‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 44 sur 185 · CHAPITRE XXVn. — CARAVACA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn. — CARAVACA

vérité. Je le vois très bien d'ailleurs, les dispositions dont je parle ne venaient pas de moi. C'est Dieu qui, voulant cette œuvre et la regardant comme sienne, me couvrait de sa protection et m'accordait cette faveur. Si je la mentioime ici, mes filles, c'est pour que vous connaissiez mieux vos obligations et que vous sachiez que ces fondations se sont réalisées sans préjudice de qui que ce soit. Béni soit Celui qui a tout fait, et qui a lui-même inspiré la charité de nos bienfaiteurs ! Daigne sa Majesté nous protéger toujours et nous accorder la grâce de ne point répondre par l'ingratitude à de si nombreuses faveurs ! Amen.

Vous avez pu voir par mon récit, mes filles, que nous avons eu plus d'une tribulation à endurer. Encore n'ai-je rapporté que les moindres, car en faire le détail eût été fastidieux. Dans les voyages, c'étaient les pluies, les neiges, les erreurs de direction, et surtout mon peu de santé. Ce dernier inconvénient était fréquent. Une fois entre autres, pendant notre première journée de voyage de Malagon à Veas — je ne sais si j'en ai parlé déjà, — j'avais la fièvre et toutes sortes de maux réunis. Voyant ce qui nous restait encore de chemin et l'état où j'étais réduite, je me souvins de notre père Élie fuyant devant Jézabel (1), et je dis à Dieu : « Seigneur, comment aurai-je la force de tant souffrir ? Veuillez y prendre garde. » Ce qui est certain, c'est que sa Majesté, voyant ma faiblesse, m'enleva tout d'un coup et la fièvre et le

(1) ar. ni Rag., XIX.

mal. Depuis, eu y réfléchissant, la pensée m'est venue que cette grâce m'avait été accordée en considération «l'un prêtre, bon serviteur de Dieu, qui survint alors. Et vraiment, ce pourrait bien être cela. Toujours est-il (|ue mes maux intérieurs et extérieurs me quittèrent en un moment.

Quand j'avais de la santé, j'endurais allègrement les fatigues corporelles. Mais une peine très sensible pour moi, c'était d'avoir à supporter tant d'humeurs différentes en chaque localité. C'était aussi de quitter mes filles et mes sœurs, lorsque j'avais à passer d'un lieu à un autre. Je les aime si tendrement, que ce n'était pas la moindre de mes croix, je puis vous l'affirmer, surtout quand je me disais que je ne les re verrais plus et que j'étais témoin de leur douleur, de leurs larmes. Elles sont très détachées de tout le reste, mais Dieu ne leur a pas donné de l'être de moi, peut-être pour me faire trouver là matière à plus grand tourment, car je ne suis pas non plus détachée d'elles. J'avais l)eau me faire toute la violence possible pour ne pas le leur laisser voir, les réprimander même, peine perdue! tant est grand Famour qu'elles me portent, amour dont, au reste, elles ont maintes fois prouvé la sincérité.

Vous savez aussi que les fondations se sont faites d'abord avec la permission de notre très révérend père général, ensuite par son ordre formel (1). Ce n'est pas

(1) Les premièi-es patiîntes du géiiéml ont été données à la fin du Yolum«* précédent, Docum. 3 et i. Le texte de la troisième patente, que saint« Térèsc mentionne ici, nous est inconnu. Dans sa lettre au père Rossi, du 18 juin 1575, elle en parle ainsi : • Votre Paternité m'envoya depuis rétablissement des visiteurs une patente en latin, m'autorisent à fonder et

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