissaal clairement que c'étaient bien des chiens, nous les écoutons avec plus d'attention que nous n'aurions pu en donner à la meilleure musique du monde. Nous nous dirigeons du côté d'où partaient les aboiements, et voilà que nous touchons de la main les murs d'un lieu habité 11 faisait si obscur que nous ne nous en apercevions pas. A la première maison^'noue interrogeons un bomme qui dormait chez lui, et qui) nous fallut éveiller par nos cris, c Gomment s'appelle cette localité? > Quand il nous eut répondu : c Caravaca >, 1 âme nous revint au corps, et nous ne faisions plus le moindre cas de nos tribulationa passées.

Pourtaut nous disions entre nous * < Cara-vaca nous a coûté cher ? (1)> On nous ouvrit une hôtellerie où nous atlendimes le jour, qui était sur le point de paraître. Aussitôt arrivés, nous traitâmes l'affaire qui nous amenait et dont j*ai parlé plus haut.

La sainte mère fut très contente de ce qui s'était fait. Avant notre départ pour Séville, elle dépêcha quelqu'un pour disposer ce qui était nécessaire en fait de tour, de grilles et d'habitation, au moins provisoires. De Se ville elle envoya une prieure et des religieuses, comme on peut le voir au récit qu'elle-même a fait de celle fondation

(1) Quàn Cara-vaca nos habta sido. Julien d'Avila fait ici un jeu do mois. Cara signifie chery et vaca veut dire vache.

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