CHAPITRE XXll. ^ EEAS. Il
âoignée. Il ea était tout étouné lui-mêuie. En plus de tant de maux, elle avait la goutte et la sciatkiue.
Uue veille de Saint*Sébastieu (1), qui tom))ait uu samedi, Notrc-Seigneur lui rendit ai soudainement la sauté, (|ue tous ses efforts pour, dissimuler le miracle demeuraient inutiles. Au moment où ce divin Maître était sur le point de la guérir — c'est elle-inémequi le raconte, — elle fut saisie d*utt tremblement intérieur si violent, (fue sa sœur la crut au moment de rendre Time. Pour elle, elle sentit dans tous ses membres un renouvellement extraordinaire, et dans son àme, un changement et un prc^t q[>irituel merveilleux (2).
Ce qui la réjouissait dans ce retour à la santé, c'était de se trouver à même de poursuivre rétablissement du monastère. Quant à la cessation de ses souffrances, c'est à peine si elle y prenait garde, car du jour où Dieu l'avait
(1) 19 janvier 1574.
(2) Doua Catherine a rcti'ac4i ello-mênir, dans une relation manuscrite, le tlétail de sa merveUleam guériiMN]. On aYuît dressé dtktm :«a chambre, pour la réception de la sainte Encliaristie, un i)etit autel, où était «ne peinture représentant la Descente de Croix. En présence de plusieurs personnes, imrmi lesciuelles se trooTalt on p^re île la Compagnie de Jésna, k père Jean de Ëraso, le visage du CJirist commença & distiller une sueur alxindante. • Parm^ les assistants, a écrit Catherine, les uns disaient que celte .sueur qu*on apereerait sor le (ablean était mirariileuse, les antres le niaient. Là-dessus, on me remit la peinture entre les mains. Je sentis alors un si violent tremblement dans tons mes membres et des angoisses si excessives, que je me crus sur le point d'expirer. Tenant ainsi le takdeau entre mes bras, j*y collai mon visage. Tandis que celui du Christ était comme attaché au mien. Je me tronval trempée de celte sneur. Aussitôt, j^épronvai en mon corps uu immense soulagement : oii eût dit que tout mon mal m'était enlevé, de la même maniëi'e qu'on ôte un vêtement. J'entendis inlérieuiv. ment ees paroles : Lève-toi, tu eg guérie. Va vhereher i'atêtonsmliûn, rmr très certainement tu t'obtiendras, A l'instant, je me sentis aussi bien itortante que si je n'avais jamais eu de mal. • (Reforma de los Ùesrahox, t. II, lib. Vil, cap. IX.)
appelée à son service, elle avait conçu tant de haine pour elle-même, qu'elle était devenue comme indifférente à fout. A son propre témoignage, son attrait pour la souffrance était si puissant, qu'elle suppliait Dieu du fond (lu cœur de l'éprouver par toutes sortes de peines. Notre- Soigneur exauça ses vœux, car pendant ces huit années on la saigna plus de cinq cents fois, sans parler de je ne sais combien de ventouses scarifiées qu'on lui appliqua, et dont les marques, laissées sur son corps, portent encore iémoignage ; plus de \ingt fois on injecta de sel les plaies formées par ces ventouses, parce qu'au dire d'un médecin, c'était un moyen d'attirer au dehors le venin d'une j)leurésie dont elle était attaquée. Mais voici ce qu'il y a de plus admirable. Lui prescrivait-on l'un de ces remèdes violents, on la voyait en attendre l'application avec impatience et sans frayeur aucune. Elle-même encoura- 4icait les médecins à mettre les cautères. Et en effet, on (lut lui en appliquer un grand nombre pour le cancer dont j'ai parlé et pour d'autres maux encore. Elle assure (jue si elle souliaitait ces tortures, c'était afin d'éprouver si ses désirs du mai*tyre étaient véritables.
Se voyant subitement rendue à la santé, elle pria son confesseur et son médecin de la faire transporter dans une autre localitc», afin que sa guérison fût attribuée à ce chaniioment. Ils s'y refusèrent. Les médecins furent les premiers à publier le fait. Effectivement ils la regardaient comme incurable, et assuraient que le sang corrompu ([u'elle rejetait par la bouche, n'était autre chose que ses poumons mêmes. Elle resta encore trois jours au lit, n'osant se lever de peur qu'on reconnût la guérison; mais