CHAPITRE XXVim — VMEAinniVA DE LA JARA. «BB
Si< je vou» ai si longuement entretenues^ mes- filles^ de. rhonnenr vendm en* ce jour à> Fhabitdfe lia Vierge-, c'est afin que vous en bénissiez' Notre-Seigneur et que vouw lui demandiez instamment de* jEaire sep\dr à; sa gloipecette nouyelle fondation. Je inesens plus eontenté, jevous^ l'avoue, lorsqu'un monastère s'établit avec force- perse*»cuÉions-etsouflrances. Je* vous en iraconte* alors riristoireavec plus, de plaisir.
Ces soufiErances, il est vrai, nos sœurs déjà réunies les-' avaient end uoées depuis près de si» ans* — ou du moins, plus (te cinq ans et demi — qu^ elles s'étaient retirées dans la maison de la glorieuse sainte* Anne. Je ne partes pas d» Leur grande pau[vretév de la peine- qu'^eltes avaient^ à se procurer le nécessaiiTe, car jamais elles ne voulurent demandev l'aumône, de crainte de donner àpenser qu'elles' ^'étaient réunies là pour être* entretenues aux frais des" babitantsv Je ne m'arrête* pas non» plus à la sévère^ pénitenceqii'elles-pratiquaient, jeûnant fort souvent, mangeant très peu, n'ayant que de mauvais lits, et se trouvant logées fort à l'étroit, chose* d'autant plus pénible que leur* elétuoe était plus rigoureuse. Leurplus grande soufflrance», elfes me l'ont assuré, venait de l'ardent désir qui- les pressait djfrse voir revêtues^ de l'habit du Garmel. Ce désir étbit pour elles un tourmont du jour et de- la nuit, tant elles craignaient de- ne* jamais le voir réalisé. Aussi leurs* prières, leurs- larmes continueltes> n'avaient-eli^s d^autre objet que d'obtenir die Dieu cette faiveur. Voyaient-élites leur dessein' eontrarié en quelque manière, leur désola^ tion étaifc extrême-, et elles redoublaient leurs pénitences: C'était sur la nourriture gagnée par leur travail, qu'elles
prélevaient de quoi payer les messagers qu'on m'envoyait, de quoi aussi offrir des gratifications, en rapport avec leur pauvreté, à ceux qui pouvaient leur prêter, quelque concours. Maintenant que je les connais et que je vois leur sainteté, je ne doute pas que ce ne soient leurs prières et leurs larmesquilcur aient obtenu l'entrée de notre ordre. Je regarde ces âmes choisies comme un trésor bien plus précieux pour lui que de riches revenus, et j'espère que ce couvent prospérera.
A notre entrée dans la maison, nous les trouvâmes toutes rassemblées à la porte intérieure, chacune vêtue à sa façon, c'est à dire comme elles étaient entrées, car, espérant toujours recevoir notre habit, elles n'avaient jamais voulu prendre celui des béates. Leurs vêtements étaient modestes, mais assez négligés pour révéler le peu de soin qu'elles prenaient de leur personne. La maigreur de la plupart d'entre elles montrait bien la vie austère qu'elles avaient menée. C'est avec des larmes de joie qu'elles nous reçurent, et Ton a bien vu que ces larmes étaient sincères. Leur vertu éclate dans leur allégresse, leur humilité, leur soumission à la prieure. Elles ne savent que faire pour se rendre agréables à chacune des religieuses venues pour la fondation. Toute leur crainte était qu'à la vue de leur pauvreté et de la petitesse du logis, elles ne voulussent s'en retourner.
Nulle d'entre elles n'avait exercé l'autorité ; mais chacune, entente fraternité, travaillait le plus qu'il lui était possible. Quand lanécessité l'exigeait, deux des plus âgées traitaient de leurs affaires, les autres ne parlaient ni ne voulaient parler à qui que ce fût. Il n'y eut jamais de
serrure à leur porte, mais seulement un verrou. Pas une n'osait en approcher, la plus âgée seule répondait. Elles dormaient très peu, afin de gagner de quoi vivre sans négliger Toraison, qu' elles faisaient bien des heures durant. Les dimanches et les fêtes, elles y consacraient la journée entière. Pour leur conduite spirituelle, elles se servaient des ouvrages du père Louis de Grenade et du père Pierre d'Alcantara. La plus grande partie de leur temps se passait à réciter Toffice divin, à quoi elles employaient le peu qu'elles savaient lire, car il n'y en a qu'une parmi elles qui sache le faire convenablement. Leurs bréviaires ne se trouvaient pas même conformes entre eux : c'étaient d'anciens bréviaires romains, donnés par des prêtres qui ne s'en servaient plus, et d'autres qu'elles s'étaient procurés comme elles avaient pu. Sachant si peu lire, il leur fallait des heures et des heures pour dire l'office ; mais elles ne le récitaient qu'en un lieu d'où elles ne pouvaient être entendues du dehors. Dieu, sans doute, avait égard à leur bonne intention et à leurs efforts, mais il est probable qu'elles disaient peu de vérités (1). Le père Antoine de Jésus, dès qu'il eut fait leur connaissance, leur conseilla de s'en tenir à l'office de Notre-Dame.
Elles avaient un four où elles faisaient cuire leur pain. Tout chez elles était aussi bien réglé que si une supérieure les eût conduites. J'en bénissais Notre-Seigneur, et plus je les voyais de près, plus je me réjouissais d'être venue. Quand il aurait dû m'en coûter toutes sortes de peines, je
(1) Pocas verdades debian dedr.
ia& 'liSS «ONBATlONfi.
ji'aucais pas voulu suvoir »privé oefi àmeside consolaticra. Celles -de mes oompagnes qui .-sont (Festéfis avec «elles, me ^disaieat qu'il leur en .avait bien ooùté un ipeu :les premiers jours ; mais après cela, les connaissant mieux et j^ysnt.leur vertu, elles étaient enchantées de vivre «en leur société et les aimaient beaucoup. Que la-sainteté et <la ivertu ontdepuifisanoe! A la vérité /ces compagnes étaieitt ielles, qu'elles auraient supporté de^rand 'cœur loutesdes difficultés etitoutesles'peines du monde, leur ^lus grand désir «étant de Hsouffrir pour le service de Notre-Seigneur. Du^este, la reJigieuseiqui oi^aipas ce désir ne (doit poiut setoûpoire vraie carmélite déchaussée. «C'est vers (la souffrance, non vers le Tepos, que<d<iivent se rpoi^ter 'nos aspirations si nous Toulonsimher en quelque chose notre véritable (Époux. iDaigne la divine Majesté mous donner ^àce paurAe faire.! Amen (1).
Voidi mainteouirit l'origine de'l'ermitage de^Sahite-Anne. U y avait. à YiLlanneva<deda Jara un ecclésiastique, originaire de Zamora, qui avait été quelque temps Fciligiaux de
(1) Le jour de saint Mathisis, 25 février 1380, la sainte donna solennellement Tliabit aux neuf postulantes, qu'elle nomma : Marie âerÂssomption, Lucie de Sainte>Anne, Angèle de la Trinité, Anne de la Mère de Bleu, dLtherine de Saint-Albert, Marie de Jésus, Agnès de rincamation, Catherine de Sain tr Ange ^et El vire de BainUJoie|lh. Gee trois demièm le reçurent en qualité de sœurs converses. (Voir R^istre des professions du monastère.) 'La sainte prolongea ensuit» -près tl*un mois son séjour & VUlanueva, s'occupant de .rendre Téiroit logis !le moins ineommod« poaaiUe. Le 18 mars, elle fut victime d'un accident qiii lui occasionna de cruelles souffrances. Voiei eomment 'la sœur Anne de Baint-Barthéiemyracoitte le fait dans son Autobiographie : " Nous étions à la fondation de Villanueva de la Jara, et Ton n'avait pour fournir de Teau qu*un puits très profond. La sainte faisait placer une manivelle, afin xpVon .pût tirer l^Uiphisi ioci-