CHAPITRE XXVHT. — VILLANrnBVA DE LA JARA. i
moins pécheresse sans^ comparaison ; enfin, j'aTais reçu de Notre-SeigTieuî» ew toirtes façons des grâces bien plta» signalées, parmi lesquelies- je compte celle* de n'a'^^oip' pas été précipitée en enfer, comme mes grands péchés^ le méritaient. Une seule chose me- consolait : mon déisir d'imiter se& exemples, s'iï m'était possible. Cependant cette consolation était feibte-, parce que ma vie entière- s'est éeanlée en désirs, sans* qne jamais j'en sois venue aux œuvres. Je n'ai d'autre recours que- la divine miséricorde:* aussi bien es*-ce eumon Dieu que j'ai constamment placé eonfiancepac te moyeu dte son très saint Fils et de l'a Vierge Notre-Dame», dont, par lu' bonté du Seigneur, je porte l'habit.
llJn jour, après avoir communié dans cette vénérable église, j'entrai dans un recueillement profond, accompagné d'une suspension qui m'ôta l'usage de mes sens-. Cette sainte femme m'apparut dans une vision intellec-
Gabiiel de TAssomption, après un noviciat des plus fervents, faisait sa profession religieuse. Il lut quelque temps chargé de la direction du novioiât de Pastrana-, puis recteur du coUège d'Alcalfai de Henarès. Nommé prieur du couvent de La Roda vers 1576, il' put encore y jouir des admirables exemples de la saintb ermite, et y trouva un nouveau stimulant à son attrait pour la pénitemse. Gatlierine, qui le regardait comme son supérieur, se louait beaucoup de sa douceur et de sa modération. H eut le bonheur d'assister à- la mort de cette grande- servante de- Dieu. En février 1880, le père- Gabriel de TAssomption recevait et gardait trois jours & La Roda sainte Téi*se et ses filles. Il les accompagna ensuite jusqu'à Villanueva, et après le départ de la sainte, donna ses soins les plus dévoués & la communauté naissante. En 15S1 il était nommé définiteur général, puis prieur du couvent d'Almodovar; en 1883, la fondation de Daimiel lui était confiée. L'année suivante, il traversait la Sierra-Morena, se rendant à SôviUe où rappelait le père Gratien, son provincial, quand, soudain saisi- d'un mjd mortel, il dut s'arrêter au bourg d'Âdamuz, où la mort le terrassa en quatre jours (octobre 1584). n n'avait gaète plus de qjiarante ans. (Cfr. Reforma de los DescaUos, t II, lib. VI, cap. miii-xxxvi.)
tuelle, sous la forme cVun corps glorieux, et entourée de plusieurs anges. Elle me dit de ne pas me lasser de fonder des monastères, mais de poursuivre cette œuvre. Je compris, quoiqil'elle ne me le dît point, qu'elle m'assistait auprès de Dieu. Elle ajouta une autre chose, qui n'est pas de nature à être rapportée ici. Je me sentis remplie de joie et du désir de travailler pour Dieu. J'espère de sa bonté qu'aidée de telles prières, je pourrai faire quelque chose pour son service.
Voilà, mes filles, conunent les travaux de cette servante de Dieu ont pris fin, mais la gloire dont elle jouit durera toujours. Pour l'amour de Notre-Seigneur, marchons généreusement sur les traces de notre sœur. Si nous Timitons dans sa haine d'elle-même, nous achèverons comme elle notre course. Elle est rapide, cette course, et tout finit bien vite ici-bas (1),
Nous arrivâmes à Villanueva de la Jara le premier dimanche de carême de l'année 1580, le jour de saint Barbatianus (2) et la veille de la Chaire de saint Pierre (3).
(i) Le corps de Catherine de Cardona reposa jusqu'à Tannée 1603 en régllse del Socorroy dans la chapelle de Notre-Dame du Mont-Garmel. A cette époque, les carmes déchaussés s'étant transférés h Villanueva, emportèrent avec eux les restes de leur fondatrice. Trois ans plus lard, on fit pour ces restes précieux une niche dans Tépaisseur du mur de la nouvelle église, du côté de rÉvangile. Au-dessus était un portrait de la vénérable anachorète; tout autour, la représentation de diverses scènes de sa vie. Les ossements furent enfermés dans un coffret de velours rouge, orné de fermoirs en bronze doré. On mit auprès le christ de métal qui avait encouragé sa fuite au désert, et dont eUe ne s'était jamais séparée depuis. (Gfr. Reforma de Los Descalzos, t. I, lib. IV, cap. xx.) Dans la suite, ainsi que nous Tavons dit plus haut, ce christ a été porté à Pastrana.
(2) Dia de san Darbaciani, a écrit sainte Térèse. Sans doute, fait remarquer Vicente de la Fuente, la sainte a sui\i Tindication latine d'un livre liturgique : Festum sancti Barbatiani.
(3) Le 21 février.
Le très saint Sacrement fut placé, le jour même, dans Téglise de la glorieuse sainte Anne, à Fheure de la grand* messe. Tous les membres de la municipalité et plusieurs autres personnes, au nombre desquelles était le docteur Ervias, vinrent au-devant de nous (1). Nous mimes pied à terre aui3rès de Téglise paroissiale (2), qui est fort éloignée de celle de Sainte-Anne. Le bourg entier était en joie, et ce ne fut pas sans une extrême consolation que je vis accueillir avec tant de bonheur Tordre de la très sainte Vierge Notre Dame. Nous entendions de loin le carillon des cloches. Aussitôt que nous fûmes dans Téglise, on entonna un TeDeum^ qui fut exécuté alternativement par lorgue et par le chœur des chantres. Cela fait, le très saint Sacre-
(1) Outre les notables de l'endroit, raconte Anne de Saint-Barthélémy qui était présente, les enfants de Villanueva vinrent en grand nombre et avec une profonde dévotion au-devant de la sainte et de ses filles. Arrivés auprès du char, ils s*agenouiUaient, ôtaient leurs chaperons, puis, se relevant, précédaient tète nue les religieuses, jusqu*& leur entrée dans réglise paroissiale. (Voir Docum. 49.) Tandis que cette réception s'organisait, sainte Térèse s'était arrêtée au milieu de la ccunpagne, dans la maison de Michel de Mondejar. Michel lui présenta ses trois filles. La sainte disant qu'eUes entreraient dans le nouveau monastère et y feraient profession, le père répondit qu'il se pourrait bien que l'ainée fût religieuse. L'aînée seulement? répliqua la sainte. Elles le seront toutes trois, comme je l'ai dit. La chose est certaine. La plus Agée des trois sœurs entra effectivement au monastère quatre ou cinq ans plus tard, et fut nommée Isabelle de Jésus. La seconde la suivit au bout d'un an et prit le nom de Françoise de Saint-Elisée. La troisième, celle qui atteste le fait, avait une insurmontable répugnance pour l'état religieux et le disait bien haut. Néanmoins, au bout de sept ans, un changement soudain s'opéra dans son cœur. Sans plus de délai, eUe entra dans le monastère, où eUe fit profession en son temps. Ainsi se vérifia la prédiction de la sainte. (Dép. de la mère Joséphine de l'Incarnation. Inform. d'Alcala.)
(2) L'église paroissiale de VlUanueva, visitée par sainte Térèse, subsiste encore. Elle est beUe et de très vastes proportions. L'architecture du sanctuaire révèle une ancienne mosquée. La muraille crénelée et percée de nombreuses meurtrières, qui entoure la partie méridionale de l'édifice, est un indice non moins certain de l'origine arabe de la localité.
fS JEBS FONDATIONS..
mBnt fuiy plaoé sup uid brancard, et la statue de r!9otpe- Dame suruniaulare. Il j avaiiraufin des-cveis et d^hbaaiiièfrG»^. La preeession se* mitf en- mBirclïe a*v«c beaucoup'de pompe. >k)U& étion» an oentre, tout pcè» dut tràs- saûufc Sacrement, revédues de nos manteanx blanc» et nos voilna baififiés^; près de nous se* tenaient nos père» déchaussé», venuB en) goand) nombre de Heur monaâtère. Il y avait égastement des firanciscains — cai? VillanueYai possède unoontvent de L'ocdre de Saint-François, — enfin un religiens dominicain:, de passage dans le bourg, et quoiqu'il se irou^ vAt seul, je fus charmée de voir en cette circonstance Tha*bitde son ordre. ConmieLe'trajetétaitlongp, on. a^vait^ dressé sur le parcours un grand nombre d'autels, où Vonjs'ariiêtait de temps en temps pour chanter quelques strophes à reloge de notre ordre. Nous en étions touchées de dérotion, comme aussi de voir* ce peuplé célébrant le» louanges du grand Dieu qjufon portait au milieu de noufi, et donnant, pour Famour d'e lui', tteint de marques d'honneur à sept pauvres petites^ eamnélites déchaussées. En présence d'un tel' spectacle, j'éprouvais une véritable confusion, à me voir die ce nombre, persuadée comme je Tétais que si Ton m'eût traitée selon mes mérites, tout l)e monde* se* fut toiumé contre moi- (1).
(l)'Au témoigpaage de Tereâta, sainte T\ërè8e, deratour à SainWra^h d*Avilav sff'plaiBaUi à raoontar' aux religiieuses de- cemonastèaiB renttéè solennelle & Villanueva de la Jara et l'émotion qu*eUe éprouT« en- ce jour Elle avouait que le transport qui la soule-x-a fut si véhément, qn'<dle dut se faire une violence extrême pour ne point entrer en eadase sous- les ^j^nx de tout ce peuple. (2^ Dép. jurid.) D'autre part, la vénérable Anne de Saint-Augpnstin nous a laissé par écrit la douce viâion qni ftnappa las yeux de son âme durant cette' mtane-prouession, aiors-que Thumilité et rallégrosse se 11 vraient^ combat dans le ccsnr de la sainte mère; Voir à là: fin du volume, Docum-. 50..