‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 174 sur 185 · A UNE CARMÉLITE DE SALAMANQUE · texte numérisé non relu

A UNE CARMÉLITE DE SALAMANQUE

1583 ou 1584

(Voir Appendice aux Fondations de sainte Terèse, p. ii4.)

Celte lettre, encore inédite croyons-nous, se garde à la BibL nat. de Madrid, Elle est adressée à la sœur Marie de Saint-Ange {de Lobera). professe du carmel de Salamanque depuis l'année 1573 et cousine de la vénérable mère. Le texte indique qu'elle fut écrite à Grenade, quelque temps après la mort de sainte Térèse.

Jésus

Noire-Seigneur soit avec Votre Charité, ma chèi*e sœur.

Si vous saviez la joie que votre lettre m'a causée, vous m'écririez plus souvent. Il est vrai que je ne le mérite pas, moi qui vous écris si peu. Certes, ce n'est pas manque d'affection de ma part, ni oubli de la part de la mère sous-prieure (1) ou de la sœur Antoinette du Saint- Esprit (2), car viennent-elles à savoir qu'il y a un messager, elles me prient de vous écrire. Je leur réponds que ce serait une cansoiation pour moi de le faii'c tous les jours, si j'en avais le loisir. Elles-mêmes. sachant, par ce que je leur en ai dit, le plaisir que vous font mes lettres. voudraient vous procurer cette satisfaction. Elles vous aiment tendrement, comme le font aussi les sœurs Béatrix de Jésus (3), Eléonorellaptiste(4), et toutes les autres. Payez-les de retour, ma sœur, au moyen

(i) La mère Marie du Christ, professe d'Avila.

{i) Une des quatre premières professes d'Avila.

(3) Béatrix de Gepeda y Ocampo, parente de la sainte.

(l) Professe du couvent de Béas.

de vos oraisons, et continuez toujours à les offrir à Dieu pour moi, car j'en ai grand besoin. J'aurai soin de dire à notre père provincial (i) ce dont vous me chargez. Parlez-moi de ces messieurs des Indes et de Plasencia, quand vous en saurez quelcpie chose, car je le désire beaucoup; mais surtout, du seiior vicaire et de sa santé. Je suis charmée d'apprendre que vous en avez vous-même. Que Dieu vous lu donne parfaite, ma chère sœur, ainsi qu'à toutes mes vraies sœurs de votre couvent. Je les aime bien plus encore depuis que sa Majesté nous a laissées seules, privées de notre sainte mère. Ah ! que nous avons de motifs de ressentir son absence, nous surtout qui lui devions tant !

Pour me procurer au moins la consolation de la voir en peinture, j'ai fait demander à Séville un portrait exécuté d'après celui qu'on y avait peint de sa Révérence. La copie a été faite par le meilleur peintre, pour le prix de dix ducats, et après cela, elle est affreuse. De quel cœur j'en paierais autant si, dans votre ville, le prébende Peûa nous la peignait telle qu'il l'a vue I II la regardait avec une grande attention quand il peignait le Christ du chœur. Que la mère prieure (2) et Votre Charité veuillent bien lui en parler. Il peut se faire qu'il s'en souvienne et qu'il nous la représente au naturel. Il est si habile et si pieux I Ce serait pour moi un renouvellement de ferveur et une grande compagnie. Tout mauvais qu'il est, le portrait dont je vous parlais tout h l'heure me fient compagnie. Que nous avons été peu intelligentes en ne faisant pas faire son portrait par le prébende ! Pour l'amour de Dieu, voyez cela. Il pourra peut-être l'exécuter à présent. Faites-moi savoir, ma chère sœur, ce qu'il en est, et croyez que je vous aime autant qu'autrefois, davantage même.

Je désire bien savoir comment se trouve ma chère mère sousprieure, ainsi que le père Jérôme de Avila. J'aimerais apprendre aussi où mon frère (3) habite à Tolède. Il y a longtemps que je ne sais rien de lui, non plus que du père Pierre Rodriguez (4), qui est fâché contre moi, je ne sais pourquoi. Si vous le pouvez, réconciliez-nous ensemble.

(1) Le père Jérôme Gratien.

(2) La mère Anne de rincamation*

(3) Christophe de Lobera, frère de la mère Anne de Jésus, était membre de la Compagnie de Jésus. Sa mort arriva en 1616. Sa sœur, qui était alors h Bruxelles, le vit monter au ciel.

(i) Autre religieux do la Compagnie de Jésus, qui avait dirigé dans le monde la vénéi-able mère et sa cousine.

»tû JDOGUMËNTS RELATIFS A SAINTE TÉRÈSE.

Vous Baves tout œ que je lui dois, ainsi qu'à notre Pierre de Lobera. Pour oelui-là, je n*ai jamais su s'iiétût mort on en vie. Je ne leur éeris pas, puisque vous êtes près d'eux. La mère pâenre se prêtera volonlâers à ces messages et voudra bien aussi que vous me donniez de voe nouvelles sous tous les rapports. Les miennes, grâce à I>îeu, sont tfèa bonnes. J'ai même pour Tinstant plus de santé et moins de préoocvpa* tions. Sa Majesté fait tout dans notre ocHumunauté, et m'a envoyé d'eg^cellents secours. Toutes nos sœurs font dire bien, des choses à Votre Gbaiité. Moi, j'envoie mille souvenirs aux sœurs Isabdle des Rois et Guiomar du Saint-Saerement (1), ainsi qu'à mes trois chéries (2), et aux autres que je ne nomme pas, parce que je le fais dans la lettre à notre mère prieure. Que Dieu vous garde et qu'il accorde à Vos Révérences les biens qu'il est en son pouvoir de donner. Amen* Amen. Amen.

De Votre Charité, ma chère sœur, la servante jusqu'à la awri,

AlCNB DEJiSVS.

Par charité, recommandez ti*ès instamment à Dieu la seliore Anne de Peftalosa, qui pourvoit ici à notre entretien. Elle a grand besoin de prières.

Pour ma sœur Marie de Saint- Ange, cannéltle déchaussée à Salamanque,

(1) Carmélites de Salamanque.

(2) Probablement les trois sœurs converses du monastère.

Page 1