‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 6 sur 185 · CHAPITRE XXn. — BEAS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn. — BEAS

ce fut peine perdue, car la santé, pas plus que la maladie, ne peut se dissimuler.

Elle m'a raconté qu'au mois d'août précédent, elle suppliait un jour Notre-Seigneur ou de lui enlever ces violents désirs d'être religieuse et de fonder un monastère, ou de lui donner les moyens de les réaliser. Il lui fut assuré alors d'une manière formelle qu'elle recouvrerait la santé assez à temps pour pouvoir aller, le carême suivant, solliciter elle-même l'autorisation . Depuis, bien que ses infirmités ne fissent que croître, elle ne perdit jamais l'espoir que Dieu lui accorderait cette grâce. A deux reprises elle avait reçu l'Extrême-Onctiou — Tune des deux fois elle paraissait si mal, que le médecin déclarait inutile d'aller chercher les saintes huiles, parce qu'elle serait morte avant qu'on les apportât, — et cependant, jamais elle ne cessa d'attendre de Notre-Seigneur la faveur de mourir religieuse. Je ne veux pas dire qu'elle reçut deux fois l'Extrême-Onction dans l'intervalle qui sépare le mois d'août de la fête de saint Sébastien : ce fut antérieurement à cette époque.

Témoins de la gri\ce miraculeuse qui lui avait soudain rendu la santé, ses frères et ses autres parents, tout en jugeant ce voyage une folie, n'osèrent plus s'opposer à son départ pour la cour. Elle y passa trois mois, et finalement ne put rien obtenir. C'est alors qu'elle adressa sa requête au roi, lequel, apprenant qu'il s'agissait d'un couvent de carmélites déchaussées, lui fit sans retard délivrer ce qu'elle demandait (1).

(1) La sainte voile sous ces simples paroles la part ([iil lui revient dans le succès final de la négociation. Le itère François de Sainto-Marie nous

14 LES FOKDÂTIOKS.

Lorsqu'il fut quegtiou d'effectuer la fondation, il parut bien que Catlieriae avait négocie Taffiaire avec Dieu, caries supérieurs y donnèrent leur consentement, malgré la distance des lleuK et la modicité des revenus. Quand sa Majesté veut une chose, elle ne peut manquer de s'accomplir. Les religieuses arrivèrent donc à Veas au commencement du carême de lo7«> (1).

nfipreiid qu'avertie par CaUierine du refus consAaut opposé par le Confleil dos Ordres, elle écrivit À Philippe II, le suppliant d'intervenir dans la question. Catherine adressa en même temps nne suppUqne au monarque, et la cause fut gagnée. Rentrée & Béas pour la Salnt-Bamabé (11 juin) 1574, elle disposa pour la future communauté la maison de la Vicaria, attenante À TégUse paroissiale. (Cfr. Reforma ée los Desoalzos, t. I, lih. III, cap. xxxii.) Ou appelait Vicaria la résidence du délégué ecclésiastique qui a^nait juri- (liclion non seulement sur Béas, mais sur plusieurs bourgs enWrannants. Ce délégué ou vioario était eboisi parmi les chevaliers de l'Ordre de Seiot» Jacques.

(i) La sainte était accompagnée de Julien d'Avila, d'Antoine Gaytan et d'un piétie séculier, nommé Grégoire Martines, qui allait recevoir à Béas rhabit de carme déchaussé. Elle amenait huit religieuses : Anne de Jésus, Marie de SainVJoseph, Isabelle de Saint-Jérôme, Anne do Saînt^Albert, EléoBore de Saint-Gabriel, Marie du Saint-Bsprit, Isabelle de Saint-François, Béatrix de Saint^Michel et Marie de la A^isitation. Avant de se rendre à Bea?, elle avait passé par Tolède et Malagon, et en avait tiré les religieuses ([uVUe destinait & cette fondation et h ceUe de Caravaca. DéjÀ elle aviUt fait venir de Salamanque la mère Anne de Jésus, qu'elle voulait mettre à la tête du premier de oos monastères. En chemin, dit une relation du temps citée par rhistorian de cette vénérable mère, on 8'arréta dans une tyenla, où il ne se trouvait que deux œufs, destinés à la maitresse du logis. La sainte était fort lasse, et n*avait rien man^ de tout le jour. Anne de Jésus fut si éloquente qu'elle décida Vliôtesse à céder ses œufs à la sainte mère et il se iwtsser elle-même de souper. Sainte Térèse garda |iour la cluiritable renterm «ne gratitude qui ne finit qu'avec sa vie. • Lorsqu'elle connaissait quelqu'un devant passer |»ar ce logis, elle ne manquait pas d'envoyer il l'hôlesse un chapelet, une image, un scapnlaire, OH quelque autix" objet de ce genre. L'excellente bfttesse, de son oOté, recevait et traitait ceux qui venaient de Béas jiortant des lettres de la mère, et lui envoyait à elle-mêiue des asperges on choses semblables. • (Manriqne : Vida de la Madré Ana de Jésus, lib. II, cap. xi.) Sainte Térèse, avec sa pieuse tn>upe, 6*arpêta quelques jours À Manainarès, sur la route d'Andalousie, & iiuit lieues de Giudad ReaU et i*oç«t l'hosiûtaUté dans une noble et ohré-

CHAPtTKE XXII. — MAS. 15

Les habîtaiits \îiireiit les recevoir eu i>roces8ioii avec beaucoup de solennité et cIo laarquog (raliég-resse. La satisfaction était universelle: les enfants eux-niénies témoignaieiit à leur manière que cette <Biivre était agréable i Dieu. Ce monastère fut fondé, sous le titre de Saint-Joseph du Sauveur, pendant ce même carôme, le jour de saint Mathias (1).

Ueoie famille, celle de don Micbel Mi'riiio (k* MoroftëA. La sainte s'assoit à la table de ses liôtes. A l'un des repus, on servit dos ijenlrix, car le lerritoiro de Manzanarès est productif en petîl pibier. Une ^en-anto de la maison, voyant la sainte accepter le mets qui lui iHait offert, s'en rlonua, disant en eHe-nème: •• Si c*était mie sainte, eomme eu le |ipéteiid, la >*erraitroii mander de la iienlrixf Voyez un {«eu quelle iiénitenoe ! » Sainte» Térà^y rrponduit à sa pensée, lui dit : « Mire su ettrithd, y cprcnda: cutmdQ ^erêix, ftrdizy y cmmudé pemtemdut pemttntitu Ma cliî^re, apiimieB liîra eeoi : il y a temps paar la perdrix et temps pour la |H*iiitenrc. » Eu retour de rsfieotaeufle réœpiion qui \m. était laite, hi suinte mère fit don à aes hôtes d*an objet qui lui était particulièrement c>»er : le ehafielet de saint Kerre d*Alcantara. Resté longtemps intact, le précieux chapelet fut, dans la suièe, divisé par dizaines et réparti entre les di^-ers meiubves de la famille Meriiio. Au|onvd%«i encore, les pieuses seftoras, doila Sacramento et dofta Teresa de Jeaas iarava y Merino, qui habitent la Solana, non lois de Manzouaràs, montrent la dleaine qu*e(l1es ^cardent avex* vénération. I¥ii après le srjour de sainte Térèse dans la demeure des Merino Moraiès, doAa Isabelle Aierino, fille de don Michel, épousa don Fran<.H3ts de Sandoval, et Ton assure que le passai de sainte Térèse au milieu de cette faniUe ne fut pas étranger à cette union, qui aecnit notablement la fortune des Merino. La maison où logea la sainte existe encore. Elle est occupée par don Tomas Jaiuva y Merino, et sa fenune, dofia Dolorès, qui se signalent par la cbarité la plus (généreuse. On ohante encoredaas la localité, en manièi*e de chanson, le couplet suivant :

SatOa Teresa estupo En Mansanares, Y dejô fi loi Mérinos Hieos y a fables.

Sainte Térèse a séjourna X Manaanarès, Elle a laissé les Meiinos Biches et affables.

(Ofr. Francisco Jimenez Campaâa : SmUa Teresa de Jesés en Mansaiiareu, article paru dans la Revue La HasiUea Teresiana. en mai 1003.) La mère Anne de Jésus et Julien d'Avitn nous ont laissé sur cC'Vo>'«ge, qu'ils firent en compagnie de la sainte, d^autres détails encore, qu'on trouvera à la fin dn vc^ume, Hocum. 96 et 27.

(1) La sainte étaMit la vénérahie mère Anne de Jésus prieure, et la sa*ur Marie de la Alsitation, sous-prienre. La protectÂon dont elle sembla enve-

Le môme jour, les deux sœurs, au comble de la joie, reçurent le saint habit. La santé de doua Catherine se soutenait. Son humilité, son obéissance, sa soif des mépris, montrent aujourd'hui combien ses désirs de se donner tout entière au service de Notre-Sei^neur étaient sincères. Que ce divin Maître en soit à jamais filorific !

Entre autres particularités, cette sœur m'a fait connaître la suivante. Un soir, il y a près do vingt ans, s'étant mise au lit tout occupée du désir de ti»ouver Tordre le plus parfait qu'il y eût sur la terre, afin d'y entrer, elle rêva

lopper ce monastère après son entrée dans la gloire ne saurait être passiV sous silence. Un manuscrit, gardé précieusement iHir la communauté, portr qu'en 1603 les supérieurs se résolurent, vu Textrème pauvreté des religieuses, & les transférer en d'autres couvents de la même province, et à supprimer celui de Béas. Tout fut préparé dans le plus grand secret, et à minuit des religieux arrivèrent pour effectuer la sortie des sœurs. Mais U se trouva qu'un bon nombre des habitants de la ville, mus, ce semble, par une impulsion d'en haut, s'étaient réunis en armes, pour empêcher & tout prix la sortie des carmélites. Parmi eux, don Michel de Sandoval s'élait entendu adresser ces paroles, au moment où il venait de se racili'e au Ht pour prendre sou repos : Prends garde : on emmène mes religieuses. Se levant à l'instant, il s'était dirigé en toute hâte vers le couvent, muni de son épée et de sa rondache, et s'était mis avec les autres citoyens en attitude de combat. Lest religieux, se voyant découverts et redoutant quelque malheur, s'esquivèrent le mieux qu'ils purent Bientôt, ils tentèrent de réaliser leur projet par une autre voie. Un décret fut rendu, portant que les carmélites de Béas ne IK)urraienl ims recevoir de novices durant un laps de trente années. Ui pensée des supérieurs était que la communaut43 s'éteindrait faute de sujets). A'ingt-cinq ans s'écoulèrent sans qu'aucune religieuse mourût. Et cependant la plupart étaient malades, ou si décrépites i)ar l'Age, que « voulant balayer, dit la relation, elles étaient obligées de s'appuyer d'une main sur un bâton, et de mouvoir de l'autre le balai ». l^es supérieui*s, i*eeonnaissant la volon(«'de Dieu, levèrent la prohibition, et à mesure que des novices entraient, les anciennes prenaient le chemin du ciel. Le couvent, nous l'avons vu, était adossé à l'église paroissiale. Cette église ayant été pillée et incendiée pur les Fiunçais en 1810, ceUé des carmélites en tint lieu pendant longtemps. En 1838, les troubles poUUtiques obligèrent les l'ciigicuses à se disperser en difféi*entes maisons de l'ordre, et le monastère fui livré au pillage. « 11 prés4Mite, écrivait Hye-Hoys en 1866, l'aspect d'une immense ruine, au milieu de laquelle la cellule de sainte Térèse reste seule debout. >• En 1899, les

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