CHAPITRE XXIX
LE COUVENT DE PALENCIA EST FONDÉ SOUS LE TITRE DE SAINT- JOSEPH DE NOTRE-DAME DE LA RUE, LE JOUR DE LA FÊTE DU SAINT ROI DAVID DE l'aNNÉE 1580.
SoMiuiRB. — L'evéque de Palentia demande une fondation de carmélites déchaussées dans sa ville. — La sainte tombe malade à Valladolid. — Langueur et abattement oit elle se voit réduite, — Une parole de Notre-Seigneur relève son courage, — Elle se met en route pour Palencia, — Joie générale de la ville à la nouvelle de rétablissement du monastère. — Incidents relatifs à l'achat d^une maison. — Avertissement céleste. — Translation solennelle des religieuses. — La réforme est érigée en province distincte.
A mon retour de la fondation de Villanueva de la Jara, notre supérieur (1), pour répondre au désir de Tévêque de Palencia, don Alvaro de Mendoza, m'ordonna de me rendre à Valladolid. Ce prélat est celui qui a pris sous sa juridiction et constamment protégé notre premier monastère de Saint-Joseph d'Avila ; depuis, il continue à favoriser notre réforme de tout son pouvoir. A peine avait-il été transféré du siège d'Avila à celui de Palencia, que Notre- Seigneur lui avait inspiré le désir de fonder en cette dernière \ille un nouveau couvent de notre saint ordre.
Arrivée à Valladolid, je tombai si gravement malade qu'on désespéra de ma vie (2). Il me resta ensuite un
(1) Le père Ange de Salazar.
(2) En 1580, une épidémie de grippes sévit dans le monde entier, en sorte que les espagnols surnommèrent cette année el aflo del catarro. Sainte Térèse,
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dégoût si profond et une telle conviction de n'être plus bonne à rien, que la prieure de notre couvent de Valladolid (1), qui désirait beaucoup la fondation de Palencia, avait beau me presser de l'entreprendre, elle ne parvenait pas à m'y décider. Aussi bien ne voyais-je aucun fondement à lui donner : le monastère devait s'établir sans revenus, et l'on m'assurait qu'il ne pourrait subsister, tant la ville était pauvre.
Il y avait déjà près d'un an qu'on pai'lait de cette fondation, en même temps que de celle de Burgos, et je n'y avais pas senti cette grande opposition. Au moment dont je j)arle, j'y voyais des inconvénients de toute sorte, et cependant, je ne m'étais rendue à ValladoKd que dans ce but. Je ne sais si cela provenait de cette maladie et de la fail)lesse qui m'était restée, ou bien si le démon voulait empêcher le bien qui s'en est suivi. Ce qui est certain, c'est que je ne puis voir sans étonnement et sans compassion à quel point la pauvre âme participe aux infirmités du corps. Souvent môme, je m'en plains à Notre-Seigneur. On dirait vraiment que le corps a le droit de faire la loi à Tàme, tant il lui oppose de besoins et de nécessités. A mon avis, c'est là une des grandes peines, une des grandes misères de cette vie, quand la ferveur de l'esprit n'est pas assez forte pour prendre le dessus. Souffrir physiquement,
encore impaiTfaitement remise de la grave maladie qu'elle avait ene à Tolède, n'échappa point à la contagion, et h son propre témoignage, on craignit pour ses jours. Tne longue prostration entrava sa convalescence, et, comme récrit le père Gratien dans l'un de ses manuscrite, la iraichemr et un certain air de jeunesse, qu'elle avait conservés jusque-là, disparurent pour toujours. (Cfr. P. Antoine de SaintnJoBeph, t. Ul, Arniot. de la Lettre LXXXI.) (1) La mère Marie-Baptiste.