‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 148 sur 185 · VOYAGE DE MALAGON A VILLANUEVA DE LA JARA · texte numérisé non relu

VOYAGE DE MALAGON A VILLANUEVA DE LA JARA

RÉGIT DE LA YÉMâRA.BLB ANNE DE SAUlT-BA&THâLBMY

(Voir chap. XXVIII, p. 107.)

Ce document est extrait de la Relation inédite dont notts aootu déjà donné phtsiemn fragments.

Le père Antoine de J^^^^' Gabriel de rAsBomption arri-

vèrent à Malagon a^ )ur eaunener la sainte mère à

la fondation de YiU Gomme ces deux pères étaient

bien connus dans U dans toutes les localités par où

nous passions avec une telle presse pour la voir

que nous ne pouvir . aer. Nous arrivâmes à un bourg

qu'on appelle Roblc c mère eut entendu la messe et

communié, les pèrt lans la maison d'une personne

pieuse de leur corn ^u^cc, ou nous devions dîner. C'était une duefia

très honorable et très vertueuse, qui fit excellent accueU à la sainte mère et k sa compagnie. La foule était telle/ qu'on dut mettre deux alguazils à la porte pour que nous pussions prendre notre repas. C'était au point que les gens passaient pai'-dessus les murs, sans qu'on pût les en empêcher. Pour nous permettre de sortir, on fut même obligé d'emprisonner quelques personnes. On ne demandait qu'une chose : voir la mère, car pour lui parler, il n'y fidlait pas songer.

Durant ce même voyage, paroil concours de peuple se forma à notre entrée dans un autre bourg, peu distant de celui-là. La sainte mère

(1) Ou plutdt Villarrobledo, à six Ueues de La Boda.

eut soin que le jour suivant nous nous missions en route trois heures avant l'aurore, afin d'éviter cette affluence. A la sortie du village, quelque chose se brisa à la voiture, mais l'obscurité empêcha de se rendre un compte exact de l'accident. Nous fîmes ainsi trois lieues. Lorsqu'au lever du soleil, nous atteignîmes un autre village et que nous reconnûmes l'état de la voiture, notre étonnemcnt fut au comble, voyant que nous avions fait un pareil trajet en de telles conditions. Ceux qui escortaient la sainte mère assuraient qu'il y avait là on miracle.

Par tous ces villages, la dévotion était extraordinaire. Dans un bourg par où la sainte mère devait passer, un riche laboureur lui avait préparé un beau repas dans sa maison. Ses fils et ses gendres étaient là: il les avait fait venir des villages voisins pour recevoir la bénédiclion de la mère. La dévotion de ces bonnes gens ne s'en tint pas là, car le bétail, lui aussi, avait été réuni pour être béni. Mais la mère, une fob arrivée, ne voulut point s'arrêter ni mettre pied à terre, quelque in»- | tance que nous lui en fissions. En conséquence, cet homme lui amena I tout son monde, pour lui parler et recevoir sa l)énédiction. Après quoi ' nous repartîmes sans délai.

Avant d'atteindre Yillanucva, on rencontrait un monastère de no$ religieux, et nous devions passer par là. Ces pères, ayant appris que la sainte mère était proche, vinrent la recevoir en ordre de procession, une bonne traite de chemin avant que nous eussions atteint le monastère. Comme on était dans une plaine, et qu'ils arrivaient pleins de fer\'eur, leur vue inspirait bien de la dévotion. La sainte mère disait qu'elle avait éprouvé à ce spectacle une joie très vive : elle croyait voir les saints de notre ordre, les anciens pères du désert. Ils vinrent tous lui demander à genoux sa bénédiction, et la conduisirent ensuite procèssionncUement à l'église. Pendant le temps qu'elle passa en ce lieu, le bruit de sa présence s'était répandu dans les villages circonvoisins. en sorte qu'une foule de gens accoururent pour la voir.

Nous partîmes de là pour Villanueva de la Jara. A une assez bonne distance du bourg, quantité d'enfants vinrent en grande dévotion recevoir la sainte mère. Arrivés près du char qui la portait, ils s'agenouillaient, puis, ayant ôté leurs chaperons, ils la précédaient jusqu'à l'église, où nous devion» mettre pied à terre. Mais comme la sainte mère a écrit ce qui concerne cette fondation, je me bornerai à parler de la manière dont elle se comporta au milieu des béates qui habitaient déjà la maison.

Le monastère établi, la sainte mère s'occupait des offices comme les autres religieuses, et bien qu'elle ne pût faire usage que d'une seule main, elle balayait, servait au réfectoire et aidait à la cuisine, autant qu'elle le pouvait. Un jour qu'à l'beure du réfectoire elle se trouvait avec un ouvrier qui plaçait une manivelle à un puits, cette maniveUe, qui était fort grande, échappa des mains de l'ouvrier. Elle vint donner contre la sainte mère et la renversa pai* terre. Cet homme, comme tout pâmé, n'avait pas le courage de la relever. Elle se releva seule, avec autant d'énergie et de vivacité que si de rien n'était, et pourtant Ton assurait que c'était un miracle qu'elle eût la vie sauve. La partie de son corps que la manivelle avait frappée devint toute noire. Ceci se passait la veille de saint Joseph ; aussi nous plaisions-nous à lui attribuer cette évidente protection. De là, nous partîmes pour Tolède.

En voyage, la mère avait une telle amabilité que c'était un plaisir pour tout le monde de faire la route en sa compagnie. L'ordre delà journée portait qu'avant tout l'on entendrait la messe et l'on communierait tous les jours. Ce dernier point n'était jamais omis, quelque pressé que l'on fût. Elle portait toujours avec elle de l'eau bénite, et une clochette pour sonner les heures de silence. Nous les sonnions au temps marqué. Ceux qui nous escortaient savaient qu'au son de la clochette il fallait se taire. Elle avait aussi son horloge pour régler les heures d'oraison, et lorsque nous sonnions la fin de l'oraison ou du silence, il fallait voir la fête que faisaient les mozos (1), s'il y en avait là, et leur joie de pouvoir parler! La sainte avait toujours soin de leur faire donner alors quelque petit repas supplémentaire, pour récompenser l'acte de vertu qu'ils avaient accompli en gardant ainsi le silence.

Elle était extrêmement affable pour tous ceux qui entraient en relation avec elle. Parfois, il se trouvait des gens qui venaient lui parier pour voir s'ils pourraient la prendre en défaut sur quelque point, incrédules qu'ils étaient à ce que la renommée publiait d'elle. La sainte les entretenait de la façon qui lui était ordinaire, c'est-à-dire en nouant une conversation sur des matières dont les âmes pouvaient tirer proGt. C'est ce qui arriva à deux jeunes gens, venus dans l'intention que je viens de dire : ils ne l'avaient pas encore quittée que Notre-Seigneur

(1) Comme nous Tavons dit dans notre Introduction, les motos ou mozos de camino étaient des hommes de service, ordinairement de tout jeunes gens, qui marchaient auprès des chars et veillaient à leur faire éviter tout accident.

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leur toucha le cœur. Ils confessèrent leur faute à la sainte mère, avouant le but qu'ils s'étaient proposé, et finalement se retirèrent tout changés.

Avec les caractères humbles et soumis , elle était pleine de bonté : envers ceux qui en prenaient h leur aise, elle se montrait fort sévère*. Elle n'aimait pas les gens tristes. Elle-même ne l'était point, et eUt ne voulait pas que personne parût triste en sa compagnie. *LHeu me délivre des saints renfrognés i disail-elte. Dans les chemins elle troavait moyen de parler des choses de Dieu, et cela de telle façon, que les gens habitués à jurer et à badiner mettaient la satisfaction de Teiitendre au-dessus de tous les plaisirs du monde. Je le leur ai entendu dire à eux-mêmes. En voyage, elle était la première levée pour éveil* 1er tout le monde, et la dernière à prendre son repos...

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