CHAPITRE XXm. ~ SÉVILLË
conduire ses frères était étrange, et les mortifications qu'il imposait, excessives. Toutes les fois que j'y pense, je me demande comment les religieux, spécialement des hommes d'un tel mérite, se soumettaient à tout cela. Pour pouvoir y tenir, il ne fallait à celui dont je parle rien moins que la ferveur dont Dieu le gratifiait. On a reconnu clairement, depuis, que ce jeune supérieur était très mélancolique. Partout où il a été, même comme simple religieux, il a donné à souffrir aux autres, tant cette funeste humeur le domine. Qu'était-ce quand il exerçait l'autorité ? C'est, d'ailleurs, un bon religieux. Dieu pemict parfois de semblables méprises, afin de perfectionner la vertu d'obéissance chez ceux qu'il aime.
C'est sans doute ce qui arriva en cette circonstance, car, en récompense, le père Jérôme de la Mère de Dieu reçut du Seigneur une très grande lumière en tout ce qui tient à l'obéissance. La manière dont il renseigne à ses inférieurs montre bien de quelle façon il s'y est, dès le principe, exercé lui-même. Et pour que chez lui l'expérience dont nous avions besoin fût de tout point complète, il eut à soutenir, trois mois avant sa profession, des tentations très violentes. Mais, appelé à être un vaillant capitaine des fils de la Vierge, il combattait avec courage. Le démon
père Dominique Baâez. Elle en référa donc ù celui-ci. Le père Baâez lui répondit de Salamanque, le 23 avril 1572» une lettre qui nous a éU" oonsenrée, et où il montre que la conduite du maitre des novices a éti'^ téméraire. Saint Jean de la Croix exerça quelques mois la charge de maitre des novices & Pastrana. La sainte l*ayant, sur ces entrefaites, fait venir & Aviia, jiour être chapelain et confesseur ordinaire des relifpetiaes de Hncamation, le père Gabriel de l'Assomption le remplaça dans la direction du noviciat. (Cfr. Peregrmaciôn deAnastasio, Uial. I. ^Reforma de los DescalzoSj t. I, lib. H, cap. l.)
le pressait-il \ivenient de quitter Thabit, il lui résistait en promettant à Dieu de le garder toujours et de se lier par les vœux (1). Il m'a remis un écrit qu'il composa au plus fort de ces tentations. J'en ai été vivement touchée. On y voit clairement le courage que Dieu lui domiait (2).
On pourra trouver étrange qu'il m'ait communiqué tant de particularités concernant son âme. Peut-être Dieu l'at-il permis pour que je les consigne ici et qu'on le loue dans ses créatures. Je sais que ce père n'en a jamais tant dit à aucun de ses confesseurs, ni, du reste, à qui que ce soit. Tantôt il s'ouvrait ainsi dans la pensée que, vu mon Age et ce qu'on lui avait dit de moi, je devais avoir une certaine expérience. Tantôt, c'était au cours d'une conversation engagée sur d'autres matières qu'il me faisait ces confidences, avec bien d'autres qu'il ne convient pas de relater ici et qui, d'ailleurs, m'entraîneraient trop loin (3).
(1) Cfr. Pcregrinaciôn de AnasiasiOj Dial. I et IX.
(2) Cet écrit ne nous a malheureusement pas été consorvé.
(3) • Durant le temps que nous nous vîmes au printemps de i57o, au couvent de Béas, la mère Térèse et moi, a écrit le pèi^; Gratien, c'est-à-dire pendant plus d'un mois, elle m'ouvrit son âme sans me rien cacher. Et de mon côté, je lui révélai de même tout mon intérieur. Nous convînmes alors d'agir toujours en parfait accord dans les affaires de la réforme. » (Peregrinadôn, ]>ial. XllI.) Dans des notes que le père Antoine de Saint-Joseph désigne sous le nom de Fragmentas, le père Gratien dit encore : « Je restai & Béas uu temps assez considérable, pendant lequel nous causâmes de toutes les affaires de Tordre, passées et présentes, et de ce qu'il y avait â faire |)our préparer les futures. Outre cela, nous nous entretînmes de tout ce qui regardait l'esprit intérieur et de la manière dont il fallait s'y prendre pour le maintenir, tant diez les i*eligieux que chez les religieuses. Elle m'examina sur ce que je possédais de cette science spirituelle, soit par Pétudo, soit par l'expérience. Elle m'enseigna tout ce qu'elle savait, et me donnu tant d'instructions, de régies et de conseils, que je pourrais faire un grand livre de tout ce qu'eUe m'apprit alors. ■ (P. Antoine de Saint-Joseph, t. lY, Annot. de la Lettre VII.)