CHAPITRE XXII. — BEAS
qu'elle marchait dans un sentier étroit, resserré, et, de plus, bordé par de profonds ravins, qui le rendaient très dangereux. Elle aperçut alors un religieux déchaussé : plus tard, quand le frère Jean de la Misère, petit frère convers de notre ordre (1),. vint à V'eas pendant le séjour que j'y fis, elle le reconnut pour celui qu'elle avait vu eu songe. Il lui cUt : « Venez avec moi, ma sœur », et il la conduisit à une maison où il y avait grand nombre de religieuses, et point d'autre lumière que celle des cierges allumés qu'elles tenaient à la main. Catherine leur demanda de quel ordre elles étaient. Aucune ne répondit, mais toutes, levant leurs voiles, montrèrent des visages riants et épanouis. Ces visages, affirme-t-elle, étaient ceux des sœurs qui vinrent composer la communauté. La prieure la prit par la main et lui dit : « Ma fille, c'est pour cette maison que je vous veux. » Elle lui montra ensuite la règle et les constitutions. Lorsque Catherine se réveilla, elle était inondée d'une telle joie, qu'il lui semblait avoir été dans le ciel. Elle mit ensuite par écrit tout ce qu'elle put se rappeler de la règle (2).
Un long temps s'écoula, sans qu'elle parlât de ceci à aucmi confesseur ni à qui que ce fût, et personne ne pouvait lui fournir de renseignement sur cet ordre religieux.
carmélites (lu second moimslèi'c de Madrid se sentirent inspirées de relever de ses ruines le couvent de Béas, la seule des fondations de la sainte méro qui ne subsistât plus. Nous donnerons à la fin de ce volume, sous le titre de Docum. 28, le détail de cette restauration, qui vient de nous être onvoyi* avec la plus affectueuse bienveiUance par la communauté do Béas (juillet 1908).
(1) Un fraiUdco lego de la orden. Nous avons donné au tome précédent ^ chap. xTii, p. 225, ime note biographique sur le frère Jean de la Misère.
(2) Diaprés le père François de Sainte-Marie, ce songe prophétique aurait eu lieu en 1555.
ŒUVRBS. — IV. S
Enfin, un père de la Compagnie, qui était au courant d« ses désirs, vint a Yeas (1). Elle lui montra ce qu'elle avait écrit, disant que si elle pouvait trouver cet ordre, elle serait au coml>le <lo ses vœux et qu'elle y entrerait sans retard. Ce père connaissait nos monastères. Il lui déclara que la règle dont il s'ag^issait était celle de Toixîre de Notre- Dame du Mont-Carmel, ou plutôt, sans le lui désigner aussi clairement, il lui parla des couvents que je fondais. EUe m'envoya donc le messager dont j'ai parlé.
Quand ma réponse lui parvint, Catherine était si malade que son confesseur lui conseilla de se tenir tranquille, disant cpie si elle se trouvait déjà dans un couvent on l'en ferait soHir, à plus forte raison se JK:arderait-on de Ty recevoir. Sa désolation fut extrême. S'adressant à Notre-Seigneur avec une ardente ferveur, elle lui dit : tf Mon Seigneur et mon Dieu! Je sais par la foi que vous êtes tout-puissant. Donc, ù Vie de mon Ame, ou faites que ces désirs me quittent, ou procurez-moi les moyens de les réaliser. » Elle prononça ces paroles avec une inmiense confiance, suppliant Notre-Dame, par la douleur cpi'elle éprouva en voyant son Fils mort entre »e^ bras, de lui servir d'avocate. Elle entendit aloi's une voix intérieure qui lui dit : Crois et espère/ Je steis le ToiU^Puissant, Tu reviendras en sauté, A celui qui a m le pouvoir de défendre
[[) Ce rdigioiix «'lait h» {h'W Ihistumauto. Homme de savoir cl de (alenbi, Karthclemy Buslatiuinlt» fut d'abord secrétairo du cardinal Taveni, archr- Yt'^qiic de Tolède. Vivement touché de Texemplo do saint François de Borgia, il le suivit dans laOompugnie de Jésus «n lîwl, ayant déj»\ dépassé la cln- ((uantaînc. I(0 saint le fit rcc leur du noviciat de Simancas, puis second provincial d*Andalonsîe. Le imtc Bnstamantc mounit le 21 juinl.'wO, au collège de Triftueros. (('fi*. Varones Uùsfres de la Compahia de Jestis, Bilbao 1891, t. VIIL I». Antonio Aslraln, t. T, lib. Il, cap. vu, et t. 11, lib. Ul, cap. m.)
GHAPrUIB XSiL — BEAS. 19
à tcM ée mmiadies^ UMss ^(tèmtettes de l^ir meOudr, de tùe éonmer ta mwt, il Msna flrnsfadieemcçœ de4eJes tnleaor. Ces parales, «MMue die Fassuve, pfwtaioiit arec elles inije fofee «eft «ne mirtîtaée m grandes, «fne malgré la T^amtdeecenoe ^e loes mancL, il »c lui cteit pas possible de dester fu'elle mt -vit FaoDOBipiîsBeBiient 4e «ses ilésîrs. £Mn, Uieiii ivî Tendit la saiilte de la mauîèr^ rapportée pins ba«t.
Toiriie o^Me Ustoire semble réellomeut ûtcropi)]e, et •nei-aièBie, utioc hmbq pea*de iieitu^ j '«trais «été bieapiès d'y voir de Texagératioa, «i je n'avms *été roneeiginéc pai^ le médecin même de Catherine, par les personnes de sa maison, et par d'airtres encore.
Sans ôti^e robuste. Catherine a La Xorce d'observer la ni^e. £Ue est iNen pifrtaBfte et sîngtflîèTeiiienit joyeuse. En£iig je le répète, elle snonti^e .en toute occasion une si profonde InmiiKlc, que nous tie pwïvans ikws empêcher d «tt hémr NotiM3-iSeig^Uieiu'..
Les deux sœurs ont donné tout leur bien à notre ordre, saAS laiiciiae oaaidîtiûo^ età sorte que si l'on eù/t vûiiltt iei» renvoyer, elles n'auraient eu le droit d'en rien réclamer. iiofelMniîMe est enliièrenezit déineliée de «es patiefvès et de son pavs, et même le désir <le s'en clo^ner ne La quitte pas^ au poin/t iqu'erl'^ prenne les «iipériwiHrs de le lui permettre. Mais elle est si obéissante, qu'elle est contente 4uiâ»si de «estfii* à Veas.. ^«'«eiit ^Âgalejneiât ipar obéénutnce f[u''elle a pris le voile non* : on ne pouvait la décider à être rel%ieii9e de ebcem*, tant elle désirait n'^tpe qiiN' simple converse. Il a fallu, pour l'y déterminer, une lettre «le moi, coMcwe en iertnes très finrts, «à je la réprimmi-
dais de ce qu'elle ne se soumettait pas à la volonté du père provincial (1). Je lui disais entre autres choses, et non sans sévérité, que ce n'était pas le moyen de mériter devant Dieu. Au reste, c'est lui causer la plus grande joie que de lui parler ainsi. Elle se rendit alors, mais bien contre son gré. Je ne vois dans cette âme rien qui ne me paraisse de nature à plaire à Dieu. Aussi charme-t-elle toutes ses sœurs. Daigne Notre-Seigneur la tenir toujours de sa main, et faire croître en elle, pour son plus grand service et sa plus grande gloire, les vertus et les grâces dont il Ta enrichie I Amen.