‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 14 sur 185 · CHAPITRE XXIU. — SÉVILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIU. — SÉVILLE

Efifectivement, il n'y avait alors parmi nos religieux que bien peu d'hoinmes, et même presque aucun, qui lui fut comparable. Elle leur dit donc à toutes de se mettre eu prières pour que Notre-Seigneur ne le laissât point partir, mais lui donnftt Thabit. Cette priem^e est une très grande servante de Dieu, et quand elle eût été seule à faire cette demande, sa Majesté Teût exaucée, je crois. A plus forte raison, la prière de tant de saintes âmes devait-elle être entendue. Toutes les sœurs, en effet, prirent la chose extrêmement à cœur et la reconmiandèrent sans relâche à sa Majesté par des jeûnes, des disciplines, des oraisons. Dieu daigna nous accorder cette faveur. Le père Gratien, s'étant rendu au couvent des religieux, y remarqua une si parfaite observance, tant de facilités pour servir Notre-Seigneur, que cette vue, jointe à la pensée que notre ordre était celui de la glorieuse Mère de Dieu, qu'il désirait tant honorer, lit naître en son cœur le désir de ne plus retourner dans le monde. Le démon accumulait les difficultés dans son esprit, lui représentant surtout la douleur de ses parents, qui le chérissaient avec tendresse et comptaient sxxv lui pour les aider à pourvoir leurs autres enfants, qui étaient en grand noml)re, tant fils que filles (1). Gratien en remit le soin à Dieu, pour lequel il

(1) Les deux frèi'es aiiiés du ytère GraUen étaieul : dou Antoine Gracian, qui fut secrétaire de Philippe H, et don Luc Gracian, qui épousa doÛa Jeanne GarriUo. Après Jérôme, étaient nés : doiia Adricnuc, qui fut religieuse hiéronymite; doua Justine, qui épousa don Pierre Zapata del Marmol; don Thomas Gracian Dantisco, aussi secrétaire du roi cl qui eut successivement pour femmes dofia Lam*ence de Zurita et dofia Isabelle de Berruguete ; dofia Marie Dantisco, qui entra au carmel de Valladolid et s'appela Marie de Saint-Joseph ; don Pierre Gracian de Torrës qui, après un essai au noviciat de Pastrana, vécut saintement dans Tétat ecclésiastique; dofia Jeanne

30 LBS FONDATIONS.

abandonnait tout, et résolut de s engager au service de la Vierge, en prenant son habit. Il le reçut à la grande joie de tous, mais surtout des religieuses et de leur prieure, c{ui bénissaient hautement Notre-Seigneur dans la pensée qu'il avait accordé cette grâce à leurs prières.

Le père Gratien passa son année de probation dans l'humilité des plus petits novices. Sa vertu parut surtout durant une absence du prieur, alors que l'autorité était confiée à un tout jeune religieux, sans études, sans aucun talent ni prudence pour le gouvernement. De l'expérience, il n'en pouvait avoir, étant entré depuis peu (1). Sa manière de

Dantisoo, qui épousa un régidor de Ségovle ; don Louis Gracian, secrétaire de la vice-reine de Sicile, qui eut pour femme doua Agnès de Barrio Nuevo ; doda Isabelle Dautisco, qui fut admise au carmel de Tolède dès F&ge de huit ans et y porta le nom d'Isabelle de Jésus; et don Laurent, qui fut carme déchaussé sous le nom de Laurent de la Mère de Dieu. Après avoir donné leur fUs Jérôme & la réforme de sainte Térèse, Diego Gracian et Jeanne Dantisco eurent encore doila Julienne, qui fut reçue au carmel de Scville au même âge que sa sœur Isabelle l'avait été à celui de Tolède et {)orta le nom de Julienne de la Mère de Dieu. Parlant des liens qui semblaient devoir le retenir, le père GraUen s'exprime ainsi dans la Peregrinaciàn (Dial. I) : « Les gens de cour — et c'était le cas de mes parents — ont pour toutes iKissessions et rentes les faveurs que le roi, en récompense de leurs services, accorde à leurs enfants, s'ils ne s'en montrent pas indignes. J'avais douze frères et sœurs. L'un de mes frères, qui était secrétaire du roi, pouvait m'aider à obtenir des bénéfices ecclésiastiques, qui m'auraient mis à même de faire du bien aux autres. Déjà, le roi songeait à moi et s'informait (le l'époque où je passerais docteur. Peut-être avait-il en vue de me pourvoir. ■» ^Cfr. Marmol, T Parte, cap. ii. — Reforma de los Descalzos, t. lY, Jib. XV, cap. xzxiii.)

(1) Le père prieur de Pa^trana, Balthazar de Jésus, était allé prêter assistance aux pères de TObservance, qui faisaient une fondation à Madrid. \ji maître des novices sans sagesse et sans expérience, dont parle ici la sainte, était le sons- prieur, Ange de Saint-Gabriel. Ses imprudences allèrent si loin que saint Jean de la Croix, qui gouvernait alors le collège d'Alcala, fut envoyé à Pastrana dans les premiers mois de l'année 1572, pour y porter remède. Son premier acte fut de relever le maître des novices de ses fonctions. Celuî-d en appela à sainte Térèse qui, tout en approuvant la conduite du saint, voulut cependant appuyer sa réponse de l'antorité du

Page 1