CHAPITRE XXll. -- BEAS
Uofta Catherine ne parla de ceci à personne, mais dès lodTS elle ne cessa de soupirer après la vie religieuse, et fit dans ce but de viyes instances auprès de ses parents. Jamais ceux-ci ne voulurent lui accorder leur consentement. Après trois ans de supplications, les voyant inflexibles, elle imagina de revêtir nu costume des plus modestes. Ceci se passait le jour de saint Joseph (1). Elle avait mis sa mère dans la conlidence, car cette dernière lui aurait yolontiei*s permis de suivre sa vocation : c'était soa père que Catherine redoutait. Ivlle se rendît donc à Téglise ainsi vôtue, espérant (|ue lorsqu'elle se serait montrée dans le ]>ourg on ce costume, on ne l'obligerait plus à on changer. C*est ce ijui arriva. Son père la laissa laire.
Pendant ces trois premières années, elle avait ses heures consacrées à loraison, et se mortifiait autant qu'elle le pouvait, en quoi Notre-Seigneur lui-même lui servait de guide. Elle se retirait très souvent dans une arrière-cour, où elle se mouillait le visage et Texposait ensuite au soleil, dans Tespoir qu'une fois enlaidie, elle ne serait plus importunée <le propositions de mariage. Elle eût voulu ne plus exercer aucune autorité. Chargée cependant de conduire la maison de son père, lui arrivait-il, à la fin de la journée, de constater qu elle avait donné des ordres aux femmes de service — ce qui était inévitable, — elle attendait le moment où elles étaient endonuies pour aller leui' l>aiser les pieds, tant elle s'affligeait de se voir servie
He forma de fos DesvalzoSj où le i>èi'e Fmiirois de Saiiitc-.Miirie ivclifio les dal<»3 données par lui au lomo T'.
(!) 19 mars lor>8.
par des persouuos qu'elle estimait meilleures qu'elle. Après des journées très remplies, passées auprès de ses parents, le soir, au lieu d'aller dormir, elle se mettait en oraison et y demeurait toute la nuit. Durant un long temps elle se contenta de si peu de sommeil, que sans un secours surnaturel, il semble bien qu'elle n'aurait pu y tenir. Ses disciplines et ses autres pratiques de pénitence étaient excessives, parce qu'elle n'avait pas de directeur et n'en parlait à personne. Entre autres austérités, elle porta sur la cbair nue, pendant tout un carême, une cotte de mailles de son père. Elle se retirait pour prier dans un lieu solitaire, on le démon lui jouait de fort mauvais tours. Souvent, il lui arrivait de se mettre en oraison à dix heures du soir et de ne revenir à elle que lorsque le jour était levé.
Quatre ans environ s'étaient écoulés dans ces exercices, quand le Seigneur, voulant la soumettre à de plus rudes épreuves, lui envoya des maladies très graves et très douloureuses, telles qu'une fièvre continue, une hydropisie. une maladie de cœur, un cancer, qu'il fallut lui extirper. Près de dix-sept ans se passèrent ainsi, et durant ce temps il y eut pour elle peu de jours de santé.
Son père mourut cinq ans après la grAce dont j'ai parlé (1). A l'Age de quatorze ans, c'est-à-dire un an après Catherine, sa sœur, qui avait beaucoup aimé la parure, prit, elle aussi, un humble costume, et commença de même à s'adonner à l'oraison. Leur mère se prêtait entièrement à leurs désirs et à leurs saintes pratiques.
(1) Par coiiswmonl en lîiOO.