‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 35 sur 185 · CHAPITRE XXVI. — SEVILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. — SEVILLE

Quatorze ans s'écoulèrent, je crois, pendant lesquels la jeune fille s'adonna sans relâche au service de Notre- Seigneur, le suppliant toujours d'exaucer ses désirs. Elle souffrait extrêmement de cette pénible attente, lorsque le père maître Jérôme (îratien arriva dans la ville. Un jour, elle s'était rendue, pour entendre un sermon, dans ime église de Triana : c'était le quartier qu'habitait son père. Elle ignorait quel était le prédicateur, et il se trouva que c'était le père maître Gratien. Au moment où il s'avança pour recevoir la bénédiction du célébrant, elle aperçut son hal)it et ses pieds nus. Aussitôt, le vieillard qu'elle avait vu jadis lui revint en mémoire. Le costume était semblable, mais l'âge et le visage bien différents, car, à cette époque, le père Gratien n'avait pas encore trente ans. Elle m'a raconté qu'elle pensa se trouver mal, tant sa joie fut excessive. Elle avait bien entendu dire que des religieux s'étaient établis à Triana, mais elle ignorait qu'ils appartinssent à notre ordre (1). Dès ce jour, elle cherchait à se confesser au père Gratien, mais Dieu voulut qu'il lui en coûtât beaucoup pour y arriver. Douze fois, au moins, elle l'essaya. Le père, la voyant jeune encore et d'un extérieur agréable — elle ne devait pas avoir vingt-sept ans, — refusa constamment de l'entendre.

(l) Les carmes déchaussés avaient fondé au faubourg de Triana le 6 janvier 1574. L'archevêque de Séville, don Christophe de Rojas, leur avait donné un ermitage, où se vénérait depuis l'année lîiiC une Vierge invoquée spécialement contre les dangers de la mer. On la nommait Nuestra Seflora de los liemedios. Le père Gratien fut le premier prieur de ce couvent : le père Mariano, le premier maître des novices. De nombreux sujets entrèrent et, parmi eux, celui qui devait ètrc le célèbre père Doria. On garde chez les carmes de Séville le vénérable registre primitif du couvent de Los Remedios, où sont marqués les noms des profès, avec quelques données sur leur vie et leurs vertus. La pauvreté de ce couvent, fut

Réservé comme il Test, il évitait avec soin toute relation (le ce genre.

Béatrix, qui, elle aussi, avait beaucoup de retenue, pleurait un jour dans réglise. Une femme lui demanda ce qu*elle avait. Elle répondit qu'il y avait longtemps déjà qu'elle cherchait à parler au religieux qui était là, occupé à confesser, mais qu'elle ne pouvait y parvenir. Cette femme la conduisit au père Gratien, le priant de vouloir bien entendre cette jeune fille. C'est ainsi que Béatrix réussit à faire au père Gratien une confession générale. La joie de celui-ci fut grande à la vue d'une âme si riche des dons de Dieu. Il lui en procura une bien vive à ellemême, en lui disant qu'il n'était pas impossible que les carmélites déchaussées vinssent à Se ville, et que, dans ce cas, il la ferait admettre sans délai. Effectivement, il me la désigna tout d'abord comme la première à recevoir, disant qu'il était satisfait de ses dispositions. 11 lui annonça lui-même son admission, tandis que nous étions en chemin.

Béatrix prit toutes sortes de précautions pour laisser ignorer à ses i>arcnts son dessein d'entrer parmi nous, car autrement, jamais elle n'eût pu le réaliser. Voici comment elle s'y prit. Elle allait toujoure se confesser chez

(l'abord extrême, mais sa fpr\-pur ne l'était pas moin;*, et bientôt le noviciat de Los Remedios rivalisa avec c^ni de Pastrana. £n 1587, les carmes déchaussés fondèrent dans Séville m^me, Caile de la JUadalena, un seeood couvent spécialement destiné aux études et qui porta le titre del Angei (Cfr. Reforma de los Degcalzofj t. I, lib. lU, cap. zxui-xxn, et t. II, lib. VU. cap. Lvn.) Les carmes déchaussées ont pu recouvrer en 1905 rancienw église de ce dernier couvent, et se réinstaller dans une petite partie des b&timents claustraux. La province d'Andalousie a été récemment réorganisée,

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