CHAPITRE XXVII. — CARAVACA
tout, à chaque nouvelle fondation, ilnrécrivait en ressentir une joie extrême. Certes, la satisfaction de notre père général était mon plus grand soulagement au milieu de mes peines. En contentant mon supérieur, il me semblait contenter Xotre-Seigneur lui-même. Et puis, je dois dire que je lui porte une grande affection. Dieu trouva-t-il à propos do me donner quelque relâche, ou bien le démon fut-il dépité de voir établir tant de maisons où Notre-Seigneur est bien servi? Toujours est-il que les fondations précédentes une fois effectuées, je reçus défense d'en faire de nouvelles. Cette mesure, on l'a su depuis, ne venait pas de notre père général. En effet, peu d'années auparavant, à la demande que je lui avais faite de ne plus m'ordonner de nouvelles fondations, il avait répondu qu'il s'en garderait bien, tout son désir étant de les voir égaler en nombre les cheveux de ma tête. Mais voici qu'à la suite d'un chapitre général — où l'on aurait pu croire qu'on regarderait comme un service rendu l'accroissement procuré à l'ordre, — on me notifie, avant mon départ do Séville, une ordonnance rendue en Défitoire, laquelle m'intimait défense, non seulement de fonder
déclarant que je pouvais le faire en tous 'lieux, et c'est bien ainsi que les hommes de science Tentendent, puisque Votre Paternité ne spécifie ni couvent ni royaume. Aucune limite n*est posée, il est dit : en tous lieux. La patente porte même ordre formel (preceto). » Le père Antoine de Saint- Joseph nous dit cpie Toriginal de qette patente latine se trouvait de son temps dans les arcliives de Tordre. (T. IV, Annot. de la lettre LXXII.) Cette pièce portait la date du 6 avril 1571, ainsi que nous rapprend la mère Marie de SainthJoseph, prieure de Séville et de Lisbonne, dans sa déposition joridique. Cette mère mentionne clairement trois patentes données par le père Rossi pour les fondations de religieuses : celle du 27 avril 1567, datée d*Avila ; celle du 16 mai de la même année, datée de Madrid ; celle du 6 avril 1571, datée de Rome. (Inform. de Lisbonne.)
davantage, mais encore de sortir, sous aucun prétexte, du couvent que j'aurais une fois choisi pour résidence (1). C'était une sorte d'emprisonnement, car il n'y a pas de religieuse que le provincial n'ait le droit de faire changer de place, je veux dire d'envoyer d'un monastère à un autre, lorsque le bien de Tordre le demande. Le pire, c'est que le père général — j'en avais une peine profonde — était fâché contre moi. Et cela, sans motif, mais simplement sur des rapports passionnés qu'on lui avait faits. J'appris en même temps que je me trouvais sous le coup de deux calomnies bien graves.
Pour vous montrer, mes sœurs, la miséricorde de Notre- Seigneur et sa fidélité envers les Ames désireuses de le servir, je vous dirai que cette nouvelle non seulement ne m^attrista point, mais me causa, tout au contraire, une joie si vive, que j'en étais hors de moi. Non, je ne m'étonne plus des transports auxquels se livrait David en précédant l'arche du Seigneur (2). J'aurais voulu ne point faire
(1) Ce chapitre fut tenu ù Plaisance, en Italie, le 22 mai 1575. par le père Jean-Baptiste Rossi. Ce père y fit lire le bref qu'il avait obtenu de Grégoire XIII (3 août 1574), portant révocation des pouvoirs donnés aux commissaires apostoliques. Après quoi, ie chapitre fulmina contre les Déchaussés deux Décrets, dont le texte nous a été conservé (Voir Docum. 4^1). En outre, le Définitôire rédigea une ordonnance qui annulait les patentes données & la mère Térèse et signifiait & ceUe-ci d'avoir à quitter immédiatement TAndalousie, pour se retirer dans un couvent de CastiUe et n'en plus sortir. L'ordonnance arriva à Séville en novembre 1575. (Cfr. Reforma de los DescaUoSt 1. 1, lib. III, cap. xut.) Ce fut le père Michel de UUoa, prieur des carmes mitigés de Séville, qui le reçut du père Ange de Salazar. Dans la crainte d'affliger la sainte, le itère de Tlloa tint le décret quelque temps en réserve. Enfin, il se décida à le notifier à celle-ci (fin de 1575 ou commencement de 1576). Voir la lettre de sainte Térèœ au père Itossi, écrite & Séville an commencement de l'anuf'^e 1576. La sainte V déclare que la notification remonte à un mois (Miviron.
(2) Cfr. II Reg., n.