‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 61 sur 185 · CHAPITRE XXIÏ. — PALENCIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIÏ. — PALENCIA

Peut-être B^étonnera-t-on de me voir donner tant de détails sur l'acquisition d'une maison. Mais on va voir le but (pie se proposait le démon, en nous détournant de nous établir dans celle de Notre-Dame. Chaque fois que j'y pense, la crainte m'étreint le cœur.

Ainsi, je le répète, nous étions tous fermement décidés à prendre la maison de Tamayo, et point d'autre. Mais voici que le lendemain, pendant la messe, je me sens sadsie au sujet de notre affaire d'une vive inquiétude, accompagnée d'un trouble qui ne me laisse presque aucun repos durant le saint sacrifice. Jte me levai pour aller recevoir le très saint Sacrement. A peine l'avais-je reçu que j'entendis ces paroles, qui me décidèrent à laisser la maison que j'avais en rue et à prendre celle de Notre- Dame : Celle^i te convient. J'entrevis la difficulté que j'allais rencontrer, l'affaire étant déjà très avancée et ardemment désirée de ceux qui l'avaient suivie avec tant de dévouement. Mais Notre-Seigneur reprit : Ils ne savent pas combien je suis offensé en ce lieu, et cet établissement y apportera nn grand remède. Il me vint à l'esprit que c'était peut-être une illusion, mais je ne pouvais le croire, parce qu'à l'effet produit en mon àme je reconnaissais clairement

demandant comment il avait passé la nuit et B*il ne se ressentait point de la fatigne de la veille : « Pour moi, disait-eUe, je ne suis pas rentrée fatiguée, mais 1oi*t contente, et plus je pense à la maison que nous venons de voir, plus je suis convaincue que Tautre ne nous convient point. L'arrière-cour à eUe seule nous sera fort utile, et si l'on nous vend Tautre petite maison, les sœurs pourront y habiter d'une manière convenable, et même très avantageuse, pendant bien des années. Je vous supplie d'entrer en pourparlers sans délai pour cette petite maison... La prieure et les autres religienses vous baisent les mains en reconnaissance de l'excellente demeure que vous leur avez trouvée. Elles en sont enchantées et elles ont raison. EHe notre convient parfaitement sous tous rapports, etc. »

raction de Dieu. Aussitôt Notre-Seigneur ajouta : C'est moi. Je me trouvai alors daus une grande paix, et complètement délivrée du trouble qui m'avait agitée.

Cependant je ne savais comment revenir suf la décision prise, et sur tout le mal que j'avais dit de cette maison, spécialement âmes sœurs auxquelles je Tavais représentée comme très désavantageuse, assurant que je m'applaudissais de ne pas m'y être établie sans l'avoir visitée. A vrai dire, c'était encore là ce qui m'inquiétait le moins, car, je le savais très bien, mes compagnes donneraient leur approbation à tout ce que je ferais. J'étais plus eu peine du côté de nos amis, qui désiraient l'autre marché. Me voyant changer d'avis si promptement, n'allaient-ils pas me taxer de légèreté et de mobilité, défauts que j'ai en horreur? Ces diverses pensées, néanmoins, n'ébranlaient nullement ma résolution de choisii» la maison de Notre-Dame, et déjà je ne songeais plus à ce qui lui manquait. Du moment que la présence de nos religieuses pouvait empêcher un seul péché véniel, tout le reste était peu de chose en comparaison. Et j'étais persuadée qu'il n'y en avait pas une qui n'eût été de cet avis si elle avait su ce que je savais. Voici comment je m'y pris.

Je me confessais alors au chanoine Reinoso, l'un des deux ecclésiastiques quim'assistaient. Aucune circonstance ne m'en ayant fait une nécessité, je ne lui avais rien dit de ces effets surnaturels. Mais comme dans. les cas tels que celui-ci, ma coutume, pour plus de sécurité, est toujours de n'agir que d'après les conseils de mon confesseur, je me décidai à m'ouvrir à lui très confidentiellement. J'avoue que s'il m'eût fallu aller à l'encontre de

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