L'INONDATION DE BURGOS
niCIT DE LA vélliRABLB A1I1«B DB SAINT-BAETHéLBMr
(Voir chap. XXXI, p. 219.)
Ce document est extrait de la Relation inédite conservée au monastère ée Saint-Joseph d'Avila, Le récit qu^il contient suit immédiatement celui de h fondation de Burgos, Dans son Autobiographie, la vénérable sceur damr quelques détails de plus sur l'inondation du 2i mai 1582. Nous les joindrons à ceux de la Relation d'Avila,
Nous étions très heureuses, notre sainte mère et nous,de nous voir dans notre couvent, et la parfaite clôture avait mis le comble à ne» vœux, quand il plut à Notre-Seigneur de tempérer notre joie par un accident qui éprouva bientôt non seulement notre couvent, mais Ui ville entière. Le jour de FAscension, la rivière crût à un tel point et la ville se trouva tellement inondée, que les couvents se dépeuplerait, leurs habitants craignant d'être ensevelis sous les eaux.
Nous nous trouvâmes, nous aussi, dans le plus grand danger, et l'on conseillait à la mère de sortir du couvent. Elle ne vonlut jamal< y consentir, mais se hâta de faire porter le très saint Sacrement dans une pièce haute, où elle nous réunit toutes et nous lit rédter les litanies. Le désastre devint tel, que les morts étaient déterrés et quf les maisons s'effondraient. La nôtre se trouvait la plus exposée, parce qu'elle était sur un terrain plat et tout près de la rivière. Pour ne pa« trop m'étendre et quoiqu'il y ait beaucoup à raconter, je me borne à dire que bien des gens, et le seigneur archevêque tout le premier, déclaraient
que c'était la présence de notre sainte mère qui avait lié les mains au Seigneur et empêché la ruine de la ville. Cette épreuve fut bien plus grande que je ne le marque ici.
Extrait de l'Autobiograpbib db la YÉRéaABLB.
Un jour, je m'en souviens, la sainte se sentait défaillante, et je n'avais h lui donner qu'un peu de pain trempé d'eau. La rivière avait subi une crue si considérable que les habitants de la ville ne pouvaient nous secourir, et de notre côté, nous ne pouvions rien envoyer chercher, parce que le couvent se trouvait en dehors de la viUe et tout contre la rivière. L'eau monta à tel point, qu'elle entra dans la maison. Celleci était vieille, et à chaque flot de la rivière, elle vacillait comme si elle allait tomber. Le logement de notre sainte était si pauvre, qu'on apercevait la lumière des astres par le toit ; les murs en étaient crevassés et il y faisait grand froid, car la ville est glaciale. La rivière remplit notre maison jusqu'au premier étage. Au milieu de ce péril, nous montâmes le très saint Sacrement à l'étage supérieur. D'heure en heure, nous nous attendions à être noyées, et nous récitions continuellement les litanies. Cette situation dura depuis six heures du matin jusqu'au milieu de la nuit, ne nous laissant le moyen ni de manger ni de prendre le moindre soulagement : tout ce que nous avions se trouvait sous l'eau.
Notre sainte mère était dans une affliction profonde. Le monastère venait à peine de s'établir, et le Seigneur la laissait seule, de sorte qu'elle ne savait pas s'il valait mieux rester là ou sortir, comme le faisaient les autres communautés. Notre trouble à toutes était si grand, que nous ne songions pas à faire prendre quelque chose à notre sainte. Il était déjà fort tard, quand elle me dit : Ma fille, voyez s'il est resté un peu de pain et donnez-m'en une bouchée, car je me sens défaillir. Cela me brisa le cœur. Nous fimes entrer dans l'eau une novice qui était forte (1), afin d'en retirer un pain. Elle avait de l'eau jusqu'à la ceinture. Nous donnâmes de ce pain à la sainte, car nous n'avions pas autre chose. Sans l'arrivée de quelques nageurs, nous aurions péri. Ils nous firent l'effet d'anges de Dieu, car nous ne pûmes savoir de quelle
(i) La cummunauté comptait alors deux novices : la jeune Hélène de Jésus, fille (le Catherine de Tolosa, et Béatrix de Jésus, cette veuve dont il est parlé au cimp. xxzi du Livre des Fondations, p. 221.
manière ils étaient venus. Us entrèrent sous l*eau et brisèrent les portes de la maison. Aussitôt Teau commença à s'écouler des pièces qu'elle remplissait; mais celles-ci restèrent trempées, et si encombrées de pierres, qu'il fallut enlever plus de huit charretées de ces pierres et des autres matériaux que Teau avait apportés...