CHAPITRE XXVII. — CARAVACA
aime, — ne craignez pas que rien vous manque. Quand les sujets qui se présentent vous paraîtront avoir la ferveur et les aptitudes voulues, quand de plus ils viendront à vous, non pour trouver une position, mais pour servir Dieu d'une manière plus parfaite, ne les refusez jamais pour ce motif qu'ils seraient dénués des biens de la fortune. Il suffit qu'ils aient ceux de la vertu. Dans ce cas, Dieu compensera au double les avantages que vous aurait procurés leur dot. J'ai de ceci une longue expérience. Sa Majesté le sait très bien, jamais, autant que je m*en puis souvenir, je n'ai refusé pour manque de dot un sujet dont j'étais d'ailleurs satisfaite. Les religieuses que j'ai reçues pour le seul amour de Dieu — et elles sont nombreuses, vous le savez — sont là pour en rendre témoignage. Bien plus, je puis vous eu donner l'assurance, quand j'admettais des personnes apportant beaucoup au monastère, ma joie était bien moindre que lorsque j'en recevais d'autres uniquement pour l'amour de Dieu. Les premières m'inspiraient plutôt de la crainte ; celles qui étaient pauvres me dilataient l'Ame, et me causaient un tel bonheur que j'en versais de douces larmes. Ceci est la pure vérité. Si, en tenant cette ligne de conduite à l'époque où nos maisons étaient encore à acheter, à organiser, Dieu nous a cependant tirées d'embarras, pourquoi agirions-nous difterenunent, aujourd'hui que nous avons des demeures assurées ? Croyez-moi, mes filles, c'est par où vous penserez gagner que vous perdrez.
Quand des novices ont du bien et ne sont pas liées par d'autres obligations, il est juste qu'au lieu de le porter à des gens qui peut-ôtre n'en ont pas besoin, elles vous le
donnent en auniône. Faire autrement me semblerait, je vous l'avoue, un manque d'affection. Cependant, ayez toujours grand soin qu'elles disposent de leur fortune selon ce que des hommes de savoir déclareront être du plus grand service de Dieu. Prétendre dans des vues différentes au bien de l'une d'entre elles, serait fort mal. Qu'elle rende à Dieu avec plus de perfection ce qu'elle lui doit, voilà qui nous est bien plus avantageux que tout ce qu'elle peut nous apporter. Notre seule amijition — et Dieu nous préserve d'en avoir d'autre! — c'est le service entier et parfait de sa divine Majesté. Si misérable et si mauvaise que je sois, il est une chose que je dirai ici à son honneur et à sa gloire, en même temps que pour vous donner la joie d'apprendre de quelle manière se sont établis ces monastères, qui sont siens. Si, dans les négociations ou dans ce qui se rattachait aux fondations, il eût fallu, pour aboutir, dévier tant soit peu de cette pureté de vue, jamais je n'aurais été de Tavant. En réalité, je n'ai jamais rien fait — je dis, en ce qui concerne les fondations — qui me parût s'écarter le moins du monde de la volonté de Dieu, telle qu'elle m'était manifestée par mes confesseurs, et vous le savez, depuis que je m'occupe de cette œuvre, je n'en ai pas eu qui ne fussent grands théologiens et excellents serviteui*s de Dieu. Je ne me souviens même pas qu'il me soit venu à la pensée de garder une autre règle de conduite.
Je puis me tromper. Peut-être ai-je conmiis bien des fautes dont je ne me rends pas couipte, et sans doute mes imperfections sont sans nombre. Notre-Seigneur le sait, lui qui est le vrai juge, mais je dis ce qui me parait la