CHAPITRE XXII. — BEAS
Toutes les vertus dont je parle ayant persévéré en elle, il est manifeste qu'il y eut là une grâce surnaturelle de Xotre-Seigneur. J'y reviendrai plus loin, afin que ce divin Maître en reçoive les louanges qui lui sont dues.
Soyez béni, 6 mon Dieu, dans la suite des siècles, vous ({ui en un moment anéantissez une ftme et la créez à nouveau! Mais quel est ce mystère. Seigneur? Volontiers je vous adresserais ici une question analogue à celle que vous firent les apôtres, quand vous guérîtes Taveuglené (1). Ils vous demandèrent si ses parents avaient péché, ot moi, je vous demande : Qui avait mérité à Catherine une grâce aussi souveraine? Elle-même? C'est impossible : nous savons quelles étaient ses pensées au* moment où il vous plut de la lui accorder. Ah ! que vos jugements sont profonds. Seigneur ! Vous savez ce que vous faites, et moi, je ne sais ce que je dis. Et en effet, vos œuvres sont aussi incompréhensibles que vos jugements ! Soyez à jamais glorifié de ce que votre puissance s'étend plus loin encore ! Kt que serais-je devenue, s'il en eût été autrement? Mais, sans doute, la mère de Catherine ne fut pas étrangère à cette faveur. Oui, il nous est permis de croire que, dans votre bonté, votre miséricorde, vous avez voulu qu'une more si chrétienne eût, avant de mourir, la consolation (le voir tant de vertu dans ses filles. Je me dis souvent que vous gratifiez par cette voie ceux qui vous aiment, leur donnant ainsi le très grand avantage de vous glorifier encore par le moyen de leurs enfants.
Catherine en était là, lorsqu'il se produisit dans lapar-
(I) Cfr. Joan., ix.
• LES F0MDATI0M8.
tîe supérieure de rappartement un bruit si effroyable, qu'on eût dit que tout s'effondrait. Ce bruit paraissait descendre par un angle de la pièce où elle était. Elle entendit en même temps des rugissements très forts, qui se prolongèrent quelques instants. Son père, qui, ainsi que je Tai dit, n'était pas encore levé, en eut tant de frayeur, que, ti*emblant et tout hors de lui, il prit sa robe de chambre et sonépée, entra chez sa fille et, le visage .altéré, lui demanda ce qu'il y avait. Elle lui répondit ^'elle n'avait rien vu. Il inspecta une pièce voisine, et n'y ayant rien aperçu, il dit à Catherine de se rendre :auprès de sa mère. A celle-ci, il raconta ce qu'il avait entendu et lui recommanda de ne pas laisser la jeune fille seule.
On peut juger par là quelle est la rage du démon, lorsqu'il voit lui échapper une âme dont il se croyait sûr. D'ailleurs, je ne m'étonne pas que cet implacable ennemi 'de notre salut, quand il voitnotre miséricordieux Seigneur favoriser une âme de tant de grâces à la fois, s'effraye et fasse éclater son dépit. Ici, il comprenait foii ]>ienque les richesses acc(H*dées à cette âme serviraient à lui ravir d'autres âmes, dont il se croyait le maître. Kt on effet, j^en suis convaincue, lorsque Notre-Seigneur prodigue à ce point ses largesses, celle qui en est l'objet n'est pas seule à y prendre part (1).
(1) La grâce insigne qui détermina rentrée de doua Ciitherine dans lu vie parfaite eut lieu l^année 15^, le jour de saint Matliias. C'était le jour de eet apôtre qu'elle ébÊài née ; ee sera le même jour qu'elle piendia Iliabit du Carmel, ce sera aux premières vêpres de la même fêt« qu'elle échangera les tristesses de l'exil contre les joies de la patrie. Pour les dates relatives £l Catherine de Jésus, nous suivons le plus ordinairement le tome U de In