I>OUR LA VISITE DE SES MONASTÈRES
RÉCIT DE LÀ viliiRABLB ÀlfNB DB SAINT-BARTBÉLBMY
(Voir chap. XXVIII, p. lOî.)
Sainte Térèse visita de juin i570 à février i 580 les couvents de Medim del Campo, de Valladolid, d'Albe, de Salamanque, de Tolède et de Malagon. Elle arriva en ce dernier monastère le 25 novembre, toujours accompagnée d*Anne de Saint-Barthclemy, La relation de la vénérable sœur fait suite à celle de Marie de Saint-Jérôme, que nous avons donnée aux Docum, 2 et 45.
Lorsque notre sainte mère quitta notre couvent de Saint-Josepb d'Avila pour faire ce voyage, on lui donna pour raccompagner un prÊtrc qui lui était des plus opposés, et qui ne songeait qu'à obsen-er chacun de ses actes pour y trouver à redire. Elle reçut ce compagnon de route comme de la main de Dieu, et voyant que c'était l'obéissance qui le lui donnait, elle le fit avec une affection et un plaisir extraordinaires. La manière dont elle traitait cet ecclésiastique pendant le voyage, nous portait à bénir Dieu. Non seulement elle avait pour lui toutes les attentions en son pouvoir, mais, comme à un ami, elle lui faisait don des statuettes et des images qu'elle avait pour sa consolation. Voyez, mon père, lui disait-elle, si parmi les objets que j'emporte arec moi, il y s quelque autre chose qui rotts plaise. Je vous la donnerai bien volontiers. Elle lui offrit ainsi une image représentant le Saint-Esprit, qu'elle aimait beaucoup et qu'elle n'avait pas voulu donner à d'autres. Elle lui dit qu'elle lui en faisait présent à cause de la grande affection qu'elle lui portait.
11 se trouvait, presque sur notre route, un monastère où notre sainte
mère savait qu'on lui était contraire. Elle pria Fecclésiastique qui raccompagnait de passer par là, bien qu'il fallût se détourner d'environ une lieue. Il n'ignorait pas le peu de sympathie qu'on avait là pour elle, mais voyant avec quelle humilité elle faisait cette demande, il y consentit. A notre arrivée, nous nommâmes la sainte mère, disant qu'elle était là. Je crois que les habitantes du monastère furent un peu troublées, car nous marchâmes quelques minutes dans la maison sans rencontrer personne. Quand elles eurent répondu à l'appel de la sainte mère, celle-ci les embrassa une à une, leur témoignant une telle affection, qu'elle semblait vouloir les cacher dans son cœur. Elle resta là depuis la messe jusqu'au soir, dans cette joie et cette satisfaction. Quand le moment du départ fut venu, ces personnes l'escortèrent jusqu'en dehors du bourg, assurant qu'elles étaient émues et désolées de la voir s'éloigner si tôt, et témoignant une confusion profonde à la vue d'une telle sainteté.
Quant à l'ecclésiastique qui l'accompagnait, il vit avec un regret très vif le terme du voyage. Son dévouement et son affection pour la sainte mère étaient devenus tels, qu'il lui offrit ses services pour aller plus loin, assurant qu'il le ferait avec un sensible plaisir.
J'ai connu beaucoup d'autres personnes fort mal disposées à l'égard des choses extraordinaires qu'on admirait en elle. Quand la sainte mère le savait et qu'elle avait moyen de leur parler, elle leur disait ce qui lui semblait de nature à accroître leur incrédulité. Et ces personnes se trouvaient tellement adoucies et satisfaites, qu'on ne pouvait s'empêcher d'en bénir Dieu.
Ceux qui accompagnaient la sainte dans ses voyages étaient dans le dernier étonnement en voyant que les traverses et les accidents qui les jetaient dans le découragement, la laissaient pleine d'ardeur, et en l'entendant ranimer leur courage comme si aucune adversité ne l'eût atteinte. Parfois elle voyageait des journées entières sous la pluie et la neige, ne rencontrant point de village pendant bien des lieues, et ne pouvant éviter d'être trempée jusqu'aux os. Le soir, on arrivait à des hôtelleries où il n'y avait ni feu ni moyen de s'en procurer, rien non plus à manger. Le logis était tel, que du lit on pouvait apercevoir le ciel, et que l'eau qui en tombait entrait dans la pièce. Parfois les habits de la sainte mère se trouvaient gelés. C'est en cette situation, et d'autres analogues, que je l'ai vue par les chemins, et au milieu de tout cela elle paraissait dans une ferveur et dans une joie qui montraient bien qu'elle trouvait
ses délices dans les souffrances. C'était bien visible, car elle faisait n peu attention au mauvais temps, qu'elle ne laissait pas de poursuivre sa route, malgré toutes les infirmités dont elle souffrait. Sn pareil cas, elle disait à ses compagnons de voyage : Bon courage! Voilà de riches journées pour gagner le ciel! Un de ceux qui raccompagnaient, et qui sans doute se trouvait excédé, lui fit un jour cette réponse : c Je l'aurais bien gagné aussi en restant chez moi. »
Elle arriva un soir à une auberge dans un pressant besoin de ^^ mettre à couvert, car Fextrème bumidité de ses habits lui avait ocnsionné une violente atteinte de mal de gorge et de rhumatisme. Quand je fus seule avec elle, je la vis agitée d'un si fort tremblement, que j'allai chercher du feu pour lui chauffer un linge. Un homme d'h(MUié(e condition, qui se trouvait dans l'hôtellerie, se mit à déblatérer cootn la sainte mère et à dire des choses que le démon Ini-mème semblait lui inspirer. De fait, on n'en aurait pas attendu de pareilles d*un religieux, car c'en était un. Dieu, sans doute, le permettait ainsi pour que la sainte eût à souffrir. Toute malade qu'dle était, elle Fendura avec une joie et une conformité parfaites. Elle trouvait très juste qu'on tînt d>IIe semblables propos. . .